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Ce dérangeant besoin de contrôle des médias par certains artistes lors du Festival d’été de Québec

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Cette dernière édition du Festival d’été de Québec, qui s’est terminé hier avec la prestation de Bryan Adams, a été une des plus appréciées. En fait, pratiquement chaque édition du populaire événement apporte plus de joie aux festivaliers que celle qui la précède. Malheureusement, c’est tout le contraire pour les photographes qui essaient de faire un bon travail. Le collègue blogueur du Journal Mario Asselin vous a déjà parlé de la discussion que j’ai eue avec Grand Corps Malade sur Twitter.

Après avoir mentionné que nous devions signer un formulaire donnant droit de regard à son producteur sur ce que nous avions le droit de publier et qu’il se gardait ensuite le droit d’utiliser nos photos gratuitement pour n’importe quelle raison, il a d’abord nié. Puis, mis devant l’évidence, il a avoué du bout des lèvres que c’était vrai, mais que son équipe n’avait jamais vraiment utilisé les clauses de son formulaire.

Grand-Corps-Malade

Pourriez-vous signer ici ce formulaire disant que vous me donnez votre maison, Monsieur Grand Corps Malade? Promis-juré, je ne m’en servirai pas.

La simple idée qu’il se garde la porte ouverte pour utiliser une de mes photos pour la pochette de son prochain CD sans me donner compensation est inacceptable. Je n’ai pas signé ce formulaire, je ne donnerai pas le fruit de mon travail et de mon expérience sans rémunération.

Est-ce que l’équipe de production de Grand Corps Malade aurait osé faire signer un formulaire aux journalistes leur exigeant d’approuver leur texte avant de mettre sous presse? Non, évidemment. Pourtant, exiger d’approuver les photos est, selon moi, la même chose que d’exiger l’approbation d’un texte.

Grand Corps Malade est loin d’être le seul à avoir voulu forcer les photographes à signer des formulaires inacceptables. John Pizzarelli Quartet avait un formulaire semblable: les photos doivent être approuvées avant publication et nous devons leur céder nos droits d’auteurs.

Soundgarden aussi demandait une approbation des photos et exigeait une libération des droits sur nos images pour qu’ils puissent les utiliser sans compensation « sur tout support existant ou à être inventé, à perpétuité, dans tout l’univers ». Oui monsieur. Soundgarden se réserve le droit d’utiliser mes photos sans frais si, dans 453 ans, il y a des téléporteurs holographiques à neutrons inversés sur la planète Mars.

Pour une industrie qui s’est tant battue contre le piratage de la musique et le respect du droit d’auteur, c’est plutôt ironique.

Le groupe The Bloody Beetroots avait lui aussi une clause d’approbation avant publication. Mais en plus, ils voulaient que les médias travaillent pour leur boîte de management en ne publiant que des photos en noir et blanc. Auraient-ils osé demander aux journalistes d’écrire une critique sans utiliser d’adverbes?

Certains artistes veulent protéger leur look. Billy Joel nous voulait à gauche de la scène seulement, et Blondie exigeait que nous soyons au centre. Pour être sûr que nous fassions le tour de la place, Bryan Adams nous a imposé la droite. De plus, ce dernier ne nous a accordé qu’une seule chanson pour la prise d’image. Pour un artiste comme Adams qui se dit aussi photographe, profitant d’une belle ouverture des autres célébrités lui permettant de faire de belles photos et d’exposer, il est étonnant de le voir aussi radin de sa propre image.

La palme revient selon moi à The Killers. Tout comme Lady Gaga, le groupe a refusé la présence de photographes. Décevant, mais je peux accepter l’idée. Cependant, auraient-ils osé dire sans rire aux journalistes qu’ils n’avaient pas le droit d’être sur place ni même d’écrire un article, mais que le band allait leur écrire la critique de leur concert devant être publié dans le journal? Évidemment pas. Pourtant, ils ont indiqué qu’ils auraient leur propre photographe sur place et qu’ils fourniraient eux même les photos aux médias. Le seul problème: les photos ne seraient disponibles que le lendemain. Pas très pratique pour un quotidien...

Tout cela n’est aucunement la faute de l’organisation du Festival d’été de Québec. L’équipe des relations médias travaille très fort pour que nous ayons le meilleur accès et le moins de restriction possible, mais ils sont à la merci du besoin de contrôle des artistes qui rendent notre boulot de plus en plus compliqué.

Oui, notre job est fantastique. Nous sommes payés pour prendre des photos pendant des concerts d’artistes de calibre international. Mais cela reste un travail. Un travail que nous essayons de faire avec le plus de rigueur possible.

6 commentaire(s)

Theodore Laruche dit :
14 juillet 2014 à 14 h 47 min

Que l'artiste fasse lui-même de l'argent à partir de vos photos est totalement inacceptable, je vous comprends de ne pas avoir signé le formulaire.

Toutefois, pour ce qui est de l'approbation des images, sachez que vous avez le privilège d'être au concert de l'artiste, vous êtes chez lui et il est libre d'imposer toute contrainte qu'il soit. N'oubliez pas que vous faites de l'argent avec SON IMAGE, avec sa performance et sa personne, pas seulement avec votre talent. Il est tout à fait normal et compréhensible qu'il refuse vos photos ou exige des changements. Si j'apprenais que vous vendiez des photos avec ma tête dessus sans mon approbation, je serais tout autant contrarié. C'est la réalité de la vie, il est bien rare les métiers où il est possible de sortir du contenu sans approbation, et ce dans tous les domaines.

Vous avez toujours l'option de ne pas couvrir ce genre d'évènement si cela est trop contraignant pour vous.

ceci dit, vous faites de bien belles photos!

Théo

Francis Vachon dit :
14 juillet 2014 à 15 h 09 min

"pour ce qui est de l’approbation des images, sachez que vous avez le privilège d’être au concert de l’artiste, vous êtes chez lui et il est libre d’imposer toute contrainte qu’il soit." Auriez-vous eu le même argumentaire s'il était question d'approuver les textes? En quoi est-ce différent? Nous ne faisons pas partie de leur équipe de promotion. Nous sommes des médias. S'ils ont peur d'une éventuelle mauvaise photo, ils n'ont qu'à faire comme Lady Gaga et refuser carrément toute photo. Je préfère cela à une exigence d'approbation.

Francis Vachon dit :
14 juillet 2014 à 15 h 10 min

Oh, j'oubliais! " N’oubliez pas que vous faites de l’argent avec SON IMAGE" Et lui fait de l'argent car les médias ont parlé de lui alors qu'il était un inconnu...

Franck dit :
14 juillet 2014 à 16 h 05 min

La même situation vue de France et dénoncée tout aussi énergiquement. Il semble que ça s'aggrave.

http://ladeviation.com/voir/photo-concert-agents-truands/

Nom *Philippe Allard-Rousse dit :
14 juillet 2014 à 16 h 56 min

Je crois qu'une libération des droits pour qu’ils puissent les utiliser sans compensation sur leurs sites promotionnel et réseau sociaux en liens avec l'évènement, (Genre: C'était le fun à Québec! -> Photo) ou quelque chose du genre pourrais être raisonnable.

Mais c'est vraiment que exiger le droits d'utiliser les photos dans d'autre contexte, c'est pas mal charier.

Robert Dubé dit :
15 juillet 2014 à 0 h 52 min

J'aimerais mieux faire un reportage photos dans les égouts de Québec que de m'enrager contre tous ces contrôles exigés par ces "grands" artistes. Quand ils débutent, ils courent après les médias. Et une fois arrivé au "sommet" ben là.......ça suffit les photos. Ou bien, juste une à gauche. Non! non! juste une à droite. "J'ai un meilleur profile à droite pour mes fans!!!" Ouf!!!! :-)