/opinion/columnists
Navigation

Le Québec vit-il au-dessus de ses moyens ?

Coup d'oeil sur cet article

Au cours de la même semaine (les 22 et 29 janvier), deux études, la première émanant de la Chaire de fiscalité de l’Université de Sherbrooke, la seconde des HÉC, arrivent de façon différente à la même conclusion: nous vivons au-dessus de nos moyens. Elles ont été abondamment commentées sur le thème «ça va mal et ça ira encore plus mal» si répandu au Québec ces temps-ci.

Au cours de la même semaine (les 22 et 29 janvier), deux études, la première émanant de la Chaire de fiscalité de l’Université de Sherbrooke, la seconde des HÉC, arrivent de façon différente à la même conclusion: nous vivons au-dessus de nos moyens. Elles ont été abondamment commentées sur le thème «ça va mal et ça ira encore plus mal» si répandu au Québec ces temps-ci.

La première projette dans l’avenir (jusqu’en 2050) l’effet sur le déficit et sur la dette publique du vieillissement de la population. Des projections de ce genre sont périlleuses. Bien des choses peuvent changer en 35 ans. Et les résultats dépendent des hypothèses que l’on pose au départ. En tout cas, les résultats sont clairs: le Québec a le choix entre la catastrophe et l’apocalypse. Mais ce n’est pas grave. Comme disent les auteurs en conclusion, «le présent cahier de recherche ne doit pas être interprété comme une fata­lité voulant que l’apocalypse attende les finances publiques du Québec dans les prochaines décennies. D’ici 20 ans, il y a fort à parier que notre projection principale ne se sera pas matérialisée. La raison est simple. Les décideurs politiques auront, au fil des années, pris les décisions, souvent difficiles, pour équilibrer le budget de l’État québécois.» C’est un peu court, mais cela correspond à la nouvelle mode de plusieurs études récentes: «Les vieux vont nous ruiner.»

Le cahier de recherche comporte aussi un scénario dit «optimiste». En changeant certaines hypothèses de départ, les auteurs prévoient alors pour 2050 non pas un déficit de 125 milliards $ ni de 63 milliards $, mais un surplus de 2 milliards $. Ils jugent cependant ce scénario peu réaliste. Bon! N’allons pas plus loin.

De l’apocalypse à la réalité

La seconde étude, celle des HÉC, ne patauge pas dans les projections apocalyptiques. C’est un diagnostic sur l’état de l’économie du Québec. C’est dur, mais réaliste. Ce qui frappe le plus dans cette étude, c’est la lente et persistante détérioration de l’économie du Québec depuis 10 ou 12 ans par rapport à l’économie canadienne, sans doute à cause de l’Ouest, mais surtout par rapport à la vingtaine de pays industrialisés que l’étude examine (les États-Unis, bien sûr, l’Europe de l’Ouest, les pays scandinaves, le Japon, l’Australie…).

En 1981, le niveau de vie des Cana­diens dépassait de près de 20 % celui des Québécois. Le niveau de vie moyen des 20 pays était égal à celui des Québécois. En 2012, l’écart du Québec avec le Canada n’a pas bougé. Mais les 20 pays, en moyenne, ont rejoint le Canada. Le niveau de vie des Américains dépasse maintenant de 40 % celui des Québécois.

Cela reflète l’évolution de la productivité des entreprises (calculée comme étant la production par heure travaillée). En 1981, la productivité était à peu près la même au Québec, en Ontario, dans le reste du Canada et chez les 20. En 2012, la productivité en Ontario est un peu supérieure à celle du Québec, mais chez les 20, en moyenne, on dépasse maintenant le Québec de 20 %. L’écart avec les États-Unis (notre principal client) est plus grand encore (33 %).

Il ne faut pas se surprendre alors que les entreprises du Québec, dans bien des cas, aient perdu de leur compétitivité. Les exportations québécoises par habitant (à prix constant) ont chuté de 30 % de 2001 à 2012. On n’a pas cessé d’importer pour autant. La balance commerciale se détériore donc rapidement. Dans ce sens, l’étude conclut, à juste titre, que nous vivons au-dessus de nos moyens.

Enfin, pour compléter le tableau, les investissements privés en machinerie et en équipements par emploi (à prix constant) ont chuté de 36 % de 1999 à 2012.

Comment veut-on, dans ces circonstances, améliorer la productivité, redevenir concurrentiels et augmenter notre niveau de vie au même rythme qu’ailleurs?

Le Projet Zakaïb

C’est ce qu’a compris la ministre, Mme Zakaïb, en publiant, en novembre dernier, son projet de politique industrielle. Il vise à moderniser les installations, à appu­yer la diffusion des technologies de pointe, des systèmes informatiques, de l’automatisation, en somme, rien de bien spectaculaire pour les médias, mais qui touche au cœur du problème. On veut atteindre, sur cinq ans, des milliers de PME, non seulement par des incitatifs financiers, mais aussi en leur fournissant de l’aide technique. Cela va demander une organisation importante et beaucoup d’argent. Il faut espérer que le gouvernement prendra le projet au sérieux. Cela n’est pas évident.

Dans la seule cimenterie de la famille Bombardier, à Port-Daniel, on va investir 450 M$ de fonds publics québécois (en prêts et en actions). En outre, l’entreprise aura un congé d’impôt pendant 10 ans et un rabais sur le prix de l’électricité. Ce que le gouvernement prévoit allouer pour le volet dit de modernisation des PME du Plan Zakaïb est aussi d’environ 450 M$ sur cinq ans. Il me semble qu’on voit déjà ce que le gouvernement juge important et ce qu’il considère comme secondaire.

Et pourtant, il faut un remède de cheval. C’est la première fois depuis 30 ans que je suis inquiet quant à l’avenir économique du Québec.

 
Commentaires
Loading