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Santé

Une majorité de Québécois prend des pilules contre le cholestérol pour rien, selon des médecins

Des médecins dénoncent les prescriptions à profusion de médicaments contre le cholestérol

Colin Rose dénonce les autres médecin de prescrire les gens de prendre des pilules pour le cholestérol pour rien.
Photo le journal de montréal, ben pelosse Le cardiologue montréalais Colin Rose ne croit pas que les statines aient vraiment d’effet ­bénéfique sur ­l’humain.

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Beaucoup trop de patients québécois prennent des pilules contre le cholestérol pour rien, déplorent des médecins.

Beaucoup trop de patients québécois prennent des pilules contre le cholestérol pour rien, déplorent des médecins.

«C’est devenu un plat de bonbons, dénonce un médecin qui veut garder l’anonymat parce qu’il dit avoir reçu des pressions de la direction de son hôpital. C’est une immense bourde scientifique.»

«C’est ce qu’on appelle du marketing, croit aussi le cardiologue Colin Rose, retraité du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Dans 100 ans, on va se dire qu’on était stupides de prendre cette pilule.»

Débat partout

La controverse mondiale entourant les statines, qui visent à diminuer le taux de cholestérol, n’épargne pas le Québec.

Récemment, un reportage australien a créé une onde de choc, alors que des cardiologues américains ont témoigné ne pas croire aux bienfaits de ce médicament, un des plus prescrits au monde (voir autre texte).

À l’automne dernier, l’adoption de nouvelles lignes directrices pour hausser la prescription des statines à 30% des adultes américains (plutôt que 15%) a fait aussi beaucoup jaser.

Au Québec, la consommation de statines est d’ailleurs en forte progression. En 2013, 12,7 millions d’ordonnances ont été prescrites, selon la Régie de l’assurance maladie du Québec, un bond de 30 % depuis cinq ans (voir tableau).

Sur le marché depuis environ 30 ans, les statines sont prescrites pour diminuer le taux de cholestérol à deux catégories de patients: ceux qui ont eu un problème cardiaque, ou en prévention primaire.

Si les médecins reconnaissent en général le bienfait des statines chez les patients cardiaques, la prescription préventive ne fait pas l’unanimité. Et selon le

Dr Rose, jusqu’à 95% des prescriptions sont à titre préventif.

Le cholestérol, un démon?

Au Canada, les lignes directrices prévoient qu’un patient doit prendre des statines s’il a 20% de risques d’avoir un épisode cardiaque dans les 10 prochaines années.

Plusieurs facteurs sont utilisés pour calculer le taux de risque: âge, sexe, taux de cholestérol, antécédents familiaux, habitudes de vie, etc.

«C’est du lavage de cerveau. Les compagnies pharmaceutiques ont convaincu tout le monde que le cholestérol est le démon. Mais c’est juste pour vendre des pilules! Ça n’a aucun sens», croit fermement le médecin sous le couvert de l’anonymat, qui a cessé d’en prescrire à ses patients en prévention.

«Et ils se portent très bien», lance-t-il.

«Il n’y a aucun effet bénéfique prouvé», ajoute le Dr Rose. Ces spécialistes sont d’ailleurs convaincus qu’un taux de cholestérol élevé ne cause pas directement des problèmes cardiaques.

Convaincus des bienfaits

Directeur du Centre de recherche de l’Institut de cardiologie de Montréal, le Dr Jean-Claude Tardif réfute cependant ces opinions. «Depuis 40 ans, la littérature scientifique montre sans aucun doute que les statines réduisent le risque de mourir», dit-il.

«Ce qui est dommage avec le discours de ces médecins qui font du sensationnalisme, c’est que des patients qui lisent l’article cessent leur médication, alors qu’ils en ont besoin. Beaucoup de gens vont faire des infarctus s’ils cessent les statines», ajoute-t-il.

«C’est de la médecine d’anecdote, ce ne sont pas des opinions basées sur des données, croit aussi le Dr George Thanassoulis, directeur du programme de cardiologie préventive et de génomique cardiovasculaire au CUSM. Plein de patients prennent des statines en prévention et n’ont pas d’infarctus. Mais ça ne veut pas dire qu’elles n’aident pas.»

D’ailleurs, le Québec a un haut taux de patients qui font de l’hypercholestérolémie familiale, une maladie génétique. Pour ces patients, les statines sont essentielles, souligne le Dr Tardif.

Selon lui, le débat actuel concerne surtout la zone grise pour les patients qui ont un taux de risque faible ou moyen, soit entre 10 % et 20 %.

 

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