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Niqab : la pudeur ostentatoire

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Le niqab est finalement entré dans l’actualité québécoise. Il se manifeste de manière paradoxale: celle qui le porte se réduit «volontairement», dans l’espace public, à un accoutrement agressif qui marque une frontière absolue entre soi et la société. Mais elle demande ensuite à la société qu’on ne la réduise pas à cela et qu’on cherche à voir sa personnalité complexe derrière le grand drap. Il y en a pour trouver que cela a du sens.

Le niqab est finalement entré dans l’actualité québécoise. Il se manifeste de manière paradoxale: celle qui le porte se réduit «volontairement», dans l’espace public, à un accoutrement agressif qui marque une frontière absolue entre soi et la société. Mais elle demande ensuite à la société qu’on ne la réduise pas à cela et qu’on cherche à voir sa personnalité complexe derrière le grand drap. Il y en a pour trouver que cela a du sens.

Tout comme le voile, mais de manière bien plus radicale, le niqab représente une forme de pudeur ostentatoire. On peut y voir aussi un exhibitionnisme de la vertu. Celle qui le porte veut qu’on sache qu’elle est modeste, et qu’elle se soumet à Dieu et qu’elle est moralement supérieure au monde décadent qui l’entoure. En société, elle souhaite manifestement qu’on la voie d’abord à partir de ce symbole, mais elle s’indigne ensuite qu’on la définisse d’abord par cela.

Afficher son mépris

Mais surtout, celle qui le porte envoie un message à la société: je me réserve aux membres de ma communauté. Je ne marierai jamais un homme qui n’est pas de mon clan. Jamais. Entre la société et moi, il y a une barrière infranchissable et les codes de la société occidentale ne seront jamais les miens. Celle qui le porte affiche son mépris de la société québécoise et son refus radical d’y appartenir. Le niqab est un symbole politique.

Cela devrait pousser à l’indignation. Mais plusieurs sont tétanisés, absolument incapables d’y voir un enjeu politique. La peur maladive d’avoir l’air intolérant anéantit la possibilité même de la lucidité. Ils répètent: je n’aime pas le niqab, mais je me battrai fièrement pour que vous puissiez le porter. Ils réussissent à rationaliser leur trouille comme une forme de courage absolu: moralement supérieurs, ils savent résister à leurs propres préjugés.

C’est qu’il y a une mystique de l’altérité qui domine les milieux médiatiques. En d’autres mots, on y trouve un préjugé systématiquement favorable envers «l’Autre», quel qu’il soit et peu importe ce qu’il fait. Ce qu’on demande à «l’Autre»? De nous sauver. D’être le témoin de notre intolérance, de rendre compte de nos pires défauts, que nous refusons d’admettre et d’assumer.

Geste rédempteur

En s’ouvrant à lui, quel qu’il soit, on croit avoir posé un geste rédempteur pour notre civilisation, coupable de fermeture et de discrimination. Plus l’autre est «différent», plus il faut s’y ouvrir. Il faut toujours pousser plus loin nos limites. On pourrait parler d’une désensibilisation culturelle généralisée.

Celui qui s’aplatit devant le niqab est moralement vaincu. Si ce symbole ne suffit plus à incarner sans aucune ambiguïté l’inacceptable, rien ne le pourra. Mais tout cela était peut-être inévitable. Car qui accepte le voile finira aussi par accepter le niqab. Il le voudra cinq ans plus tard ou quinze ans plus tard. Mais il cédera. D’une petite capitulation à une autre, une société finit par ne plus reconnaître l’indéfendable.

 
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