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Institut Vision

Démystifier les gérants d’artiste

Raphaël Gendron-Martin

Raphaël Gendron-Martin @

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

Institut Vision

Photo agence QMI, ÉRIC CARRIÈRE

Jacques K. Primeau, Guy Lévesque, Steve Rasier, Jethro Supré et Mario Lefebvre sont tous partenaires du nouvel Institut Vision, sur la gestion de carrière dans les arts et divertissements

C’est un métier nébuleux, souvent personnifié au grand écran par un type louche, fumant un gros cigare. Pourtant, les gérants sont des personnes très importantes, voire nécessaires, au succès de nos artistes chéris. Afin de démystifier la profession, le Journal a rencontré des gérants de plusieurs personnalités connues.

Ils ont aidé à propulser les carrières de Rock et Belles Oreilles, Laurent Paquin, Rachid Badouri, Garou et Louis-José Houde, pour ne nommer ce que ceux-là. Pourtant, on les connaît peu. Travailleurs de l’ombre, les gérants s’assurent que leurs artistes sont bien entourés et qu’ils ont les outils nécessaires pour bien déployer leur talent.

Rencontrés dans un restaurant de la Petite-Italie, Jacques K. Primeau, Mario Lefebvre, Guy Lévesque, Steve Rasier et Jethro Supré s’animent tous lorsque vient le temps de parler de leur métier, qui suscite souvent plusieurs questionnements.

Un métier plus respecté?

Eux qui sont dans le domaine depuis plus de 30 ans, Jacques K. Primeau et Mario Lefebvre reconnaissent que le métier de gérant a beaucoup changé, au fil du temps. «Ce sont tous les intervenants autour du gérant qui ont changé, dit Mario Lefebvre. En musique, cette business-là a été dirigée et inspirée par les compagnies de disques. Tout le monde ne jurait que par le disque. Mais l’impact des médias et des réseaux sociaux a beaucoup changé.»

«Quand j’ai commencé, j’étais avec Spectra, dit Jacques K. Primeau. Le Festival de Jazz était là, mais pas les FrancoFolies. Juste pour rire commençait, mais l’École de l’humour n’était pas là. C’était une époque plus artisanale. Ce n’était pas un métier spécialisé.»

«J’ose penser que le métier est un peu plus respecté que ce qu’il était, poursuit-il. Mon rêve absolu serait qu’on ait un ordre professionnel avec un code d’éthique. Ceux qui ne le respecteraient pas, on les mettrait dehors.»

Agent vs gérant

Quelle est la plus grande frustration du métier de gérant? «L’ingratitude, répond Steve Rasier. T’es dans un domaine où c’est l’artiste qui est devant. Tu te démènes pour voir sa réussite. Le service est reconnu par les fruits. Il faut beaucoup d’humilité.»

«Si tu le fais pour la reconnaissance, la gratitude et même l’argent, tu n’es pas dans la bonne business, ajoute Mario Lefebvre. Ça prend une passion totale pour le métier.»

Encore aujourd’hui, beaucoup de personnes ne font pas la différence entre un gérant et un agent. «Ce n’est pas du tout le même travail, dit Guy Lévesque. Personnellement, je ne serais pas capable d’être dans une agence avec 80 artistes. Un gérant va développer des projets pour développer la carrière d’un artiste. Il est plus impliqué qu’un agent sur tous les points.»

Un nouvel institut

Afin de démystifier ce métier, Jacques K. Primeau, Mario Lefebvre, Guy Lévesque et Jethro Supré ont tous accepté l’invitation de Steve Rasier de prendre part à la nouvelle aventure de l’Institut Vision, qui ouvrira ses portes en septembre prochain.

Ce nouvel établissement professionnel enseignera la profession de gestion de carrière dans l’industrie des arts et divertissements tels que: gérant d’artiste, agent sportif, agent de tournée et relationniste de presse.

«Dans certaines institutions, on touche un peu la gestion, mais sur le plan théorique, dit Steve Rasier. La gérance, c’est un domaine qui n’est pas régi. Les gens s’improvisent gérants. Chacun définit ce qu’il fait en fonction de ses valeurs ou de sa compréhension. Il y a tellement de confusion que ça ternit l’image de la gestion artistique.»

Le programme d’un an comprendra trois sessions et 11 cours. Il en coûte 12 000$ et est ouvert à tous. Le plus intéressant? Des professionnels du milieu, comme Jacques K. Primeau, Mario Lefebvre et Benjamin Phaneuf seront parmi les professeurs. «Il y a aussi un stage d’un mois et demi à la fin du cours qui permettra aux élèves d’aller sur le terrain et voir des événements», dit Steve Rasier.

Pour plus de détails sur l’Institut Vision, on consulte le institutvision.ca

Jacques K. Primeau

 

Agence: Les Productions Jacques K. Primeau

Gérant depuis plus de 30 ans.

A travaillé avec: Rock et Belles Oreilles, Jim Corcoran, Pierre Flynn, Louise Forestier, Marie-Michèle Desrosiers, Les Denis Drolet et Jean-Thomas Jobin.

Quelques mots sur la gérance: «C’est un métier passionnant, mais on est à la remorque des artistes. C’est normal, ce sont eux qui sont au volant. On doit s’adapter. Surtout quand tu travailles avec des créateurs, ce n’est pas tout le monde qui fonctionne au même rythme. On voudrait parfois que les choses se passent plus vite. C’est là que la patience entre en ligne de jeu. Il faut que les décisions se prennent non pas sur la témérité, mais sur la prudence et la passion.»

Jacques K. Primeau

photo agence QMI, ERIC CARRIÈRE

Guy Lévesque

Photo agence QMI, Éric Carrière

Guy Lévesque


Agence : Gulp - Guy Lévesque Production

Gérant depuis 1996

A travaillé avec: Laurent Paquin, Billy Tellier et Anaïs Favron.

Quelques mots sur la gérance: «Tu peux avoir les meilleures intentions du monde, si l’artiste ne livre pas, tu ne peux pas aller plus loin. T’es à la remorque du talent de l’artiste et de ce qu’il va faire avec. Tu peux lui offrir les meilleurs services du monde, le meilleur encadrement, les conseils, mais si au bout du compte, l’artiste ne livre pas, il n’y a rien qui va lever. Si lui ne se prend pas en main, ses décisions sont aussi importantes que les tiennes.»

Steve Rasier

 

Agence : Le Groupe Fidès & Jireh

Gérant depuis 2005

A travaillé avec: Rachid Badouri, Eddy King, Gage et Jean Pascal.

Quelques mots sur la gérance: «J’aime souvent dire aux artistes que leur talent est suffisant pour se rendre au sommet, mais pas assez pour y rester. Pour moi, le gérant ne travaille pas pour l’artiste et l’artiste ne travaille pas pour le gérant. Les deux sont partenaires du même employeur, qui est leur vision. Souvent, la vision dépasse même ce que l’artiste pourrait imaginer. Le gérant doit s’assurer que l’artiste soit au meilleur de ses compétences autant artistiques que personnelles

Steve Rasier

Photo agence QMI, Éric Carrière

Mario Lefebvre

Photo agence QMI, Éric Carrière

Mario Lefebvre

 

Agence : Flair Management, Image, Conseil

Gérant depuis 35 ans

A travaillé avec: Céline Dion, Marilou, Garou et Roch Voisine.

Quelques mots sur la gérance: «J’ai une perception encore un peu idéaliste. Même si l’image du gérant, c’est souvent un gros «crosseur» qui fourre tout le monde, avec un gros cigare, je m’oppose beaucoup à cette caricature. Il y a des centaines de milliers d’intervenants sur la terre qui font cette job-là avec beaucoup de passion, d’honnêteté et d’intégrité. Pour un qui est peut-être malheureusement mal intentionné, il y a bien des gens honnêtes et fiables, qui ont la passion du métier et qui sont au service des artistes.»

Benjamin Phaneuf

 

Agence : Phaneuf

Gérant depuis 2001

A travaillé avec: Yelo Molo, Plume Latraverse, Louis-José Houde et Patrick Groulx.

Quelques mots sur la gérance: «En ce moment, la gérance se fait un peu avec des règles du Far West. Ce que j’aime de l’Institut Vision, c’est que l’on va pouvoir vulgariser le mieux possible la réalité. On pourra donner des exemples concrets aux élèves. Je vais donner un cours en organisation, montrer comment on organise un bureau de gérance. Je suis content de savoir que mon idole Jacques K. Primeau sera là aussi, il est le gérant de mon groupe fétiche, RBO.»

Benjamin Phaneuf

photo d'archives

Jethro Supré

Photo agence QMI, Éric Carrière

Jethro Supré

 

Agence : BSE

Agent d’athlètes depuis 2007

A travaillé avec : Jean Pascal et Étienne Boulay.

Quelques mots sur la gérance: «Notre processus décisionnel est important. Pour être un gérant d’artiste ou d’athlète, c’est important d’avoir un bon jugement. À la fin de la journée, on fait appel à une panoplie d’experts, mais l’athlète ou l’artiste, la dernière personne qu’il va regarder, c’est toi. Et il va s’attendre à ce que tu lui donnes le meilleur conseil possible pour la décision à prendre. C’est très important d’avoir un bon processus décisionnel.»

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