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Caisse de dépot | 5 ans après la crise

«L’impact sur le Québec est énorme»

«L’impact sur le Québec est énorme»
Photo Bloomberg C’est ici, dans les bureaux de la firme Coventree, que les fameux papiers commerciaux toxiques (les PCAA) ont été vendus au Canada et à la Caisse de dépôt et placement du Québec. Cette firme n’existe plus.

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Par sa méconnaissance du marché, la Caisse a elle-même participé au déclenchement de la crise des papiers commerciaux au Canada qui a fait fondre le bas de laine des Québécois de quelque 40 milliards $, il y a cinq ans, selon les enregistrements de conversations téléphoniques jamais entendues publiquement au Québec.

Par sa méconnaissance du marché, la Caisse a elle-même participé au déclenchement de la crise des papiers commerciaux au Canada qui a fait fondre le bas de laine des Québécois de quelque 40 milliards $, il y a cinq ans, selon les enregistrements de conversations téléphoniques jamais entendues publiquement au Québec.

Notre Bureau d’enquête a découvert dans ces enregistrements que des courtiers en valeurs mobilières torontois et des promoteurs de papiers commerciaux non bancaires (PCAA) ne se cachaient pas pour dire, en 2007, que la Caisse de dépôt et placement avait elle-même provoqué la crise de confiance dans les PCAA avant l’effondrement du marché au Canada.

«Il a maintenant provoqué une crise que nous ne pouvons pas arrêter», a dit David Allan, le chef des marchés capitaux de Coventree (la firme qui vendait des PCAA au Canada), lors d’une conversation enregistrée avec Natalie Davidson, une banquière de CIBC Wood Gundy à Toronto, en fin d’après-midi, le 6 août  2007.

Les deux parlaient alors de Luc Verville, le vice-président des Revenus fixes à la Caisse, avec qui ils négociaient les fameux PCAA toxiques qui ont fait fondre le bas de laine des Québécois comme jamais.

De plus, ceux-ci laissent sous-entendre que leur interlocuteur à la Caisse de dépôt comprenait plutôt mal ce qu’il était en train de faire.

«Luc ne comprend pas l’énormité du ballon qu’il a commencé à faire rouler», ­déclare David Allan.

«Je sais, je sais, lui répond Mme Davidson. Je suis d’accord avec toi. Il n’a ­aucune idée (...). L’impact sur le Québec est énorme.»

JAMAIS DE CONSULTATION

Dans des enregistrements téléphoniques, dont notre Bureau d’enquête a pu obtenir copie en Ontario, M. Allan et Mme Davidson ont vertement blâmé la Caisse et Luc Verville pour la panique qui s’est installée dans les marchés en juillet et août 2007.

Selon eux, en juillet, M. Verville s’y est mal pris pour réduire la taille massive du portefeuille de la Caisse dans les papiers commerciaux non bancaires.

«Il n’y a jamais eu de consultation ou d’orientation sur ce qui se passait ici», s’est plaint M. Allan à Mme Davidson.

M. Verville aurait vendu pour 1 milliard $ de PCAA non bancaires de la firme Coventree pour ajouter à son portefeuille des ­papiers commerciaux émis par de grosses banques. Ces derniers étant perçus comme plus solides et sécuritaires que ceux des tiers comme Coventree.

«Bob (Robert Courchesne de la Financière Banque Nationale) et Luc (Luc Verville de la Caisse) auraient dû le savoir quand il (Luc) a voulu faire un ajustement important (réduction) à son exposure aux indépendants (PCAA non bancaire) qu’il ne pourrait le faire que sur une base consultative,» opine David Allan lors d’une conversation.

Plusieurs autres courtiers et investisseurs (dont la Banque Royale du Canada, le gouvernement de l’Ontario et la Credit Union Central de la Colombie-Britannique) ont appris que la Caisse liquidait de grandes quantités de ses PCAA non bancaires. Plusieurs, dont RBC, ont alors ­décidé d’abandonner, eux aussi, ce marché risqué.

Cela a contribué à mousser le mouvement de panique qui a précédé la débandade dans la valeur des PCAA, dont les épargnants québécois détenaient de grandes quantités par le biais de la Caisse de dépôt.


►Notre Bureau d’enquête a réussi à mettre la main sur ces enregistrements inédits et ­tenus secrets jusqu’ici, qui jettent un éclairage nouveau sur une crise sur laquelle le gouvernement libéral de l’époque a ­enquêté trop rapidement, malgré ­l’immense impact pour les épargnants ­québécois.

►Ces conversations enregistrées vont à ­l’encontre d’une partie des témoignages des hauts dirigeants de la Caisse de dépôt devant la commission spéciale des finances publiques, convoquée par le gouvernement libéral un an après le gâchis.

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