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Rentrée acrimonieuse

Denise Bombardier

Denise Bombardier

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

C’était prévu. Le Québec, grâce au tenace ministre Bernard Drainville et son projet de charte des «valeurs québécoises», plongera dès la rentrée dans un psychodrame collectif. On se souvient des turbulences sociales alors que les témoignages devant la commission Bouchard–Taylor nous faisaient carburer à l’émotivité. Et cela, pendant plusieurs mois.

D’entrée de jeu, disons que j’ai tendance à m’opposer aux signes religieux ostentatoires dans la fonction publique et parapublique. La laïcité de l’État est un principe de notre modernité. Mais elle n’est pas une invention du Québec et, en ce sens, la laïcité est une valeur non pas québécoise, mais universelle.

Minorité oblige

Mais est-ce bien à un gouvernement minoritaire d’ouvrir de nouveau un débat qui nous déchire, nous antagonise et met en arrière-plan tout autre débat moins médiatique, mais tout aussi important à court terme pour l’avenir du Québec? Comme le rappelait ma consœur et amie Lise Ravary, deux propositions mises de l’avant comme l’abolition de la burqa et du niqab peuvent être adoptées au nom de la sécurité publique sans passer par cette charte.

Bien que celle-ci soit une promesse du PQ, ce dernier n’ayant pas réussi à devenir majoritaire n’a pas d’obligation électorale à nous lancer dans cette aventure aussi explosive que douloureuse. Un gouvernement minoritaire doit plutôt exercer le pouvoir avec l’appui de l’opposition s’il veut durer. Donc, il doit gouverner par négociation et compromis. C’est exactement ce qui se passe depuis un an. Il est évidemment impossible que la première ministre dont l’expérience est aussi longue que vaste ignore cette loi politique. Il faut alors en conclure que le débat sur la charte des valeurs s’inscrit dans une démarche purement électoraliste.

Une proportion importante de Québécois nationalistes et fédéralistes est opposée au multiculturalisme canadien si cher à Pierre Elliott Trudeau, dont le fils Justin est l’ardent héritier. Il s’agit donc de créer un momentum favorable à la souveraineté qui pourrait se résumer par un slogan: pas de laïcité sans l’indépendance du Québec. Le débat, le gouvernement l’espère, alimentera la peur historique des Québécois de l’envahissement extérieur et de la perte de l’identité dans un melting pot façon canadienne. Et la fracture entre Montréal et le reste du Québec sera mise de l’avant, c’est inévitable.

Noble cause

Le machiavélisme transpire dans cette urgence à débattre de cette charte. Mais le plus grave est cette irresponsabilité sociale de nous entraîner dans des combats aussi épuisants que coûteux. Ne serait-ce qu’en termes juridiques alors qu’on devra contester les chartes canadienne et québécoise. Nous mobiliserons nos énergies et nous déchirerons de nouveau, entre «nous» et avec «les autres», qu’ils soient du Québec ou du Canada.

En ce sens, la laïcité est instrumentalisée, détournée de son objectif dans l’espoir de convaincre une majorité de Québécois de reporter au pouvoir le PQ. C’est la politique du pire. Sachant qu’il perdrait un nouveau référendum, le gouvernement cherche à obtenir une victoire. Or, seule une victoire majoritaire à la prochaine élection lui donnerait la légitimité d’imposer sa charte et son référendum.

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