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Santé | Soins palliatifs

Des infirmières en détresse

Une étude montre la dure réalité de prodiguer des soins en fin de vie

Woman surgeon sitting Dossier Médecins Détresse
WavebreakmediaMicro - Fotolia Fo L’étude démontre que des infirmières des unités de soins intensifs ont parfois l’impression d’euthanasier des patients qui sont en soins palliatifs. Selon une des auteures du rapport, elles doivent être davantage impliquées dans le processus décisionnel.

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Des infirmières se sentent démunies quand un médecin prend la décision de mettre fin aux soins palliatifs, si bien que certaines ont même l’impression d’euthanasier des patients, révèle une étude.

Des infirmières se sentent démunies quand un médecin prend la décision de mettre fin aux soins palliatifs, si bien que certaines ont même l’impression d’euthanasier des patients, révèle une étude.

«Je me sens comme la Grande Faucheuse de la vie», a confié une infirmière qui a participé à l’étude Amélioration des soins de fin de vie, de l’Institut Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST).

LA MORT AU QUOTIDIEN

Cosignée par 11 auteurs, l’étude récemment publiée met en lumière la complexité du travail des infirmières des unités de soins intensifs (USI), où environ 20 % des patients décèdent.

Selon l’étude, les unités ne sont pas toujours équipées pour offrir des soins palliatifs (SP) à la hauteur des besoins.

«C’est un milieu très difficile, parce qu’on sauve des vies, mais des gens meurent, indique Lise Fillion, une des auteures. Mais souvent, c’est comme une omertà. La mort est un échec à la mission des soins intensifs.»

Dans le contexte du projet de loi du gouvernement sur l’aide médicale à mourir, Mme Fillion croit qu’il est primordial de donner une voix aux infirmières.

«Le débat est beaucoup axé sur ce que vivent les médecins, mais il ne faut pas oublier que les infirmières exécutent les décisions, dit-elle. Elles ne contestent pas les décisions, mais elles aimeraient être prises en considération.»

Selon l’auteure, ce manque d’écoute fait en sorte que certaines infirmières perçoivent mal les décisions, et ont l’impression de faire de l’euthanasie.

«On en fait trop, le patient souffre trop, ce n’est pas nécessaire d’aller jusque-là», a dit une infirmière dans le rapport.

MANQUE DE FORMATION

Au total, cinq sous-études ont été menées auprès d’infirmières partout au Québec, entre 2007 et 2012. Un des premiers constats est le manque de formation.

«Les nouvelles qui commencent sont complètement paniquées quand on dit, on arrête les traitements puis ça va se faire dans la soirée», a confié une infirmière.

Un constat qui fait croire aux auteurs l’importance de mieux former les employés.

«Face à une telle détresse de même que face à la nécessité d’améliorer l’offre de soins de fin de vie, il nous apparaît urgent de développer, implanter et évaluer des programmes afin de soutenir les infirmières d’USI et de prodiguer des SP de fin de vie de qualité», lit-on.

Par ailleurs, les auteurs suggèrent de reconnaître les SP comme une spécialité, de clarifier les protocoles de fin de vie et de mieux soutenir les infirmières.

DE LA SATISFACTION

Malgré cela, Mme Fillion insiste sur le fait que le travail de ces infirmières n’est pas toujours négatif, et qu’elles ressentent aussi souvent de la satisfaction.

«C’est difficile d’accompagner des gens qui meurent, mais des fois elles partent avec la satisfaction du devoir accompli, souligne-t-elle. L’idée est de trouver comment améliorer leur travail.»

 
Extraits de témoignages d’infirmières tirés du rapport
«
Le problème, c’est que le patient ne mourait pas assez vite selon le médecin. Il voulait partir et voulait qu’on accélère le processus de mort du patient. Il nous faisait augmenter les doses de morphine aux cinq minutes en intraveineuse. […] Pour moi, ce n’était pas des soins palliatifs, c’était de l’euthanasie. »
«
C’est moi qui fais le geste qui mettra un terme à la vie du patient. »
«
Cette charge-là de la famille tout autour qui te regarde puis qu’ils disent, ils la débranchent, puis t’arrives avec ta seringue pour soulager. Si elle meurt 10 minutes plus tard, là… Qu’est-ce qui est remarqué? Que tu l’as soulagée ou que tu l’as fait mourir? Malheureusement, ce qu’ils retiennent, c’est que tu l’as fait. Gérer la détresse du patient et de la famille : mourir… »
«
On en fait trop, le patient souffre trop, ce n’est pas nécessaire d’aller jusque-là compte tenu de son âge et de son état. On a fait beaucoup trop de choses à ce pauvre monsieur qui était paralysé. Il avait juste ses yeux et sa bouche. […] Il a tellement souffert. Il a eu beaucoup d’opérations. Il faisait pitié, j’aurais pu le défendre, parler pour lui. Il n’avait que ses yeux qui nous regardaient. C’était choquant de faire tout ça sur lui. On ne souhaite ça à personne. »
«
Je remplissais la seringue et c’est moi qui appuyais sur le piston, c’est ça que je n’ai pas aimé, c’était beaucoup. Le résident surveillait l’écran et me disait : “Je ne veux pas qu’elle respire plus vite, donne-lui 50 milligrammes, donne-lui 3cc, donne-lui, donne-lui”, je n’arrivais pas à fournir. En l’espace de 20 minutes, c’était fait. Moi je l’ai trouvée dure celle-là. J’ai dit aux filles, c’est de l’euthanasie. »
«
C’est quelque chose. Tu viens de finir un deuil, tu repars vers un autre patient qui ne va pas bien, ouais… Puis t’es supposée être aussi disponible, aussi présente d’esprit. »
«
Le bloc opératoire pousse pour rentrer son cas dans l’autre chambre. C’est la réalité de tous les jours. On est toujours, toujours, toujours bousculées. On est accotées tout le temps au bouchon. […] On se dépêche quasiment de le sortir pour rentrer un autre cas. »
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