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Consommation

Le sel fauche la vie de milliers de Québécois chaque année

Pierre Laroche et Élise Latour
Photo Stéphan Dussault La diététiste et nutritionniste Élise Latour a peut-être sauvé la vie de Pierre Laroche en modifiant ses habitudes alimentaires.

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La plupart des consommateurs se croient en santé parce qu’ils agitent peu leur salière. Ils ne savent pas que la grande majorité du sel absorbé provient des produits transformés.

La plupart des consommateurs se croient en santé parce qu’ils agitent peu leur salière. Ils ne savent pas que la grande majorité du sel absorbé provient des produits transformés.

Pierre Laroche pesait 270 livres il y a deux ans quand il a lancé un appel à l’aide au centre de conditionnement Épic, associé à l’Institut de cardiologie de Montréal. Aujourd’hui, le pèse-personne affiche 205 livres.

«Je suis passé d’une personne handicapée à quelqu’un en pleine forme», dit fièrement le Lavallois de 59 ans.

Mais au-delà du poids, l’équipe médicale a constaté que la pression artérielle de Pierre Laroche était très élevée. Une hypertension causée en partie par sa très grande consommation de sel.

«Je salais par-dessus des plats déjà salés, mais tout ça me semblait tellement normal», dit-il.

Le Centre lui a peut-être sauvé la vie. Il avait beau ne ressentir aucun symptôme, l’hypertension cachée faisait quand même de Pierre Laroche un candidat parfait à l’accident vasculaire cérébrale, à l’infarctus et à l’insuffisance rénale, toutes des maladies mortelles.

Une analyse d’une centaine d’études effectuées l’an dernier par des chercheurs de la faculté de médecine de l’Université Harvard, à Boston, estimait que la consommation excessive de sel était la cause de 2,3 millions de décès par an.

Pas au courant

C’est au Centre Épic que Pierre Laroche a rencontré la diététiste et nutritionniste Élise Latour, qui l’a aidé à modifier ses habitudes.

«La plupart des patients qui entrent dans mon bureau me disent: «Je n’ai pas de problème de sel, je ne sale presque rien». Peu de gens savent que 75 % du sel consommé provient des aliments transformés», dit-elle.

Une seule tranche de jambon de 115 grammes suffit pour répondre à la demande de sodium du corps humain pour toute une journée, soit 1500 mg. Si on y ajoute 2 rôties/bacon le matin et une dizaine de sushis le soir, le total monte à 4100 mg de sodium, une quantité amplement suffisante selon les autorités médicales pour causer la mort à long terme.

Or, 4100 mg, c’est la consommation moyenne de sodium d’un adulte canadien masculin, les femmes étant plus responsables avec une moyenne quotidienne sous les 3000 mg.

Moins de sel, plus de vivants

Les Américains ont à peu près le même problème de surconsommation de sel. Seulement aux États-Unis, c’est 100 000 vies qu’on pourrait sauver chaque année si les Américains coupaient leur consommation de sel de moitié, estimait récemment le Center for science in the public interest (CSPI).

Avec les 275 patients que l’Institut de cardiologie lui refile chaque année après leur passage sur la table d’opération, Élise Latour ne doute pas que la situation soit semblable ici. En ramenant ces chiffres à ceux de la population de la province, c’est environ 2500 vies québécoises qu’on pourrait sauver chaque année en ramenant sa consommation de sodium à un niveau plus normal.

Et couper le sel ne signifie pas toujours se priver de plaisir.

«Le truc est de remplacer le sel par autre chose de moins dommageable, comme des épices par exemple. C’est l’erreur que V8 a faite en proposant son jus de légumes faible en sodium. Sans rien d’autre, on avait un produit fade que leurs clients ont boudé».

Quant aux sushis, il suffit d’y aller mollo avec la sauce soya, l’un des produits les plus salés sur le marché.

«Au début, je prenais trois heures au supermarché à analyser les étiquettes des produits, se souvient Pierre Laroche. Aujourd’hui, je suis meilleur, même que j’y prends goût. Ma femme et moi on fait des concours, comme celui qui trouvera la barre tendre la moins et la plus salée.»

 

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