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Dans les CPE, les écoles et les hôpitaux

La fin des signes religieux

Geneviève Lajoie

Geneviève Lajoie @

Journal de Québec, Publié le: | Mise à jour:

religion, Niquab

© photo d’archives, Reuters

QUÉBEC - 

Le gouvernement Marois veut non seulement bannir le foulard islamique et les autres signes religieux apparents de la fonction publique et des tribunaux, mais également des CPE, des écoles et des hôpitaux, a appris le Journal.

Avis également aux citoyens qui voudront bénéficier des services de l’État: ils devront le faire à visage découvert.

La Charte des valeurs que présentera le ministre Bernard Drainville sous peu va beaucoup plus loin que ce que préconisait le rapport Bouchard-Taylor, selon des sources sûres. L’État doit être neutre, estime le gouvernement péquiste, qui entend bien reprendre le flambeau de la question identitaire.

Croix ostensible, voile intégral comme le niquab ou la burqa, le hidjab (voile couvrant les cheveux), le turban sikh et la kippa juive seront tous interdits dans les ministères, organismes, sociétés d’État, tribunaux et corps policiers.

Plus encore, les enseignants des écoles publiques de la province ne pourront plus afficher leur foi au travail, selon les informations du Journal. Les écoles privées, qu’elles soient confessionnelles ou pas, ne seront toutefois pas touchées par la Charte des valeurs du ministre Bernard Drainville.

Les cégeps publics de même que les universités seraient soumis aux nouvelles règles. Les établissements d’enseignement supérieur qui le souhaitent pourraient cependant bénéficier d’un «droit de retrait» renouvelable aux cinq ans.

Garderies

Les éducatrices des CPE, tout comme celles qui travaillent dans les garderies privées subventionnées par l’État, seront également tenues de laisser les signes religieux ostentatoires à la maison, selon des sources bien au fait du dossier. Les établissements qui ne sont pas financés par des fonds publics ne seraient pas soumis à ces nouvelles règles visant la neutralité de l’État.

Le gouvernement Marois ne souhaite pas aller jusqu’à imposer sa nouvelle charte dans les foyers québécois, nous dit-on. Ainsi, les garderies en milieu familial, même si elles sont subventionnées et gérées par l’État, ne seront pas touchées par cette interdiction.

Hôpitaux

L’ensemble du réseau de la santé sera pour sa part visé par les nouvelles dispositions de la Charte des valeurs péquiste. Les employés et les professionnels de la santé des cliniques, CSSS, CLSC et hôpitaux de la province devront afficher la neutralité religieuse.

Québec a déjà prévu un «droit de retrait» pour certains établissements hospitaliers confessionnels, qu’on pense par exemple à l’Hôpital général juif de Montréal. Le conseil d’administration d’un établissement pourra demander que celui-ci soit soustrait à la charte, un droit de retrait d’une durée de cinq ans renouvelable.

Pour étudier dans les écoles publiques du Québec ou se faire soigner dans le réseau de la santé québécois, la neutralité religieuse ne sera pas exigée, mais il faudra tout de même le faire à visage découvert.

Crucifix

Le gouvernement Marois va ainsi beaucoup plus loin que le précédent gouvernement libéral. Jean Charest proposait plutôt une laïcité dite «ouverte», qui n’interdisait pas les signes religieux apparents chez les fonctionnaires, mais imposait que les services publics soient donnés et reçus à visage découvert.

Malgré l’ampleur des changements proposés pour réaliser la laïcité de l’État, le gouvernement Marois souhaite parallèlement envoyer le message que l’héritage judéo-chrétien du Québec n’est pas pour autant balayé sous le tapis. Symbole fort de cet héritage, le crucifix installé au-dessus du fauteuil du président de l’Assemblée nationale est là pour rester. On ne toucherait pas au patrimoine bâti, comme la croix du mont Royal, selon nos informations.

Des règles pour le public et le privé

Le gouvernement Marois veut baliser les accommodements religieux à la fois dans la fonction publique, mais également dans le secteur privé, a appris le Journal.

Pour y arriver, le ministre Bernard Drainville souhaite modifier la Charte québécoise des droits et libertés pour y inclure les «valeurs québécoises». Selon nos informations, le Parti québécois veut inscrire noir sur blanc dans la charte les principes de l’égalité entre les hommes et les femmes, la neutralité religieuse de l’État et le caractère laïc des institutions publiques. Un geste qui entrouvre la porte à une collision avec la Charte canadienne des droits et libertés.

En 2007, alors que le Québec était plongé dans un vif débat sur les accommodements raisonnables, des révélations selon lesquelles des employées de la SAAQ devaient céder la place à leurs collègues masculins à la demande de certaines communautés religieuses avaient fait les manchettes. Une telle situation ne se reproduirait pas en vertu des balises que souhaite imposer le PQ.

Pas de coûts supplémentaires

L’administration publique et les entreprises privées pourront ainsi se référer à la charte pour juger si un accommodement est raisonnable ou non.

Outre le principe fondamental de l’égalité entre les sexes et le caractère neutre des institutions, un accommodement religieux ne devra pas non plus engendrer de coûts supplémentaires.

— Geneviève Lajoie | Bureau parlementaire

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