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Laïciser ou décontaminer?

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Quel salmigondis que ce débat sur la charte des valeurs québécoises. On mélange tout, laïcité, immigration, sexisme, islamisme, multiculturalisme, prosélytisme, identité et ces fameuses culottes qu’on semble avoir tant de mal à mettre.

Quel salmigondis que ce débat sur la charte des valeurs québécoises. On mélange tout, laïcité, immigration, sexisme, islamisme, multiculturalisme, prosélytisme, identité et ces fameuses culottes qu’on semble avoir tant de mal à mettre.

Baliser pour assurer la paix sociale et garantir la neutralité des institutions font partie des obligations de l’État en démocratie. Mais pas moins que la protection des libertés individuelles et des droits des minorités. Maintenir l’équilibre entre ces objectifs requiert retenue et raffinement intellectuel. Or si cette charte va aussi loin qu’on le dit, c’est que le Québec a plutôt choisi la stratégie des gros sabots.

Avant de songer à retirer la liberté de religion ET d’expression à 800 505 employés* du secteur public au Québec, il faut une raison de force majeure. Une menace aussi grande qu’actuelle.

CHARTE DISCRIMINATOIRE

En entrevue vendredi, le ministre Bernard Drainville invoquait encore l’affaire du YMCA, une histoire vieille de six ans comme raison d’agir prestement. Il a aussi ressorti la suspension de l’interdiction de stationner sur quelques rues pendant une fête juive, mais sans toutefois préciser que le même «passe-droit» est accordé dans sa ville pour les fêtes catholiques...

Oui à des règles claires pour gérer les demandes d’accommodements, pourvu qu’elles laissent une place au compromis. Mais quand l’État propose de débarrasser sa fonction publique de tous signes religieux, ce qui touche principalement les musulmans et les juifs, cela frôle la discrimination.

Ce n’est plus laïciser, c’est décontaminer.

Entre vous et moi, qui en France a cru que l’interdiction de signes ostentatoires à l’école visait le contrôle des croix dans le cou des élèves chrétiens?

Soyons francs pour une fois: cette charte servirait-elle surtout à calmer les angoisses identitaires et sécuritaires des Québécois face à l’immigration musulmane? Un AK47 pour tuer un maringouin?

ARGUMENTS FAIBLES

«Il faut assurer le caractère laïc de l’État». Le Québec ne répond d’aucune autorité religieuse depuis un demi-siècle. RIEN ni personne ne menace la neutralité des institutions, sauf peut-être le maire Jean Tremblay à Saguenay. Certainement pas l’informaticienne à la SAAQ avec son foulard. Et le cardiologue qui visite ses patients au CHUM, sa kippa sur la tête.

Autre argument: «la fonction publique interdit déjà l’expression d’opinions politiques.» Comme si c’était la même chose. On a une opinion, on est croyant. Comment une société régie par une charte des droits et libertés peut-elle interdire à ses citoyens le port de symboles qui représentent l’essence de leur être ET leur liberté de l’exprimer sans motif sérieux?

Louise Beaudoin affirmait à la radio que personne n’est obligé de travailler pour la fonction publique. Mensonge. À quel autre endroit les médecins, les infirmières, les préposés aux bénéficiaires, l’immense majorité des enseignants, de la maternelle à l’université, des psychoéducateurs, des géographes, des historiens vont-ils trouver du travail? Devront-ils choisir entre leur foi et leur profession? La laïcité et la paix sociale sont-elles à ce point menacées au Québec?

L'AUTORITÉ DE L'ÉTAT

Oui à l’interdiction de signes religieux pour les policiers, juges, procureurs et gardiens de prison qui incarnent l’autorité de l’État. Mais l’appliquer à des concierges d’école et à des commis, au nom de la neutralité de l’État, constitue une atteinte aux libertés individuelles.

Les Québécois sont allergiques aux idéologies. Notre pragmatisme nous a souvent guidés vers les choix adaptés à notre réalité. J’ai confiance que notre intelligence collective va triompher de cette solution importée de France. Qui ne nous ressemble pas.

*ENAP, 2011

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