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Autobus | Intimidation

Chauffeurs souvent victimes

Ils sont au premier rang des professions ayant des problèmes reliés au stress, indique la CSST

Christine Bouthillier

Christine Bouthillier

Publié le: | Mise à jour:

Crachats, insultes et même les coups sont souvent le lot des chauffeurs d’autobus, au point où ils détiennent la palme des métiers avec le plus de problèmes liés au stress, selon la CSST.

Marc (nom fictif), chauffeur d’autobus du Réseau de transport de Longueuil (RTL), venait de déposer des passagers et de reprendre la route lorsqu’il a entendu une voiture derrière lui freiner brusquement.

Fâché de n’avoir pu dépasser l’autobus, l’automobiliste a zigzagué et fait crisser ses pneus, jusqu’à ce qu’il arrive à sa hauteur. Craignant qu’il ne le percute, le chauffeur s’est penché par sa fenêtre. Il a alors reçu des objets en pleine figure. L’enflure était telle que son médecin pensait au départ qu’il souffrait d’une fracture.

Plusieurs autres chauffeurs d’autobus de la grande région métropolitaine ont vécu de l’intimidation physique ou verbale. De fait, 10,5% des demandes à la CSST liées au stress proviennent de ces professionnels, devant les infirmiers (9,1%) et mêmes les policiers (6,1%).

«Ce sont souvent des gens qui ne veulent pas payer, explique Richard Ouimet, président du Syndicat de la Société de transport de Laval. Quand on a un problème, on appelle un superviseur et il lui demande de payer [...], mais il arrive qu’il reconduise le fauteur de troubles chez lui. Imaginez ce qui arrive le lendemain: il recommence!»

Mesures déjà en place

Le nombre d’agressions diminue à la Société de transport de Montréal (STM), une baisse notamment attribuable à la formation des chauffeurs, des campagnes auprès de la clientèle et des moyens dissuasifs, comme les caméras graduellement implantées, selon la STM.

«Certains incidents ne sont pas comptabilisés», soutient toutefois Stéphane Lachance, porte-parole du syndicat des chauffeurs d’autobus de la STM, qui croit que la situation ne s’améliore pas.

Des chauffeurs ne rapportent pas les incidents et ceux libérés pour le reste de leur quart de travail après un incident ne sont pas comptés, explique M. Lachance.

Le RTL est quant à lui en appel d’offres pour doter ses véhicules d’un système conjuguant GPS et communication au 9-1-1 et entre chauffeurs. Il haussera également le nombre de superviseurs sur le réseau (actuellement au nombre d’un pour 5 à 6 autobus en semaine).

De son côté, la STL possède le système mariant GPS et bouton d’urgence. Plusieurs autobus sont aussi dotés de caméras.

Pas dans le métro

Les opérateurs de métro et de train de banlieue, complètement isolés, ne vivent pas ces problèmes. Les changeurs du métro reçoivent cependant eux aussi insultes, crachats et coups, mais sont protégés par une vitre.

«Au début du mois, ce sont de grosses journées, avec le changement des cartes mensuelles, explique Stéphane Lachance. Il y a des files d’attente et les gens sont impatients.»

Dans l’autobus

Dans l’autobus

Ce que le Journal a constaté à bord de véhicules de la STM

La représentante du Journal est montée dans différents autobus de la Société de transport de Montréal le jour et la nuit en tant que simple cliente. Elle a pu constater elle-même que les usagers ne sont pas toujours courtois.

Le jour - Ligne 32, Lacordaire

Le Journal a noté plusieurs coups de klaxon de la part d’automobilistes impatients. Une personne dans l’autobus a même crié: «Envoye, tabar...», jugeant qu’il ne repartait pas assez vite après un arrêt.

Plusieurs clients peinent à ouvrir la portière arrière pour sortir. Mais au lieu de demander gentiment de l’aide, c’est en criant: «La porte!» qu’ils exigent que le chauffeur l’ouvre.

Des usagers ont voulu entrer sans payer. L’un d’eux n’avait pas de monnaie, un autre s’est rendu compte qu’il n’avait plus d’argent sur sa carte OPUS. «Ce n’est pas moi qui prends la décision. C’est toi qui vas payer l’amende. C’est 200 $ s’il y a un inspecteur», leur a indiqué le chauffeur. Tous sont entrés sans payer.

La nuit - Ligne 363, Saint-Laurent

Un client visiblement en état d’ébriété a invectivé le chauffeur, croyant qu’il s’était immobilisé un arrêt trop tôt, alors qu’il était au bon endroit.

Un usager ayant l’air saoul se moque d’un autre client qu’il ne connaît pas. Le client ne semble toutefois pas comprendre qu’on rigole à ses dépens, et n’en fait pas de cas.

Un passager s’endort carrément debout, manquant de tomber sur les autres usagers à bord de l’autobus.

«Woah, woah!» a crié un client pour que le chauffeur s’arrête, sans le lui avoir demandé poliment avant.

Le chauffeur a dû remettre de la monnaie à un passager qui n’avait que des billets. Il dit conserver de la monnaie pour les billets de 5 $, 10 $ et 20 $ afin d’éviter que des clients entrent sans payer.

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