/investigations
Navigation
Controverse | Silicium

Une autre usine qui ne sera pas rentable

La future usine FerroAtlantica jouirait de congés d’impôts pendant 10 ans et de rabais sur l’électricité

Silicium Québec
photo michel morin Silicium Québec voit d’un très mauvais oeil la venue possible d’une usine espagnole au Québec.

Coup d'oeil sur cet article

Après la controverse entourant la cimenterie de Port-Daniel, en Gaspésie, une deuxième usine soutenue par le gouvernement Marois est maintenant controversée pour les mêmes raisons.

Après la controverse entourant la cimenterie de Port-Daniel, en Gaspésie, une deuxième usine soutenue par le gouvernement Marois est maintenant controversée pour les mêmes raisons.

Dans une lettre adressée au premier ministre Couillard, dont notre Bureau d’enquête a obtenu copie, la direction de Silicium Québec, dont l’usine est située dans le parc industriel de Bécancour, au Centre-du-Québec, soutient que la future usine espagnole de FerroAtlantica soutenue par les contribuables et les clients d’Hydro-Québec, ne sera pas rentable et met en péril les 200 emplois de l’usine de Bécancour.

Silicium Québec, propriété du groupe américain Globe Speciality Metals, soutient que la nouvelle usine «ne peut survivre sans des subventions coûteuses et récurrentes de l’État», qu’il s’agit ni plus ni moins d’«une compétition injuste» et d’«une forme de favoritisme gouvernemental».

Pour le PDG de Silicium Québec, René Boisvert, des emplois pourraient être mis en danger, «soit les emplois à l’usine de Silicium Québec, soit les emplois dans la nouvelle usine de FerroAtlantica».

Surcapacité

Dans une entrevue exclusive accordée à notre Bureau d’enquête, le PDG explique qu’il y a actuellement «une grande surcapacité au niveau mondial et une usine en construction aux États-Unis».

L’usine de Bécancour, qui avait frisé la liquidation il y a deux ans, est la seule usine de silicium au Canada. La moitié de la production qui sert notamment dans les alliages d’aluminium, est déjà allouée au groupe américain Dow Corning. L’autre moitié, c’est-à-dire 24 000 tonnes, peut suffire pour desservir le marché canadien, estimé par le Tribunal canadien du commerce extérieur, à 22 000 tonnes.

La nouvelle usine de FerroAtlantica, qui jouirait de congés d’impôts pendant 10 ans et d’un rabais de plus d’un cent des tarifs d’électricité, aurait une capacité de 100 000 tonnes et pourrait créer 300 emplois suivant l’annonce faite en janvier dernier par Pauline Marois au sommet de Davos.

«Le marché canadien ne peut soutenir deux usines de production de silicium métallurgique», ajoute René Boisvert.

À cause des tarifs industriels d’électricité plus élevés au Québec (4,7 cents le kWh) que pour les quatre autres usines du groupe aux États-Unis (entre 2,5 cents le kWh et 3,5 cents le kWh) l’usine de Bécancour ne fonctionne qu’à pleine capacité que depuis le 1er avril dernier.

Investissement Québec

C’est grâce à l’acquéreur américain de Silicium Québec qu’Investissement Québec avait pu être remboursé d’un prêt de 25 M$ à l’ancien propriétaire, la compagnie Timminco qui était devenue insolvable en 2012.

Deux ans plus tard, Silicium Québec voit plutôt mal qu’Investissement Québec fasse fi de l’expérience passée et veuille soutenir un nouveau concurrent à la hauteur de 30 M$.

«Comment Investissement Québec peut-elle envisager un tel subside à FerroAtlantica lorsqu’elle a à peine été en mesure de se faire rembourser par nous son investissement dans Timmico», explique René Boisvert.

Depuis 10 ans, l’usine de Bécancour a changé trois fois de propriétaires.

 

Sur le même sujet
Commentaires