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La vérité sur les médicaments

L'industrie pharmaceutique examinée à la loupe

Mikkel Borch-Jacobsen
Photo courtoisie, Marco Castro Mikkel Borch-Jacobsen

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Dans La vérité sur les médicaments, un ouvrage-choc, le philosophe et chercheur américain Mikkel Borch-Jacobsen dénonce la toute-puissance de l'industrie pharmaceutique, qui, à son avis, joue avec la santé des gens, allant jusqu'à inventer des maladies pour vendre des médicaments.

Dans cette enquête exhaustive, menée pendant 10 ans par une équipe de six chercheurs, le professeur Borch-Jacobsen décortique les agissements du lobby pharmaceutique, du financement à la mise en marché, en passant par les scandales et les victimes. Les pilules contre le cholestérol, les molécules prescrites aux enfants hyperactifs, les médicaments anticancer, les antidépresseurs, le vaccin contre la grippe H1N1: tout est passé au peigne fin.

Le professeur de littérature comparée à l’Université de Washington dénonce toutes les dérives de l’industrie pharmaceutiques: la corruption, les décès reliés aux «effets secondaires» des médicaments, les abus de médicaments qui polluent jusqu’à l’eau du robinet, et plus encore.

Marketing

«Je suis philosophe. Je m’intéresse depuis très longtemps à l’histoire de la psychiatre et de la psychanalyse», dit-il en entrevue téléphonique de son bureau de Seattle, dans l’État de Washington. «Comme je vis aux États-Unis depuis pas mal de temps, j’observe que, dans le domaine de la psychiatrie, il y a chaque mois, chaque année, une nouvelle maladie qui fait son apparition, commanditée et promue à coups de publicité à la télévision. Et j’ai commencé à me demander, mais qu’est-ce qui se passe? Et en grattant, très vite, je suis arrivé au marketing pharmaceutique et j’ai commencé à découvrir l’énormité du problème soulevé non seulement par les médicaments psychotropes en psychiatrie, mais par les médicaments en général.»

Il est profondément choqué par le côté scandaleux de l’industrie pharmaceutique. «C’est une industrie qui produit les médicaments comme elle pourrait produire des boîtes de conserve et son objectif est de vendre le plus de médicaments et, dans la foulée, elle cache les effets négatifs des médicaments — ce qu’on appelle les effets secondaires. Ça aboutit à de véritables crises sanitaires et c’est ça qui est scandaleux.»

Scandales

Aussi est-il question des scandales impliquant toutes sortes de médicaments, des cas de suicidés liés aux antidépresseurs, des perturbateurs endocriniens dans l’eau du robinet.

«Je ne sais pas quel scandale est le plus à même d’intéresser les gens... ça dépend des gens. S’ils prennent des antidépresseurs, ils vont être choqués par ce qu’on raconte sur les antidépresseurs. S’ils souffrent de diabète, ils vont être choqués par ce qu’on leur apprend sur des médicaments antidiabétiques. S’ils souffrent de cancer et que leur famille dépense des fortunes pour les soigner, eux aussi vont être scandalisés. C’est un problème véritablement général qui affecte toutes les classes des médicaments. On retrouve les mêmes phénomènes dans tous les domaines.»

Le professeur l’indique clairement en avant-propos: son livre n’est pas un ouvrage contre les médicaments. «C’est un ouvrage contre l’industrie qui en détourne l’usage pour faire du profit, au risque de mettre notre santé en danger et de profondément changer la nature de la médecine», écrit-il.

Préjugé favorable

Au sujet des effets «secondaires», il tire la sonnette d’alarme: un médicament n’est jamais une substance innocente. «Depuis la révolution thérapeutique de la fin du XIXe siècle, et notamment depuis l’introduction des antibiotiques dans les années 30, les gens ont pris l’habitude de penser que les médicaments sont des substances bénéfiques, des substances qui sauvent des vies, des substances qui réduisent la douleur, etc. Donc, il y a une sorte de préjugé favorable à l’égard des médicaments. On a oublié que les médicaments sont des molécules chimiques qui ont de multiples effets.

«On ne prend pas un médicament comme ça. Il faut se renseigner, voir quelles sont les raisons qui font que tel médicament est promu plutôt que tel autre. Il faut devenir critique.»

En librairie le 10 février.

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