/news/currentevents
Navigation
commission charbonneau

Après un ministre, un juge...

Michel Déziel aurait eu recours aux services illégaux de Gilles Cloutier avant qu’il ne devienne magistrat

Après un ministre, un juge...
photo le journal de montréal, mélanie colleu
Selon les dires de Gilles Cloutier, le juge de la Cour supérieure Michel ­Déziel aurait sollicité ses services pour «blanchir» 30 000 $ versés par la firme Dessau à la campagne du maire de l’époque à Blainville, Pierre Gingras.

Coup d'oeil sur cet article

Un avocat nommé juge depuis a déjà confié un mandat bien peu reluisant à Gilles Cloutier: dénicher des prête-noms pour « blanchir » 30 000 $ comptant versés par Dessau, a expliqué le témoin.

Un avocat nommé juge depuis a déjà confié un mandat bien peu reluisant à Gilles Cloutier: dénicher des prête-noms pour « blanchir » 30 000 $ comptant versés par Dessau, a expliqué le témoin.

M. Cloutier est resté fidèle à lui-même au jour trois de son témoignage devant la commission Charbonneau. Ses révélations n'ont pas manqué d'éclabousser encore une fois des gens influents.

Après l’ex-ministre Guy Chevrette impliqué mercredi, c'était au tour du  juge de la Cour supérieure Michel Déziel hier de se retrouver dans l’eau chaude.

Selon le témoignage entendu hier, l'avocat, alors associé d'un cabinet de Blainville, se chargeait à l'époque d'organiser les élections du maire de l’endroit, Pierre Gingras.

Une journée de 1997, le témoin a reçu un appel de Me Déziel. «Gilles, j'ai besoin de tes services. Viens au bureau», lui aurait-il dit. 

Selon les dires du témoin, Me Déziel lui aurait alors remis une enveloppe blanche remplie d'argent comptant. Il en avait pour 30 000$ en coupures de 100 $, se souvient M. Cloutier.

En quête de prête-noms

«(Me Déziel) m'a avoué que l'argent venait de (la firme de génie-conseil) Dessau», n’a-t-il pas manqué de préciser.

«Il m'a demandé si je pouvais blanchir ça, a relaté le témoin. Si je pouvais changer (l'argent) en chèques de 750 $» signés par des citoyens.

M. Cloutier s'est exécuté. Il a fait jouer ses contacts pour dénicher des prête-noms. Rien de plus facile pour celui qui «connaît tout le monde» à Blainville.

Sa famille, ses amis et même le restaurateur du coin se sont prêtés au jeu, a-t-il relaté. D'autant plus que M. Cloutier leur promettait l’avantageux crédit d'impôt qui est donné à toute personne qui contribue à un parti politique.

Ces prête-noms ont ainsi signé des chèques pour contribuer à la campagne du maire. M. Cloutier les remboursait à même l'enveloppe d'argent comptant remis par Me Déziel. Il va sans dire qu’il s’agit d’un procédé illégal.

M. Cloutier estime avoir ainsi réussi à «blanchir» de 20 000 $ à 22 000 $ pour le compte de Me Déziel et du maire Gingras. 

En 2003, ce même avocat a été nommé juge.

Enquêtes en cours

Les propos de M. Cloutier à propos du juge Déziel n’ont pas manqué de provoquer de vives réactions.

Le juge en chef François Rolland a indiqué hier après-midi qu'une enquête était en cours sur le juge Déziel.

Il a toutefois refusé de dire quand celle-ci avait été déclenchée, ni ce qui avait motivé la décision.

Actuellement en vacances, le juge pourra continuer d’exercer à son retour, a confirmé M. Rolland . Néanmoins, si l’enquête prouve les faits qui lui sont reprochés, il pourrait bien perdre sa fonction de juge.

Ce n’est pas tout. En réaction aux révélations d’hier, le Conseil canadien de la magistrature a annoncé hier que le dossier sera examiné par le Vice-président du Comité sur la conduite des juges.

«Le Conseil prend au sérieux toute allégation faite à l'endroit d'un juge d'une Cour supérieure», a indiqué le conseil par voie de communiqué.

-Avec TVA Nouvelles


  • La commission Charbonneau fait relâche la semaine prochaine. Gilles Cloutier sera donc de retour à la barre le lundi 13 mai.
La conscience tranquille
Après avoir décrit pendant trois jours et dans les moindres détails ses magouilles de corruption et de collusion devant la Commission Charbonneau, Gilles Cloutier a affirmé sans aucune gène qu’il n’était pas une personne malhonnête.
« Ma conscience me dit que je n’étais pas malhonnête parce que c’était les mœurs du temps. »
« Malhonnête c’est un grand mot, honnête aussi. Mais je ne me sentais pas malhonnête, et encore aujourd’hui je ne me sens pas malhonnête. »
« (La collusion et la corruption) ç’a été mon pain et mon beurre pendant les 10 dernières années mais personne ne m’a dit ça suffit »
« J’ai été bon dans ça (les magouilles). J’avais toutes les qualités. L’expérience, les contacts, la débrouillardise. D’après moi, ce n’était pas des crimes quand je les ai faits. »
Commentaires
Loading