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Ventes aux États-Unis

Hydro-Québec vend son électricité au rabais

La société d’État a des surplus énergétiques, au moment où le prix de l’électricité est en chute aux États-Unis

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L’exploitation agressive du gaz de schiste aux États-Unis force Hydro-Québec à vendre son électricité au rabais et en grande quantité aux Américains pour payer ses nouveaux barrages.

L’exploitation agressive du gaz de schiste aux États-Unis force Hydro-Québec à vendre son électricité au rabais et en grande quantité aux Américains pour payer ses nouveaux barrages.

Les surplus engrangés par la société d’État, combinés à la chute du prix à l’exportation, risquent d’être le premier casse-tête du nouveau président du conseil d’administration d’Hydro-Québec, Pierre Karl ­Péladeau, qui entre en fonction cette semaine.

Hydro n’a jamais vendu autant d’électricité sur le marché à court terme: 20 milliards de kilowatts-heures en 2012, soit 10 fois plus qu’en 1997.

Ces ventes représentent l’équivalent de plus de deux fois la production annuelle de la centrale Manic 5 ou encore la consommation résidentielle des villes de Québec et de Laval (20 TWh d’énergie sur 22).

Hydro-Québec exporte plus parce qu’elle veut maintenir ses revenus dans un contexte où les prix de l’énergie sont en chute aux États-Unis, en raison de la multiplication de centrales électriques alimentées en gaz de schiste (voir autre article).

L’effondrement des prix survient à un bien mauvais moment pour la société d’État, car son développement a été axé sur le marché de l’exportation. Hydro-Québec continue à acheter de l’énergie éolienne et poursuit le mégachantier de La Romaine, sur la Côte-Nord.

Dumping

Après avoir fait carrière à Hydro-Québec et à l’IREQ, l’Institut de recherche d’Hydro-Québec, Jean-Marc Pelletier est abasourdi par les performances d’Hydro-Québec sur les marchés d’exportation.

«On assiste à un véritable dumping par Hydro-Québec de l’électricité sur les marchés d’exportation. C’est 10 % à 15 % de toute l’énergie consommée au Québec qui se retrouve sur le marché spot, du jamais vu!»

Jean-Marc Pelletier a lui-même dépouillé systématiquement toutes les licences d’exportation accordées par l’Office national de l’énergie à Hydro-Québec sur le marché américain et les volumes d’exportation d’électricité depuis 1997. Ces données sont exclusives et n’apparaissent pas dans les rapports annuels d’Hydro-Québec.

Vente de feu

Le constat est simple, selon lui: «On doit vendre aujourd’hui des quantités phénoménales d’énergie pour payer les barrages et les centrales qu’on a construits en fonction des marchés d’exportation.»

Si Hydro-Québec vendait aujourd’hui son énergie au même prix qu’en 2008, ses revenus de 2012 sur le marché du court terme auraient été de 1,6 milliard $. Ils ne sont plus que de 650 millions $. Depuis l’effondrement des prix, il y a quatre ans, Hydro-Québec accuse pour ainsi dire un manque à gagner cumulatif de 2,6 milliards $ par rapport aux prix de 2008.

«Compte tenu de l’inflation, donc en dollars constants, on vend aujourd’hui notre électricité moins cher aux Américains qu’en 1997. Pour maintenir les reve­nus d’exportation, on se livre à un véritable dumping afin sauver les meubles.»


  • Les prix ont atteint leur sommet de 9,40 cents le kWh pour l’année 2005. Hydro-Québec vendait alors deux fois moins d’énergie qu’aujourd’hui, soit 8,3 TWh. Jusqu’en 2008, les prix se sont maintenus à 8,45 cents le kWh en moyenne, malgré une hausse de 13,7 TWh d’énergie vendue sur le marché à court terme.
  • Pierre Karl Péladeau est aussi vice-président du conseil d’administration de Québecor Média, la maison mère de Sun Media, qui possède Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec.


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