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La crise de l’aluminium

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S’il y a une industrie qui est liée à l’électricité abondante et bon marché, c’est bien l’aluminium. Le Québec en était jusqu’à récemment un des plus grands producteurs. Le tiers de l’électricité nécessaire provient des barrages construits il y a longtemps par Alcan, dont les coûts sont très bas, et le reste vient d’Hydro-Québec qui, pour attirer toujours plus d’alumineries, a consenti au cours des années 80 des taux non seulement bas, mais liés en partie au prix international de l’aluminium.

S’il y a une industrie qui est liée à l’électricité abondante et bon marché, c’est bien l’aluminium. Le Québec en était jusqu’à récemment un des plus grands producteurs. Le tiers de l’électricité nécessaire provient des barrages construits il y a longtemps par Alcan, dont les coûts sont très bas, et le reste vient d’Hydro-Québec qui, pour attirer toujours plus d’alumineries, a consenti au cours des années 80 des taux non seulement bas, mais liés en partie au prix international de l’aluminium.

Cela allait tellement bien qu’en 2008, le gouvernement demanda aux alumineries de renoncer à leur rabais à partir de 2015 et de payer le tarif des autres grandes industries, le tarif L, ce qui augmenterait les profits d’Hydro-Québec et donc les revenus budgétaires du gouvernement.

Le grand bouleversement

Et puis, il y a une semaine, le ciel nous est tombé sur la tête! Alcoa, le troisième plus gros producteur d’aluminium dans le monde, annonce qu’il fermera le 1er janvier 2015 ses trois alumineries au Québec parce que le prix de l’électricité dépassera alors celui de plusieurs pays où Alcoa produit de l’aluminium. L’augmentation prévue n’est pas négligeable: 50 %! Même le prix actuel est un peu plus élevé que celui payé par d’autres usines d’Alcoa. On se rend compte tout à coup que notre grand avantage d’avoir de l’électricité bon marché s’est évaporé. La chute du prix du gaz naturel a complètement changé la donne.

Quant au marché mondial de l’aluminium, en quelques années, il s’est complètement transformé. La Chine qui, il y a 10 ans, était un producteur marginal, est devenue le premier producteur, fournissant 17 millions de tonnes, soit la moitié de la production mondiale, c'est-à-dire six fois plus que le Québec. Les Émirats arabes unis ont, en cinq ans, construit l’équivalent de toute la production québécoise. En fait, Québec ne fournit plus que 6 % de la production mondiale.

Les prix s’effondrent

La récession de 2008 a fait chuter la demande. La construction de nouvelles usines se poursuivant, les prix se sont écroulés et comme il y a de grandes capacités de production inutilisées, en Chine en particulier, ils ne sont pas près de remonter. Un grand nombre d’alumineries fonctionnent à perte. Alcoa a déjà fermé des installations au Brésil, aux États-Unis, en Italie... et même un peu à Baie-Comeau.

Il faut donc prendre au sérieux la menace d’Alcoa. Qu’il y ait une part de bluff dans cette menace, c’est évident. On aurait tort de ne pas voir que la situation des alumineries au Québec est devenue fragile. Il est inutile pour le gouvernement de finasser pendant des mois. Il doit céder. Chantage? Peut-être, mais les alumineries occupent une telle place dans l’économie du Saguenay−Lac-Saint-Jean, de la Côte-Nord et du Centre-du-Québec que l’on n’a pas de risque à prendre. On soulignera peut-être que Rio Tinto Alcan est plus modérée dans ses critiques. Cela se comprend. Leurs installations hydroélectriques sur les rivières Péribonka et Saguenay leur fournissent de l’électricité à un coût imbattable et les baux des rivières devront un jour être renouvelés. Mais Alouette, à Sept-Îles, la plus grande aluminerie des Amériques? Elle dépend entièrement de l’électricité d’Hydro-Québec.

Annoncer que l’on vendra au rabais les énormes surplus d’Hydro-Québec à de nouveaux investissements, en même temps qu’on augmente brutalement le prix demandé aux installations existantes, ne tient pas la route. Il est temps de s’en rendre compte.

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