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Le Canada n’est pas notre pays

Mathieu Bock-Coté

Mathieu Bock-Coté @

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

La nouvelle est tombée par surprise: Ottawa s’en va contester en Cour supérieure la règle du 50 % + 1 référendaire. On croyait la question nationale épuisée. Mais à Ottawa, l’enfermement constitutionnel du Québec se poursuit. Le gouvernement Harper ne veut pas parler de Constitution? Sauf s’il s’agit de l’enfoncer encore plus dans la gorge des Québécois. Ne dit-on pas que c’est lorsque votre adversaire est faible qu’il faut frapper plus fort?

Les esprits légers verront là-dedans une querelle de souverainistes. Mais non. Ce sont les droits collectifs les plus fondamentaux de tous les Québécois qui sont ici remis en question. C’est le Québec qui est agressé. Si les souverainistes comme les fédéralistes ne s’entendent pas sur le meilleur avenir possible pour le Québec, les deux croient que c’est aux Québécois de décider de leur avenir.

EXIT L’AUTODÉTERMINATION!

N’est-ce pas la grande leçon à retenir des référendums de 1980 et de 1995?

Ottawa lui-même l’avait accepté en participant à la campagne qui se jouait selon cette règle. Si le débat sur l’indépendance s’est mené relativement sereinement depuis une cinquantaine d’années au Québec, c’est que le droit des Québécois à l’autodétermination était reconnu. La volonté démocratique des Québécois est sacrée.

L’offensive d’Ottawa contre le 50 % + 1 a la vertu de nous rappeler la vraie nature du Canada. Après le référendum de 1980, Ottawa nous a imposé une Constitution qui réduisait considérablement les pouvoirs du Québec en matière linguistique et identitaire. C’est au nom de la Charte des droits de 1982 que la loi 101 a été patiemment déconstruite par les tribunaux. Cette Constitution s’applique à nous, même si nous ne l’avons jamais signée.

Après l’échec du référendum de 1995, ils ont pris peur. C’était l’époque du plan B. Ottawa a menacé le Québec de partition. Avec l’indépendance, il se casserait en plusieurs morceaux. Ottawa a aussi mené une guerre psychologique intense pour culpabiliser l’identité québécoise. Désormais, le nationalisme relevait de l’exclusion et du repli ethnique. Il a si bien réussi son coup qu’il en a même convaincu plusieurs souverainistes.

DROIT DE VETO

Mais surtout, Ottawa a mis de l’avant la loi C-20. Elle pose une règle : c’est à Ottawa de décider si la question référendaire québécoise est assez claire pour être reconnue. Elle représente la mise en tutelle de l’Assemblée nationale par le parlement d’un pays qui ne nous reconnaît pas comme nation. En contestant officiellement le 50 % + 1, il rajoute un cadenas sur un cadenas. Il veut accorder un droit de veto à la minorité sur la majorité.

À Ottawa, le Québec a un ennemi politique. Un pays qui nous nie n’est pas notre pays. Un pays qui nous empêche de préserver notre langue n’est pas notre pays. Un pays qui conteste notre droit à décider librement de notre avenir n’est pas notre pays. Un pays qui nie grossièrement les règles de la démocratie québécoise n’est pas notre pays.

Le Canada n’est pas notre pays.

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