Culture

« Who is Marie-Mai ? »

Les Anglos connaissent peu la culture populaire québécoise

Anne-Lovely

Anne-Lovely Etienne

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

Les anglophones de Montréal connaissent toujours aussi mal la culture populaire québécoise. Nos vedettes les plus connues, Guy A. Lepage, Jean-René Dufort ou même Marie-Mai, pourraient vivre dans un anonymat parfait dans les rues du West Island.

C’est du moins ce que révèle une récente enquête du Journal.

«Je ne connais absolument rien à la culture francophone et je n’en suis pas très fière», dit Jessica Kenwood, étudiante en journalisme à l’Université Concordia. Elle n’est pas la seule.

Selon l’enquête, les chouchous des Québécois sont presque ignorés des anglophones de souche.

Par exemple, à peine 4% d’entre eux ont une idée de l’existence de l’animateur Guy A. Lepage qui tient depuis 10 ans la barre de l’émission Tout le monde en parle.

C’est pire pour l’animateur Jean-René Dufort, inconnu de 98% d’entre eux.

La chanteuse Marie-Mai, qui a rempli huit fois le Centre Bell, demeure une étrangère pour plus de trois Montréalais anglophones sur quatre.

Pas de surprise

Humoriste et né en Ontario, Christopher Hall n’est pas surpris, mais demeure choqué des résultats.

«Ce sont deux solitudes, dit-il. Je trouve dommage que les anglophones en connaissent si peu, même avec les réseaux sociaux.»

En majorité bilingues, les membres de la communauté anglophone consomment presque exclusivement une culture nord-américaine, dominée par la langue anglaise, explique Jack Jedwab, directeur général de l'Association d'études canadiennes.

«Il n’y a pas plus que 10% ou 15% des gens qui parlent l’anglais et qui regardent la télé en français», illustre Guy Rodgers, directeur de l’English Language Arts Network, un organisme pour l’émergence des artistes anglophones au Québec.

Aux yeux de Jack Jedwab, les jeunes anglophones ne s’identifient pas à la culture québécoise. Il se rappelle encore avoir assisté à un concert de Gerry Boulet et de ne pas avoir compris l’enthousiasme de la foule québécoise. «La musique ne m’a pas rejoint», se souvient-il.

Nouvelle génération

Tout n’est pas perdu, croit toutefois Guy Rodgers.

«Il y a 40 ans, les anglophones étaient tellement unilingues qu’ils ne savaient même pas que le PQ (Parti québécois) existait, précise-t-il. Au moins, aujourd’hui, ça a beaucoup changé, ils sont plus au courant et ils ont des intérêts politiques et sociaux.»


En moyenne, seulement 2 des 10 personnalités québécoises de l’enquête ont été reconnues.

En avril 2012, la revue L’actualité a publié une enquête similaire Que veulent les Anglo-Québécois. Dix-huit mois plus tard, les résultats du Journal font écho à cette enquête.

Les allophones obtiennent de meilleurs scores

Mieux que les Anglos-Québécois

Les membres des communautés allophones comprennent mieux la culture populaire québécoise que les anglophones de souche.

C’est une des conclusions de l’enquête du Journal.

À titre d’exemple, 40% des Montréalais allophones interrogés ont reconnu sans hésitation l’animateur Guy A. Lepage.

De plus, près de la moitié des allophones interrogés (une majorité d’arabophones et d’hispanophones) ont aussi identifié la chanteuse Marie-Mai.

Enfants de la loi 101, les nouvelles générations d’immigrants ont mieux intégré la langue et la culture québécoise, croit Tania Longpré, enseignante en francisation des immigrants et auteure du livre Québec cherche Québécois.

Même chose pour les immigrants arrivés plus récemment.

Selon elle, la langue est la clé qui ouvre la porte à la culture.

«Le service d’accueil offert dans les commissions scolaires qui insiste sur la francisation des immigrants et l’intégration culturelle aide beaucoup», ajoute-t-elle.

À ses yeux, les immigrants qui ont appris le français sont ainsi exposés à la culture populaire francophone.

Plus perméable

Autre point, les Québécois seraient ouverts à l’intégration des nouveaux arrivants à la culture québécoise.

Alors que le débat sur la Charte des valeurs québécoises fait rage, Djemila Benhabib, écrivaine et militante politique québécoise, n’hésite pas à soutenir que l’attitude d’ouverture des Québécois francophones encourage les immigrants.

«La culture minoritaire a poussé les immigrants à s’approprier la culture francophone. Plus ils y sont exposés et plus ils sont perméables à l’influence francophone», conclut-elle.

Méthodologie

Dans le cadre de son enquête, le Journal a rencontré 320 répondants, incluant 100 anglophones et 120 allophones, qui ont été interrogés dans divers lieux publics de Montréal. Lors d’une entrevue individuelle, les participants anglophones et allophones devaient indiquer s’ils reconnaissaient le nom ou le visage de 10 personnalités québécoises. Il s’agit de Guy A. Lepage, Pierre Bruneau, Marie-Mai, Lise Watier, Jean-René Dufort, Rémi Girard, Pierre-Karl Péladeau, Ron Fournier, Véronique Cloutier et Normand Brathwaite.

L’enquête s’est déroulée du 10 septembre au 10 octobre.

 

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