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Un contrat coûteux

Des pénalités d’un milliard $ auraient pu être évitées

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La signature en août 2003 d’un contrat avec une compagnie énergétique albertaine qui a déjà coûté près d’un milliard de dollars aux clients d’Hydro-Québec, aurait pu être évitée au profit d’une initiative beaucoup plus économique, montrent des documents obtenus par le Journal de Montréal et TVA Nouvelles.

La signature en août 2003 d’un contrat avec une compagnie énergétique albertaine qui a déjà coûté près d’un milliard de dollars aux clients d’Hydro-Québec, aurait pu être évitée au profit d’une initiative beaucoup plus économique, montrent des documents obtenus par le Journal de Montréal et TVA Nouvelles.

Une étude de faisabilité effectuée en 1999 par SNC-Lavalin pour le compte de la division Énergie d’Hydro-Québec ­révèle en effet que la société d’État a écarté à cette époque le scénario d’une simple transformation de sa centrale de turbines à gaz de Bécancour, un projet qui aurait coûté la relativement modeste somme de 129 millions.

Devant ce qu’elle percevait comme une pénurie imminente d’énergie, Hydro a plutôt préféré se lier par un couteux contrat à la compagnie TransCanada Energy. Ce contrat prévoyait la construction d’une autre centrale à gaz toute neuve à Bécancour, qu’Hydro s’engageait à acquérir. Tout cela alors qu’à quelques kilomètres de là, dans le parc industriel de Bécancour, existait déjà une centrale d’appoint de turbines à gaz facile à convertir. Constituée de quatre moteurs d’avion semblables à ceux d’un Boeing 747, la centrale de turbines à gaz déjà existante d’Hydro-Québec aurait pu fonctionner à longueur d’année et offrir 400 MW (mégawatts) de puissance au réseau d’Hydro-Québec, contre 500 MW pour la centrale de TransCanada Energy.

Cette centrale avait pour vocation de départ de servir en cas de défaillance de sa géante voisine, la centrale nucléaire de Gentilly II. Selon des chiffres déposés à la Régie d’énergie en 2006, l’usine d’appoint n’avait fonctionné en moyenne que moins de deux jours par année au cours cinq années précédentes.

Un autre milliard ?

Comble d’ironie, la centrale de la compagnie albertaine, une fois construite en 2006 n’a produit de l’énergie que pendant quelques mois. Aux prises avec des ­surplus d’électricité et avec une faible ­demande, Hydro-Québec a finalement ­suspendu les livraisons d’électricité de cette centrale au gaz et les consommateurs québécois d’électricité, qu’il s’agisse de consommateurs résidentiels ou industriels, ont hérité de l’ardoise. D’ici la fin du contrat de 20 ans en 2026, un autre milliard pourrait s’ajouter au premier milliard de pénalités payées jusqu’ici.

L’étude de faisabilité qui portait sur trois scénarios de modification de la ­centrale de turbines à gaz de Bécancour n’a jamais été présentée à la Régie de l’énergie. Celle-ci a autorisé la signature du contrat avec TransCanada Energy. ­Selon nos informations, des cadres ­auraient même ordonné la destruction du document compromettant. Nous en avons officiellement demandé une copie à Hydro-Québec, qui n’a même pas daigné répondre à notre requête.

Cheval de Troie

Pour le consultant en énergie Jean-François Blain, faire une telle place au privé dans la production énergétique ­québécoise s’est révélé un précédent ­inquiétant.

«Cette centrale de TransCanada constituait un cheval de Troie dans le parc de production d’Hydro-Québec.» Avec une ­capacité de 4,3 TWh, elle aurait pu ­produire plus de la moitié de l’énergie ­prévue pour les quatre centrales du ­complexe de La Romaine (8 TWh).

Et pour un ancien employé d’Hydro-Québec, Jean-Marc Pelletier, la nécessité de cette construction d’une nouvelle ­centrale ne s’est pas confirmée: «On a lancé ce projet dans la précipitation en ­annonçant qu’on aurait une pénurie d’électricité aux abords des années 2006.

Pendant ce temps Hydro-Québec ­Production avait tellement d’électricité qu’elle vendait ses surplus sur le marché américain.»

Un bijou de famille

De son côté, Michel Jean, un retraité qui a travaillé sur le projet estime que la ­première centrale, celle d’Hydro-Québec, «construite au coût de 400 millions $ au ­début des années quatre-vingt-dix, est tout simplement un bijou de famille pour ­Hydro-Québec».

«Je ne peux même pas m’imaginer que cette centrale avec la mise au rancart de la centrale nucléaire de Gentilly II puisse être détachée du réseau, comme c’est le cas actuellement avec les centrales ­thermiques de Tracy, Citière dans la Montérégie et Cadillac en Abitibi.»

«Ce serait un gros gaspillage» conclut-il.

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