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«Sublime», «Esti», «Pelle», «Lampe»

Prénoms inusités cuvée 2012

Des nouveau-nés ont été prénommés «Esti», «Cash», «Lampe», «Pelle», «Angelina-Joly»

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Isabelle Maher @

Journal de Montréal, Publié le:

3 month baby

Photo Fotolia

En 2012, des parents ont prénommé leur poupon «Cash», «Pelle», «Merle» et «Esti». Même si le Code civil du Québec permet aux parents de choisir le nom qu’ils veulent pour leur enfant, le Directeur de l’état ­civil a le devoir d’encadrer ce libre choix. Un pouvoir dont il est loin d’abuser.

Elle s’appellera «Esti». C’est le prénom que les parents d’une petite fille née au Québec en 2012 ont choisi pour elle.

D’autres fillettes grandiront en répondant au prénom de «Lampe», «Nene» et «Scout», alors que des garçons porteront le nom de «Cash», «Pelle» et «Casper».

Des petites filles devront très tôt, apprendre à épeler des prénoms plutôt complexes: «Xxxxxxxalaniqo’oka», «Iehwatsirahnira’ts» et «Ietohrhuostha».

Ces prénoms véritables sont tirés de la liste de prénoms donnés aux enfants en 2012, fournie par le Directeur de l’état civil (DEQ) et disponible sur le site de la Régie des rentes du Québec.

Parmi les prénoms uniques et originaux, on retrouve notamment «Wednesday», «Louve», «Ocean», «Mottel», «Neige», ­«Mésange», «P», «Sophia-Lorraine»...

ORIGINALITÉ OU MAUVAIS GOÛT ?

Dans leur désir de donner un prénom unique à leur rejeton, certains parents

ont-ils dépassé la fine frontière qui sépare l’originalité du mauvais goût?

«Il y a des parents qui manquent malheureusement de jugement», concède Benoît L’Allier, répondant pour le Directeur de l’état civil du Québec, le seul officier qui a la responsabilité d’intervenir en ce qui concerne le choix du prénom d’un enfant dans certaines circonstances.

«Lorsque le prénom choisi par les parents est inusité, prête au ridicule ou risque de déconsidérer l’enfant, le DEQ peut sensibiliser les parents et les inviter à revoir leur choix», explique M. L’Allier. De leur côté, les parents peuvent invoquer le contexte culturel, les usages, l’origine des personnes concernées, la langue ou différents éléments contextuels pour justifier leur choix.

DE TRÈS RARES INTERVENTIONS

«Si les parents refusent de modifier leur choix, le Directeur de l’état civil doit dresser l’acte de naissance avec le nom ­demandé et en aviser le Procureur général du Québec, qui pourra saisir le tribunal pour lui demander de changer le prénom», ajoute-t-il.

Dans les faits, le Directeur de l’état civil et les tribunaux interviennent très rarement. Le dernier signalement d’un prénom d’enfant au procureur ­remonte à 2011 et le dernier cas de prénom judiciarisé s’est produit en 2006.

Le Directeur de l’état civil est intervenu auprès de certains parents en 2012.

«Je ne peux dire dans combien de cas et lesquels, pour protéger l’identité des enfants. Chose certaine, aucun cas n’a encore été soumis au procureur du Québec», ­affirme Benoît L’Allier.

« SPATULE », « GOLDORAK » ET « GAZOUILLE »

Ce n’est pas la première fois que les prénoms inusités d’enfants suscitent l’intérêt.

Plusieurs se souviendront de «Spatule», un prénom choisi par des parents issus du milieu du théâtre en l’honneur de l’oiseau blanc du même nom et non de l’ustensile de cuisine.

L’affaire «Spatule», qui remonte à 1996, est l’un des très rares cas où un tribunal a rejeté le prénom que des parents avaient choisi, même s’il s’agissait en fait d’un second ­prénom.

L’intervention du Directeur de l’état civil a permis de faire modifier des prénoms comme «Goldorak» et «Gazouille». D’autres cas médiatisés comme «C’est-un-ange» et «Caresse» ont été maintenus.

 

« Appeler son enfant ‘‘ Cash ’’, ça semble extrêmement choquant »

Qu’il soit romantique, ludique, ­populaire ou inusité, un prénom n’a rien de banal dans la vie de celui qui devra le défendre.

Le prénom est à la base de la construction de l’identité, explique la psychologue Prudence Bessette, qui a réalisé une thèse de doctorat à l’UQAM sur la construction de ­l’identité.

Certains prénoms inusités donnés par des parents à leur enfant en 2012 ont fait bondir la spécialiste. «S’il y a une décision qui a permis que ­‘‘Spatule’’ ne passe pas, je ne vois pas pourquoi ‘‘Cash’’ et ‘‘Esti’’ seraient maintenus», tranche-t-elle.

CULTE DE LA LIBERTÉ INDIVIDUELLE

Selon Mme Bessette, la difficulté ­d’assumer un prénom inusité varie énormément en fonction du contexte et des individus en cause.

Difficile de prédire l’impact du ­prénom sur un individu. Mais dans certains cas, l’évidence s’impose. ­«Appeler son enfant ‘‘Cash’’, ça ­semble extrêmement choquant», pense-t-elle.

Selon la psychologue, notre époque individualiste favorise grandement le désir de se démarquer. Le prénom «rare» en est un exemple.

«Il y a un phénomène généralisé qui fait de la liberté individuelle une ­valeur centrale de notre culture, ­observe-t-elle.

«Dans un désir de modernité et de rupture avec la tradition, il y a un ­désir d’originalité dans le prénom que certains parents vont donner à leur enfant», croit la psychologue.

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