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Rétro-télé | Le temps d'une paix

Le bon temps d’une paix

Le Journal profite de la période estivale pour s’entretenir avec les artisans d’émissions qui ont marqué notre télévision… Voici donc une tranche d’histoire télévisuelle qui vous rappellera sans doute de bons souvenirs.

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Il n’y a qu’à fermer les yeux un pour réentendre la musique du Temps d’une paix et voir les magnifiques champs de Charlevoix où évoluaient Rose-Anna et Joseph-Arthur et une pléiade de personnages solides et de caractère. Pierre Gauvreau a su, en dépeignant une communauté rurale de l’entre-deux-guerres, être à la fois avant-gardiste et actuel. Pas étonnant que son œuvre ait autant marqué et qu’encore aujourd’hui, 35 ans après sa création, elle soit toujours regardée.

Il n’y a qu’à fermer les yeux un pour réentendre la musique du Temps d’une paix et voir les magnifiques champs de Charlevoix où évoluaient Rose-Anna et Joseph-Arthur et une pléiade de personnages solides et de caractère. Pierre Gauvreau a su, en dépeignant une communauté rurale de l’entre-deux-guerres, être à la fois avant-gardiste et actuel. Pas étonnant que son œuvre ait autant marqué et qu’encore aujourd’hui, 35 ans après sa création, elle soit toujours regardée.

«Le texte m’a immédiatement emballé, lance le réalisateur Yvon Trudel. Je travaillais sur Terre Humaine à l’époque quand le chef de département m’a donné quatre textes du Temps d’une paix à lire. À ce moment-là, c’était des demies-heures. Moi qui aime les tournages d’époque et d’extérieurs, je me suis assis avec Pierre Gauvreau et en cinq minutes, c’était réglé, j’allais réaliser cette œuvre tellement bien écrite, avec une entière liberté.»

C’est ainsi que Trudel a bâti les familles Saint-Cyr, Fournier, Desrosiers et Lavoie. Il avait croisé Nicole Leblanc sur Rue des Pignons, mais en la voyant dans Race de monde, le réalisateur a su qu’elle serait sa Rose-Anna. «Je lui ai montré des textes en lui disant: c’est le rôle de ta carrière.»

«Jouer des textes de Gauvreau, c’est facile. La respiration est dans les mots. La structure et les personnages sont constants. En plus, il a écrit des rôles de femmes fortes formidables, raconte Nicole Leblanc, qui allait ainsi prendre les traits d’un des personnages les plus marquants de notre petit écran. Et ce qui me frappe, c’est la tolérance. Rose-Anna est passée à travers un périple difficile. Elle a perdu son mari, sa fille est tombée enceinte du fils de sa patronne. Mais la tolérance et le respect de la vie sont restés.»

Rôles marquants

«Je viens de Maria en Gaspésie et je retrouvais dans les textes beaucoup d’éléments familiers dans le comportement des gens, par exemple, avec la ferme, le potager, c’était toute mon enfance, lance Nicole Leblanc. En plus, comme vous pouvez l’entendre, j’ai toujours gardé un petit accent.»

«Pour Joseph-Arthur, poursuit Yvon Trudel, je vois un jour Pierre Dufresne s’en venir vers moi dans un corridor. J’ai tout de suite dit à mon assistante: “le voilà, mon Joseph-Arthur”. D’ailleurs, quand il est décédé, nous avons pris une pause. J’ai mis un bon deux mois avant de rechercher celui qui allait le succéder, Jean Besré. Je travaille toujours avec mes tripes. Yvon Dufour, je le voyais en curé, même chose pour Gérard Poirier en notaire.»

À ces grands noms se sont ajoutés de jeunes acteurs, dont Paul Dion, Katerine Mousseau ou Claude Prégent pour qui Le temps d’une paix a été le premier rôle.

Katerine Mousseau se souvient d’ailleurs très bien de l’audition qu’elle a passée à l’époque. «Toutes les comédiennes de mon âge que je connaissais avaient été invitées en audition. J’allais auditionner pour Juliette, mais c’était le rôle d’Antoinette que je voulais. Je trouvais qu’elle avait plus de caractère. Mais Yvon m’a dit: “t’es une Juliette”. Je savais que j’avais le rôle en sortant de la salle. Puis, Pierre Gauvreau m’a dit: “Juliette, elle est bilingue”. Elle est la fille de la campagne, plus ingénue, plus poétique, mais elle est aussi la femme de la Haute.»

Un personnage qui reflète d’ailleurs bien l’évolution de la femme de l’époque. «Sa patronne (Andrée Lachapelle) la faisait lire, l’ouvrait à toute une culture. Quand elle est devenue Mme Savary après avoir épousé Raoul (fils de sa patronne qui l’avait mis enceinte, joué par Sébastien Dhavernas), elle a milité pour le vote des femmes», poursuit Katerine Mousseau.

Denys Paris a pour sa part immortalisé Ti-Coune. «Un cultivateur qui nous aidait s’occupait d’une personne ayant le même handicap que Ti-Coune, se souvient Yvon Trudel. J’ai dit à Denys, observe-le. Il a aussi passé une semaine à l’hôpital Louis-Hippolyte-Lafontaine afin de créer le personnage. Il était tellement bon. C’est un personnage si délicat à jouer.»

Charlevoix

Un texte magnifique, des personnages formidables, mais ce dont nous nous souvenons aussi du Temps d’une paix est la mise en valeur de la région de Charlevoix. «Dans le texte, on parlait de La Malbaie. Je suis allé visiter pour faire du repérage et quand je suis arrivé à Charlevoix, j’ai découvert un pays extraordinaire, se rappelle Yvon Trudel. Nous avons construit la maison de Rose-Anna. C’était du papier brique sur un solage de plastique. Seuls le devant et un côté étaient en bois. Il y avait la grange. Mais pour tourner, il fallait cacher les fils sous terre. Il ne fait pas oublier qu’on reproduisait les années d’entre guerres. Le four à pain était en styromousse. Puis, j’ai eu la collaboration de cultivateurs de la place. Un nous fournissait les animaux dont j’avais besoin et venait les nourrir; un autre, les chevaux.»

«La première année, les gens ne savaient pas trop ce qu’on faisait, nous n’avions pas trop de visiteurs. Mais dès la deuxième année, les gens venaient nous voir. Un matin, je suis arrivé sur le lieu de tournage et j’ai compté 225 voitures stationnées sur la rue. Heureusement, tous étaient très respectueux. Quand je criais “couper”, ils se mettaient à applaudir!»

Une atmosphère conviviale régnait donc dans la municipalité. Il était d’ailleurs fréquent que l’auteur, Pierre Gauvreau, et sa femme s’y pointent. «Un matin, un figurant est arrivé sur le plateau en disant: “Ma femme avait les yeux couleur de besoin.” Pierre Dufresne avait trouvé ça tellement poétique. Il en avait parlé à Gauvreau et cette réplique a été ajoutée au texte de Joseph-Arthur en parlant de sa Rose-Anna», se remémore Nicole Leblanc.

«Il nous est arrivé tellement de belles choses sur le plateau. Nous étions vraiment unis. Si bien que lors de la Spéciale de Noël, un événement qui aurait pu être dramatique nous a montré à quel point tout le monde était présent pour les autres. Je devais conduire la carriole. Mémère Bouchard (Monique Aubry) était à mes côtés. Mais la carriole a renversé. La vitesse à laquelle l’équipe technique est intervenue, je ne vous dis pas!»

«Nous passions un mois et demi dans Charlevoix tout le monde ensemble, raconte Yvon Trudel. Il fallait que je travaille mes découpages et que tout soit pris en note. Quand on revenait en studio en ville, il fallait que toutes les scènes soient raccords. Si Rose-Anna était dehors avec une veste dont un bouton était détaché et une chaudière dans la main gauche, il fallait qu’elle soit pareille en entrant dans la pièce.»

Un succès qui dure

«Pierre Gauvreau était un homme brillant, intelligent, un philosophe, quelqu’un d’avant-gardiste, se rappelle Katerine Mousseau. Ses textes étaient profonds, ces personnages travaillés. Rose-Anna a toujours été une femme libre. Gauvreau connaissait bien l’époque pour dire des choses toujours aussi actuelles et universelles. Le temps d’une paix reste encore aujourd’hui un succès à ARTV.»

«Le temps d’une paix, c’est un texte exceptionnel, d’excellents interprètes et une équipe technique formidable, explique le réalisateur Yvon Trudel. C’est un téléroman qui racontait des choses et dans lequel les gens se reconnaissaient. Nous avons été la première émission du genre à dépasser les trois millions de cotes d’écoute, je crois. Une émission des années 80 que les gens regardent encore aujourd’hui, ça ne va pas se répéter souvent.»


Le temps d’une paix, du lundi au vendredi 17h et 17h30, Artv

 

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