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Une enquête «transparente» menée par un ami-associé

Chalet
Photo courtoisie Le chalet de 12 chambres situé à Saint-Côme et dont Mario Laprise et son ami Bruno Beaulieu sont copropriétaires.

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L'enquête sur l'ex directeur général de la Sûreté du Québec, Richard Deschênes, a été confiée à un ami de l'actuel directeur général, Mario Laprise.

L’ex-policier responsable de l’enquête criminelle sur l'ex-directeur général de la Sûreté du Québec est un ami et partenaire d'affaires de l’actuel grand patron de la SQ, a appris notre Bureau d'enquête. Mario Laprise et Bruno Beaulieu sont copropriétaires d'une compagnie qui gère un grand chalet de 12 chambres offert au public en location.

C’est depuis la mi-2011 que Mario Laprise et Bruno Beaulieu sont deux des cinq copropriétaires de ce chalet, et d'une entreprise qui en effectue la location. Les trois autres partenaires sont également issus du milieu policier.

La propriété est située à Saint-Côme, à environ une heure au nord de Montréal.

C'est Mario Laprise lui-même, actuel patron de la SQ, qui a alerté le ministre de la Sécurité publique, en septembre 2012, à propos d'allégations de nature criminelles concernant des ponctions dans un fonds de dépenses secrètes de la SQ.

Le ministre Stéphane Bergeron avait alors indiqué qu'étant donné la nature des allégations et par souci de transparence, l'enquête ne pouvait être confiée à un corps de police.

Un groupe d'enquêteurs indépendants a donc été mis sur pied, dirigé par l'ex-policier Bruno Beaulieu.

Depuis, ce choix suscite plusieurs questions dans les hautes sphères de la Sûreté du Québec et du gouvernement Marois, selon nos informations.

INFORMATION « DIVULGUÉE »

Hier, Mario Laprise n’a pas voulu commenter. Le lieutenant Guy Lapointe, porte-parole de la SQ, a affirmé que M. Laprise avait divulgué lui-même «aux autorités compétentes» du ministère de la Sécurité publique ses liens avec M. Beaulieu, avant même la mise sur pied de l’enquête.

«La divulgation s’est faite verbalement», a-t-il poursuivi, sans préciser exactement à qui le patron de la SQ avait donné cette information.

Bruno Beaulieu n'a pas répondu à nos tentatives pour le joindre.

«On a choisi des gens en fonction de leur compétence et de leur capacité à faire le travail», s'est pour sa part contenté de dire le ministre Bergeron.

AMIS ET CO-INVESTISSEURS

Les cinq partenaires ont payé 410000 $ pour le chalet. Ils possèdent chacun 20 % de la propriété indivise, selon des documents immobiliers et corporatifs.

Le groupe l’a acquis de M. Laprise et de son ex-épouse qui en étaient les propriétaires depuis 2002.

M. Beaulieu, un enquêteur retraité de la Sûreté du Québec qui a géré son programme de délateurs témoins, est un ami de M. Laprise, selon des sources confidentielles.

«Ils sont très proches», a dit une source.

En août 2013, après des rénovations importantes au bâtiment, les associés ont incorporé une entreprise qui s’appelle Le chalet des cinq, pour la location des lieux.

ENQUÊTE COMPLÉTÉE

Pour mener à bien l'enquête criminelle, Bruno Beaulieu a travaillé avec un procureur de la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Un porte-parole du DPCP, Me Jean Pascal Boucher, n’a pas voulu dévoiler l’identité du procureur au dossier, disant que cette information est «confidentielle». Il n’a pas non plus voulu commenter nos informations sur les liens entre messieurs Beaulieu et Laprise.

-Avec la collaboration d’Irina Bursanescu et Caroline Paillez


Le 29 novembre dernier, le ministère de la Sécurité publique a indiqué que l'enquête était complétée et que le dossier avait été remis au DPCP.

 

Les cinq propriétaires du chalet
Mario Laprise
Directeur général de la Sûreté du Québec depuis le 15 octobre 2012, il était auparavant directeur de la sécurité industrielle chez Hydro-Québec.
Lors de son premier passage à la SQ, c'est lui qui a dirigé l'escouade Carcajou, à partir de 1996, qui visait le crime organisé.
Gaétan «Sam» Guimond
Il est directeur adjoint aux enquêtes criminelles à la SQ.
Lui aussi est revenu dans le giron de la Sûreté du Québec en octobre 2012, après un passage chez Hydro-Québec, où il a notamment été chef de la Protection des revenus et enquêtes.
Auparavant, à la SQ, il a été adjoint au directeur des enquêtes criminelles à Montréal, et chef du service des enquêtes sur les crimes contre la personne.
Bruno Beaulieu
Retraité de la Sûreté du Québec depuis janvier 2005, il a été nommé responsable de l'enquête concernant l'utilisation du fonds de dépenses secrètes, en novembre dernier.
Auparavant, au sein du corps de police, il avait été responsable du Service de la protection des témoins.
Il a également collaboré aux travaux du rapport Boisvert sur la protection des collaborateurs de justice.
Pierre Lebeau
À la Sûreté du Québec, il a notamment été un coordonnateur des escouades régionales mixtes. Il a été promu lieutenant en février 2003. Tout comme messieurs Laprise et Guimond, il a aussi œuvré chez Hydro-Québec au cours des dernières années.
Marcel Forget
Le 13 novembre 2013, il a été nommé à l'UPAC comme commissaire associé aux vérifications.
Auparavant, il occupait le poste de directeur adjoint à la Sûreté aéroportuaire chez Aéroports de Montréal.
Au sein de la SQ, il a été responsable du bureau de la surveillance du territoire dans le district Montréal-Laval-Laurentides-Lanaudière, ainsi que responsable du Service des enquêtes sur le crime organisé.
 
« Considérant la nature des allégations, l’identité des personnes concernées ainsi que Pour assurer la transparence du processus, il a été convenu que l’enquête ne pouvait être confiée à un corps de police »
– Stéphane Bergeron,
12 décembre 2012
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