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Montréal-nord | Attaques

Vingt coups de bâton

Un père de famille s’est retrouvé couvert de bleus à la suite d’un vol violent

Simon Bousquet

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

Vingt coups de bâton

Photo Journal de Montréal, Simon Bousquet

Maxime s’est violemment fait attaquer dans une rue sombre, un vendredi soir où il livrait du poulet. Une semaine après son agression, les bleus qui couvrent son corps sont encore douloureux.

Jusqu’à ce mois-ci, Maxime était le seul livreur de Benny à Montréal-Nord qui n’avait jamais été attaqué et volé. Les bleus sur son corps témoignent du jour où tout a changé.

Deux hommes l’ont surpris avec des bâtons de baseball et lui ont arraché ses 360 $ de recette. Il raconte son histoire, mais ne veut pas être identifié par peur de représailles.

Le vol s’est produit un vendredi soir dans la rue l’Archevêque. Comme il le fait depuis 20 ans, Maxime est sorti de sa voiture et a sonné à la porte. Personne n’est venu.

Il a alors regardé par la fenêtre, mais n’a distingué aucune lumière. Commen­çant à avoir peur, il s’est replié en direction de son auto, mais trop tard.

Deux individus sortis de nulle part l’ont rattrapé. Armés de bâtons de baseball, ils lui ont assené de violents coups.

«Ils ont commencé à me frapper sans poser de questions. Ils ne m’ont même pas demandé mon argent, dit-il. Je pensais que je ne m’en sortirais pas. J’étais sans défense. Eux, ils visaient ma tête.»

Maxime a tenté de se protéger comme il le pouvait. Atteint à la tête, il s’est écroulé au sol. Sans défense, il a finalement pris la fuite.

Les hommes l’ont pourchassé, l’ont encore tabassé. Finalement, ils lui ont demandé son argent.

La bourse ou la vie

«J’ai essayé de leur donner la moitié de mon argent. Un des gars l’a vu et m’a tout demandé. Je leur ai dit: “J’ai des enfants”», raconte Maxime.

De guerre lasse, il a accepté, ce qui n’a pas empêché ses agresseurs de le frapper une dernière fois.

Maxime est finalement retourné au restaurant, d’où il a contacté les policiers. Il ne portera pas plainte, estimant que les autorités ne peuvent rien pour lui.

En dépit du traumatisme psychologique, il se considère chanceux de s’en être tiré avec seulement de grosses ecchymoses.

«Cette nuit-là, je n’ai pas dormi. C’est comme si j’avais été attaqué toute la nuit», se souvient-il.

Quelques jours après l’attaque, Maxime est toujours nerveux. Il voit ses agresseurs un peu partout.

Malgré l’attaque, Maxime est retourné travailler dès le lendemain.

«Mes enfants ne voulaient pas que j’y retourne, mais je leur ai expliqué qu’il fallait que j’affronte mes peurs», explique-t-il.

Comme lui, les autres livreurs sont déterminés à ne pas se laisser intimider et à continuer d’exercer leur métier.

Des livreurs croient servir de victime aux initiations des gangs de rue.

Certains sont prudents. Lorsque les lumières sont éteintes, ils appellent le client pour lui demander de les allumer. Devant un refus, ils repartent avec le poulet.

«Si on était aux États-Unis, j’aurais un 38 sur moi», va jusqu’à dire l’un d’eux.


► Au Canada, le vol qualifié est passible de la prison à perpétuité.

Les livreurs de poulet ont peur

 

Attaques à la barre de fer, au bâton de baseball et au poivre de Cayenne: être livreur de poulet est un métier dangereux à Montréal-Nord.

Un sentiment d’insécurité règne depuis que deux employés de Benny ont été agressés par des voleurs au cours du dernier mois.

Ces attaques s’ajoutent aux quatre qu’avaient subies les livreurs de St-Hubert voisin, en 2012.

«Il y a assurément une augmentation considérable du nombre d’attaques», croit Yannick Sears, gérant du St-Hubert sur Pie-IX.

Cette situation inquiète Sandra Di Girolamo, la porte-parole de Benny. Avant les dernières attaques, ses livreurs n’avaient pas été ciblés depuis plusieurs années.

Elle estime que la police n’en fait pas assez. Elle voudrait que des agents se déguisent en livreur pour attraper les voleurs, comme ce fut le cas par le passé.

Du côté des policiers, on indique que le phénomène n’est pas nouveau et qu’il ne serait pas en hausse. On veut plutôt mettre l’accent sur la prévention.

Attaques fréquentes

En 2011, 197 vols qualifiés ont été commis à Montréal-Nord alors que la moyenne par secteur est de 130.

«Chaque année, on fait le tour des restaurateurs pour leur remettre une trousse de prévention et, lorsqu’il arrive un événement, on fait un suivi», assure le commandant du poste de police de Montréal-Nord, Martial Mallette.

Certains livreurs qui travaillent à Montréal-Nord ont d’ailleurs subi ce genre d’attaques plusieurs fois dans leur carrière.

«La dernière fois, j’ai mangé des coups de barre de fer sur la tête et sur la colonne, et ils m’ont passé à travers la vitre de ma voiture», raconte un livreur qui en est à sa cinquième agression.

La police rappelle qu’à moins de danger imminent pour son existence, mieux vaut ne pas résister.

«Le pire, c’est que souvent ils n’ont presque rien sur eux», affirme la porte-parole de Benny.

Les restaurateurs suggèrent à leurs livreurs de ne pas transporter plus de 50 $ avec eux.

Chez St-Hubert, on filtre même les commandes par mesure de sécurité. Une ou deux commandes seraient ainsi annulées chaque semaine en raison de l’historique du client.

Les restaurateurs n’ont pas de difficulté à recruter du personnel, mais il est de plus en plus difficile de convaincre les employés de prendre les quarts de nuit.

Les citoyens qui sont témoins d’actes criminels devraient toujours contacter les policiers, car des détails qui semblent anodins peuvent aider à résoudre une enquête.

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