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Les pics disciplinaires

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Partout dans le monde, les urbanistes, les architectes et les designers cherchent des moyens physiques pour contrôler les usagers de l'espace public. Pas seulement les itinérants. Cela s'appelle de l'architecture disciplinaire dans le jargon.

Quiconque a déjà pris l'avion sait qu'il est impossible de dormir sur des bancs d'aéroport. Ce n'est pas une coincidence. C'est voulu.  Un aérogare n'est pas un dortoir. Dans les stations de métro partout dans le monde on voit de plus en plus de sièges qui exigent de l'usager qu'il reste en position semi-debout. Rien qui donne envie de s'attarder.  Encore moins de s'étendre. Ça aussi, c'est voulu.

Autrefois, on se contentait de clouer une pancarte «Défense de flâner» mais les affiches ne sont plus très efficaces.

Au 18e et 19e siècles, les urbanistes planifiaient déjà les villes de manière à pouv0ir facilement contrôler les foules, souvent en colère à l'époque. Le Baron Haussman, celui qui a construit le Paris qu'on connait aujourd'hui, a imaginé des avenues très larges pour éviter la construction de barricades, souvenirs de la Révolution.

Un des grands planificateurs urbains de New York du XXe siècle, Robert Moses, avait fait construire des viaducs menant au bord de mer du New Jersey de manière à ce qu'ils ne peuvent accueillir des autobus. Selon la logique du temps, les blancs se déplaçaient en auto, les noirs en transport en commun. Ainsi, il n'y aurait pas de Noirs sur les plages de la région de New York.

Aujourd'hui, ce sont les pics anti-itinérants qui font leur apparition dans plusieurs grandes villes, dont Londres et Montréal. Les deux maires ont rapidement réagit, exigeant qu'on retire immédiatement ces pics de la honte qui seront éventuellement interdits, du moins on l'espère.

D'une part, je peux comprendre le besoin d'appliquer un certain contrôle des foules, et  même des itinérants, dans un objectif de protection du public et non pas de répulsion des indésirables. Je pense notamment aux freins à la pratique du skateboard dans les endroits publics. L'an dernier, je me souviens d'avoir vécu des moments d'anxiété au parc Émilie-Gamelin quand j'ai été témoin d'une scène de vente de drogue à grande échelle  à quelques mètres de moi. Plusieurs des clients en attente de leur dose étaient passablement agités. Et il n'y avait pas un policier à la ronde. Il était midi. Il y avait plus de clients autour de la pusher qui venait de débarquer avec son sac à dos bien rempli que de gens en lignes devant les camions de bouffe de rue...

Le citoyen ordinaire a le droit de fréquenter les lieux publics de sa ville sans être confrontés à ce genre de situation. Les commerçants ont aussi le droit de pouvoir accueillir leurs clients sans qu'ils se fassent importuner, dans certains cas, de façon agressive. Les itinérants sont comme tout le monde: il y a du bon monde, du moins bon monde et du m0nde malade.

Combien, parmi nous, même parmi les plus généreux, n'ont pas une fois dans leur vie traversé la rue pour éviter un mendiant ? Les commerçant du centre-ville vivent avec cette réalité 365 jours par année, du matin au soir. La cohabitation n'est pas facile. L'avouer n'est pas honteux et ce n'est pas en se mettant la tête dans le sable mouvant de la bien-pensance qu'on va régler quoi que ce soit. Au contraire.

Mais simonaque, c'est quand même pas en mettant des pics qu'on va régler les problèmes non plus. Ces gens-là ne sont pas des pigeons !

Le PQ a laissé en héritage une politique sur l'itinérance mais je suis loin d'être rassurée par ce qu'elle contenait: endiguer, pas régler, l'itinérance exigera beaucoup d'argent et des efforts à des niveaux multiples. En commençant par une lutte de tous les instants contre la toxicomanie qui fait tant de ravages - je ne parle pas du p'tit joint de temps à autres, mais de drogues dures, qui rendent fou, qui tuent -  des ressources adéquates en santé mentale, des logements abordables oui, mais ce  n'est pas suffisant, il faut un encadrement psycho social efficace et un suivi sur plusieurs années.

Or le PQ n'avait injecté que 6 M $ d'argent neuf. Trois fois rien.

Et voilà qu'on se retrouve dans un contexte de coupures et de citoyens qui n'aimeront peut-être pas voir le peu d'argent qui reste utilisé pour des marginaux pendant que les gens «biens», qui votent eux, pâtissent de l'austérité.

Vivre au-dessus de nos moyens pendant tant d'années, c'est ça aussi:  aujourd'hui, on a de moins en moins les moyens de s'offrir même une justice sociale de base. C'est ainsi que des solutions de nature disciplinaires, comme les pics, s'imposent d'elles-mêmes.

En passant, les pics devant Archambault sont là depuis trois ans. Je passe à cet endroit au moins deux fois par semaine et je ne les ai jamais remarqués. Ni personne d'autre d'ailleurs...

 

20 commentaire(s)

simon picotte dit :
10 juin 2014 à 20 h 33 min

Étrange le manque flagrant de jugement. C’était écrit dans le ciel que ça ne passerait pas. Parfois je me demande si les gestionnaires ont toute leur tête.

Hugues Leclair dit :
10 juin 2014 à 21 h 27 min

C'est fou comment 18 mois de gouvernance Péquiste peuvent être responsable de tant d'année de règne libéral. Vous savez, quand on fait l'autruche on a le trou de c.. a l'air.

le nationaliste dit :
10 juin 2014 à 21 h 27 min

"dans un objectif de protection du public et non pas de répulsion des indésirables."

De qui protège-t-on le public si ce ne sont pas les indésirables ?

"Mais simonaque, c’est quand même pas en mettant des pics qu’on va régler les problèmes non plus. "

Ni juste en les retirant. Coderre a joué sa comédie de gros leader. Mais la suite c'est quoi ??? Nos chefs vont-ils prendre au sérieux cette situation alarmante ?

------------------------------------------------------ Dans South Park, il proposait de transformer les itinérants en pneus. D'autres, de leur offrir de beaux vêtements pour que l'image de la Ville demeure impeccable. C't'une blague.

Marc Ouimet dit :
10 juin 2014 à 22 h 12 min

Personne n'a le courage de dire que ces malheureux nuisent à la qualité de vie des autres citadins. Le bon maire Coderre, qui est aussi maire de l'arrondissement Ville Marie a fait enlever les bancs sur Ste-Catherine entre le centre-ville et la rue Atwater parce que trop de sans-abris s'y couchaient ... Aujourd'hui, il nous jette de la poudre aux yeux !

albert bela dit :
10 juin 2014 à 22 h 30 min

. Le Baron Haussman, celui qui a construit le Paris qu’on connait aujourd’hui, a imaginé des avenues très larges pour éviter la construction de barricades, souvenirs de la Révolution.

ce qui a facilité l'entrée des chars d assaut allemands lors de la deuxième guerre mondiale

Mélanie A dit :
10 juin 2014 à 23 h 15 min

Coderre est un leader et il l'a prouvé. Il est efficace et c'est ce que Montréal a besoin.

Jacques dit :
11 juin 2014 à 1 h 38 min

Couper la slab de béton à 45 degrés, plus de banc, pas de pics, pas de nouvelle.

Pierre-Luc Tremblay dit :
11 juin 2014 à 6 h 01 min

Ceux qui s’insurgent et crient au scandale ne fréquentent pas manifestement le quartier de façon régulière. Et les nombreux chroniqueurs qui ont traité sur le sujet oublient également de dire que la problématique ne concernent pas seulement les itinérants mais l’énorme quantité de jeunes délinquants Montréalais et même ceux qui viennent des autres provinces l’été pour faire de l’argent à Montréal en quêtant.

Lors de mes études universitaires, j’ai fréquenté l’UQAM pendant 4 ans. Je pourrais qualifier cette expérience de véritable enfer. Chaque jours je me faisais harceler par les itinérants qui pleuvaient autant sur Sainte-Catherine que le long des couloirs de l’UQAM. Ceux-ci envahissaient l’université et y brisaient les toilettes. On y retrouvait toujours des seringues ou des excréments partout. Certains nous criaient après. Comment réagiriez-vous de vivre cette quotidienne pendant 4 ans tous les jours?

Les grands parleurs toujours prêts à juger ceux qui désirent des mesures plus coercitives changeraient de discours si ces itinérants envahiraient LEUR quartier comme Outremont, Villeray, Westmount ou Verdun. Malheureusement, tous les itinérants sont regroupés dans le même quadrilatère de Ville-Marie et rendent la vie des citoyens de ce quartier complètement infernale. En cette période estivale où la rue Sainte-Catherine devient piétonnière, l’envahissement a déjà commencé alors que les drogués, itinérants et jeunes délinquants harcèlent les marchands et les clients des terrasses en urinant partout et en usant de propos violents et vulgaires si ils ne donnent pas d’argent.

On entend les défenseurs des itinérants parler de droits à l’itinérance et de tolérance mais qui parle de la qualité de vie des citoyens et surtout de la liberté des commerçants de faire des affaires et de payer leurs taxes pour pouvoir justement subventionner les programmes sociaux nécessaires pour venir en aide à cette classe de citoyens?

Yves.g dit :
11 juin 2014 à 6 h 22 min

Très triste Mais si c est si honteux Je vous invite a prendre un itinérant chez vous Plus près de vous ....vous verez plus le problème de l itinérance Le syndrome de pas dans ma cour ......... Qu en quelqu un veux pas !, s aider ...... Aide toi et le ciel t aideras Mais ils veulent pas ..... Que ceux qui crient ..... Propose une solution Pas juste passer le tout au suivant Beau show de boucane M Coderre

Le poux le plus pauvre dit :
11 juin 2014 à 7 h 45 min

On devrait plutôt se poser la question : Pourquoi les clochards ce ramasse tous à ces endroits ? Mettre des pics ne va que déplacer le problème ailleurs et les marginaliser d'avantage.

Pourquoi ils se tiennent dans de tel endroit ? Plus de dons ? Plus de sécurité ? Moins dégueulasse ? Toutes ces raisons sont bonnes. Alors, pourquoi ne pas créer des endroits sécuritaires pour les clochards ? Des endroits où ils peuvent quêter en toute sécurité ? Je ne sais pas. Cela prend jusqu'à deux ans pour avoir une place dans un HLM et avec toutes les coupures dans les programmes sociaux ça va simplement de pire en pire !

Albert dit :
11 juin 2014 à 8 h 16 min

Les soi-disants journalistes, qui ne sont rien d'autres que les porteurs d'eau du PQ, ont fait un très bon coup de comm.

Et Coderre, le "maire" de Montréal, qui se croît encore en campagne électorale, en a profité pour faire un autre show...n'importe quoi pour faire parler de lui. Montréal tombe littéralement en ruines, mais Monsieur soigne son égo.

John-Jean Martin dit :
11 juin 2014 à 9 h 17 min

Quel honte d'avoir un maire populiste niaiseux comme Coderre.Il a bien assez de dossiers à gérer sans se mêler d'aller importuner des commerçants qui ont toute la misère du monde à faire un peu d'argent. Les crottés n'ont pas à s'asseoir devant des vitrines de commerçants,me semble que c'est le gros bon sens. Un retour des pics et çà presse !

André Félix Delisle dit :
11 juin 2014 à 9 h 42 min

J'apprends, ce matin, avec consternation, que la ''politique de lutte à l'itinérance'' pour le Québec, mise en place par le gouvernement Marois en février 2014, avec une enveloppe budgétaire de 6 millions $, a été ''mise sur la glace'' par le gouvernement Couillard. Notre nouveau gouvernement promet un plan d’action de lutte à l’itinérance POUR PLUS TARD, mais on ne sait pas encore pour quand, austérité obligeant. VOILÀ ! Alors ceux qui ont voté pour ce gouvernement ne vous plaignez pas des itinérants ! C'était PRÉVISIBLE que ce gouvernement allait couper dans les programmes sociaux et communautaires. L'argent à leur disposition, le PLQ va l'investir dans le domaine de la construction pour faire plaisir à leurs amis libéraux tous de bons capitalistes.

Jean-Louis dit :
11 juin 2014 à 9 h 51 min

Faut pas faire une ville pour les itinérants , J'aimerais pas que des robineux viennent s'installer devant ma boutique ou mon resto Ce n'est pas non plus en prenant des millions aux payeurs de taxes pour le confort des itinérants / robineux/ou drogués que l'on va faire une société juste

Mario Lacroix dit :
11 juin 2014 à 11 h 09 min

@Albert

Le 7avril dernier, ils étaient(les journalistes) aux service du PLQ.Cela ne semblait pas vous déranger. Alors la vrai question est: qui est le porteur d'eau?

COLONEL dit :
11 juin 2014 à 11 h 36 min

on à fermer les asiles pour les gens malades dans leurs têtes et bien voilà le résultat ils trainent partout dans le centre -ville et font c**** les Montréalais et les touristes et tant qu'aux autres qui ont choisi cette vie en toute liberté on devrait commencer par les faires harceler sans relâche par nos policiers pour qu'ils débarassent les endroits publiques. Je n'ai pas à subir la présence de drogués-voleur-crottés bref de fainéant qui refuse de vivre selon les règles de la société.

Mario Lacroix dit :
11 juin 2014 à 11 h 51 min

C'est drôle, quand il s'agit de religieux sectaires tout le monde est un grand humaniste,mais quand il s'agit d'itinérant, l'ouverture d'esprit prend le bord.

Valerie dit :
11 juin 2014 à 19 h 57 min

C'est tellement partisan et non objectif que de mettre tout sur le dos du PQ! Le PQ a été 18 mois au pouvoir, et ce, de façon minoritaire...Aloes si on est objectif et réel et qu'on regarde les choses en face, le blâme est bcp plus a jeté aux libéraux qui ont régner 12 ans.. Ramasser 12 ans de mauvaises décisions et essayer de les régler en 18 mois, c'est chose impossible!

Ivan Champetier dit :
12 juin 2014 à 10 h 07 min

Je connais les problèmes que vivent ceux qui doivent travaillers au centre-ville et les ennuis que font souvent ces itinérants,pour l'avoir vécu. J'ai même déja proposé a un ou deux d'entre-eux,trop intérèssés a mon outillage de leurs botter ce que vous devinez,s'ils ne déguerpissaient pas a vitesse grand-V! Ils n'ont pas insistés. Mais la solution des pics ne me parait pas bonne. Je la compare aux abrutis qui ont des chiens féroces pour garders leurs biens,qui ne mordent a peu pres jamais ceux qu'ils devaient,mais le plus souvent des petits enfants qui n'étaient pas sur leurs garde. Ces pics auraient piqués surtout des gens,qui pour milles raisons chutent dessus,mais pas un seul itinérant,qui sont habitués d'êtres sur leurs gardes vu la réception qui leuurs est faite par les gens. Pas toujours a tort il faut dire,comme celui qui puait a s'en évanouir que l'on voyait souvent la ou je travaillais.Même sans le voir,on savait quand il était passé. Les client des restaurant s'en plaignaient aux gardiens,ou a moi,tout dépendant qui s'adonnait a passer le premier. On peut les comprendres,même si ce n'était pas notre faute. Il faut l'avoir senti celui-la,je vous jure. Pas facile comme problème,quoiqu'en dise Coderre l'ami des robineux,a l'en croire. Je comprends l'éxaspération des commerçant du coin,même si cette "solution" ne peut pas aller.

Emily dit :
12 juin 2014 à 19 h 27 min

Avant de prendre sa retraite, ma mère était propriétaire d'une boutique au centre-ville. Durant l'été, à tous les soirs, un sens-abris, toujours le même, étendait son sac de couchage devant la vitrine et y passait la nuit.

Cela aurait fait pester un bon nombre de propriétaires mais pas ma mère. Elle me disait toujours que ce dernier méritait d'être traité avec dignité et respect comme on le fait avec n'importe quel être humain. À tous les matins, en allant travailler, elle lui apportait un café ainsi que des croisants et celui-ci s'en allait toujours autour de 10h vaguer à ses propres occupations. Elle s'est déjà porté à sa défense lorsqu'il se faisait interpeler par des policiers. En outre, celle-ci disait que par sa présence, il empêchait à son magasin d'être cambriolé.

Grâce à ma mère, j'ai appris ce qu'était la générosité et l'empathie. Je suis heureuse d'être sa fille.