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Santé | CHSLD

Interdits à l’étage

Une résidente n’a pas le droit de recevoir ses enfants dans sa chambre

Interdits à l’étage
Photo le Journal de Montréal, Héloïse Archambault La direction du CHSLD Biermans interdit depuis quatre mois à Chantal Gagnon et à ses frères de rendre visite à leur mère dans sa chambre. Ils peuvent se voir au café-terrasse ou à la salle familiale, sur réservation.

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Les enfants d’une résidente de 77 ans dénoncent la décision du CHSLD de leur refuser l’accès à la chambre de leur mère «pour préserver sa quiétude».

«C’est vexant et c’est blessant de me faire dire qu’ils font ça pour le bien de ma mère, déplore Chantal Gagnon. C’est rendu une guerre personnelle. Ils m’ont pris en grippe parce que je m’occupe d’elle.»

Manque de soins

Voilà maintenant 13 ans qu’Amanda Fortier, âgée de 77 ans, demeure au centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) Biermans, à Montréal.

Selon ses enfants, les problèmes ont commencé en 2005, soit depuis que la dame a recours à de l’oxygène par assistance.

«On arrivait et la bonbonne était vide, se souvient Mme Gagnon. Les employés n’étaient pas capables de la lui installer comme il faut, c’est moi qui l’ai fait pendant des mois.»

En raison des lacunes observées dans la qualité des soins, Chantal Gagnon a rencontré la direction du centre, en juin 2012.

Puis, le 9 juillet 2012, elle a reçu une lettre dans laquelle on lui reprochait d’avoir utilisé un «ton agressif» et un «discours dénigrant» à l’égard du personnel.

La direction du CHSLD lui demandait alors de changer d’attitude, sans quoi des «mesures administratives» seraient appliquées.

«On me dit que j’ai été agressive, alors que j’ai pointé du doigt une employée qui ne répondait pas à nos questions, souligne-t-elle. Nous sommes des humains, on est émotif! Et combien de fois je les ai entendus crier après ma mère. Mais ça, on n’en parle pas.»

Accès refusé

Puis, le 25 février dernier, Mme Gagnon a reçu une deuxième lettre mentionnant que puisqu’elle avait eu un comportement irrespectueux, elle n’aurait plus le droit de rendre visite à sa mère dans sa chambre ou dans l’unité. Ses frères ont reçu la même lettre.

Depuis, Mme Fortier ne peut voir ses enfants qu’au café-terrasse ou à la salle familiale, et sur réservation.

Dans la lettre, la direction affirme que ces mesures ont pour but de «préserver la quiétude de votre mère et celle de l’unité» et visent à «rétablir un climat de travail favorable à la réalisation d’interventions sans pressions indues».

La direction du CHSLD souligne aussi que si les modalités ne sont pas respectées, la famille devra partir «sur-le-champ» et qu’en cas de difficultés, les policiers pourraient être appelés.

«J’ai assisté à plusieurs événements et je suis devenue un témoin gênant. C’est pour ça qu’ils ne veulent plus que j’aille à l’étage», croit plutôt Chantal Gagnon.

Mesure reconduite

Le 18 juin dernier, la direction a décidé de reconduire cette mesure d’exclusion jusqu’au 30 septembre prochain. Une décision prise «dans le but de maintenir le plus haut standard de services à votre mère et aux autres personnes hébergées à l’unité 3».

«Ils nous excluent pour qu’on ne voit pas ce qu’il se passe», pense Régis Gagnon, le frère de Chantal.

Quant à la possibilité de déménager leur mère, cette option est rejetée puisque sa condition physique ne le permet pas.

«J’ai de la peine, je trouve ça effrayant tout ce qu’ils me font vivre par rapport à ça, et tout ce qu’ils font vivre à mes enfants», a confié Mme Fortier dans une vidéo tournée récemment par sa fille.

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