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Une histoire de mère porteuse à fendre l'âme.

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Bébé Gammy et sa mère porteuse, Pattaramon Chanbua, 21 ans. (photo AFP)

Un bébé né d’une mère porteuse thaïlandaise est abandonné par ses parents biologiques australiens parce qu’il souffre d’une malformation cardiaque et du syndrome de Down. Nos sociétés sont-elles équipées pour faire face aux questions éthiques soulevées par la procréation assistée ? Un bébé né  d'une transaction financière peut-il être retourné si le client n'est pas satisfait ? 

L’histoire de Baby Gammy né d’une mère porteuse et abandonné par ses parents biologiques pour raison d’imperfection, fait le tour de la planète depuis quelques jours.

Cette triste histoire, qui ne se passe pas dans une contrée pauvre et reculée mais en Australie, un des pays les plus avancés et les plus riches au monde, devrait faire réfléchir les défenseurs du recours aux mères porteuses. Car elle soulève des questions fondamentales auxquelles nos sociétés peinent à répondre, confrontées aux parents qui désirent un enfant à tout prix mais à qui la nature refuse ce privilège. Car ce n’est pas un droit.

Se questionner sur les dangers de la commercialisation de la vie humaine dégage une odeur de puritanisme religieux pour certains, d’homophobie pour d’autres. Si les couples fertiles peuvent faire des enfants sans restrictions, pourquoi des conditions seraient-elles imposées aux couples infertiles ?

Je n’ai pas de réponse à ces questions – je suis opposée par principe à la commercialisation de la vie - mais le cas de Bébé Gammy nous force à regarder la situation bien en face, que cela nous plaise ou non. En mettant le bien de l'enfant au premier rang de nos préoccupations. Avant le bien des parents.

Père pédophile

Un couple, formé d’un homme qui a déjà purgé deux peines de prison pour pédophilie sur des fillettes de moins de 13 ans, selon l'Australian Broadcasting Corporation, et d’une femme, une Chinoise, rencontrée sur Internet et amenée en Australie pour fin de mariage après quatre mois, voulait un enfant, mais sans succès.

Ils se sont donc tournés, comme nombre d’Australiens, vers une agence de mères porteuses en Thaïlande. Pattaramon Chanbua, 21 ans, mère de deux enfants, a accepté de porter l’enfant du couple en échange de 9 000$. L’équivalent de deux ans de salaire pour elle.

Tôt dans la grossesse, madame Chanbua a appris qu’elle portait des jumeaux, un garçon et une fille.

À quatre mois de gestation, l’agence a informé le couple, mais pas la mère porteuse, qu’un des bébés souffrait d’une malformation cardiaque grave en plus du syndrome de Down.

La mère porteuse l’aurait appris à sept mois de grossesse, quand l’agence lui a demandé d’avorter le foetus malade, à la demande des parents. Ce qu’elle a refusé de faire, l’avortement est mal vu – et illégal - dans ce pays bouddhiste profondément croyant.

Les bébés sont nés. Le couple australien s’est rendu en Thaïlande pour «prendre possession» de leur bien,  mais une fois sur place, ils ont choisi de ne pas ramener le bébé malade, un garçon, à la maison. Seulement sa jumelle bien en santé.

Bébé Gammy, car c’est son nom, est demeuré en Thaïlande avec sa mère porteuse qui, même si elle n’a pas les moyens de payer les soins médicaux nécessaires, souhaite le garder avec elle. «Je l’ai porté neuf mois, je l’aime comme s’il était mon propre enfant» dit celle qui ajoute avoir pardonné aux parents leur geste.

Le père s’est défendu d’avoir abandonné le bébé, prétextant avoir ignoré son existence.  Avant de changer sa version des faits. Maintenant, il raconte qu’on lui a dit que l’enfant n’allait pas survivre.

(Excusez-moi, je pense que je vais aller vomir : Hey le cave, c’est de ton fils dont tu parles !)

Patate chaude pour le gouvernement

Les Australiens sont furieux. Les Thaïlandais sont scandalisés. Mais personne ne sait comment gérer ce drame humain. L’Australie envisage de défrayer le coût des traitements médicaux de Bébé Gammy car il pourrait un jour réclamer la citoyenneté australienne par son père. Par contre, le gouvernement ne peut sévir contre les parents car ils n’ont enfreint aucunes lois australiennes. L’état qu’ils habitent, Western Australia, permet le recours aux mères porteuses à l’étranger, ce qui n’est pas le cas de tous les états australiens.

De son côté, la junte militaire au pouvoir en Thaïlande a décidé de faire le ménage dans l’industrie des mères porteuses où des œufs fertilisés sont vendus sur le marché noir, les mères porteuses sont souvent maltraitées et sous-payées (elles reçoivent en moyenne 7 000$ des 30 000$ demandés aux parents) et des enfants dont on ne veut plus sont tout simplement abandonnés, rapporte l’Australian Broadcasting Corporation.

Dans ce cas précis, la mère n’a pas encore reçu la totalité de la somme due. Elle n’aurait pas rendu le service escompté au complet.

Une œuvre de bienfaisance australienne, Hands across the water, a récolté 215 000$ depuis le 22 juillet pour venir en aide à Bébé Gammy.

Le destin de la fillette

Une question me hante : qu’est-ce que les parents de la petite fille qui a gagné à loterie génétique vont lui dire au sujet de son frère jumeau qu’ils ont abandonné pour cause d’imperfection ? Comment explique-t-on une telle chose à son enfant ? Qui l’apprendra de toute façon en raison de la médiatisation de cette affaire. Et qui saura par le fait même quel genre d'êtres humains sont ses parents.

Et si jamais le gouvernement retire la petite fille au couple en raison du passé pédophile du père, la  mère porteuse se dit prête à la reprendre. «Si elle ne peut plus vivre là-bas, je la reprendrai dans mes bras», a déclaré Pattaramon Chanbua, la mère porteuse.

La preuve qu’il y encore des gens qui ont du cœur. Mais pour combien de temps ? Où allons-nous ainsi ? Je suis inquiète.

18 commentaire(s)

marjolaine taillon dit :
6 août 2014 à 11 h 36 min

moi aussi lise cette histoire m'a chamboulée profondément y a tellement de gens sincères et aimant qui voudraient des enfants ou d'autres comme moi qui en ont eux mais avec difficulté 3 enfants en 7 grossesses dans mon cas moi qui voulais une équipe de football j,ai du arrêté, c'est injuste de voir comment certain "parents" traitent leur enfant ca prendrait un examen pour voir si tu serais un parent adéquat on avait ce genre de test de la vie du temps du cours d,économie familiale que notre cher gouvernement a coupé

John-Jean Martin dit :
6 août 2014 à 11 h 46 min

On a perdu le sens de la famille. Pensez-vous que c'est mieux ici au Québec,on garroche les enfants en garderie à l'âge de six mois ,pour travailler et se payer du luxe. C'est aussi immoral et condamnable que votre histoire de mère porteuse .

Robert Lemieux dit :
6 août 2014 à 11 h 57 min

« Si les couples fertiles peuvent faire des enfants sans restrictions, pourquoi des conditions seraient-elles imposées aux couples infertiles ? ... Je n’ai pas de réponse à ces questions »

J'en ai une réponse : parce que les couples fertiles sont fertiles. Vous ne pouvez pas avoir d'enfants? Faites-en votre deuil. Simple à comprendre.

Casimir Pacha dit :
6 août 2014 à 12 h 09 min

Ici, au Canada, on ne "retourne" pas les bébés, on donne l'Ordre du Canada aux avorteurs...

Denise Lamontagne dit :
6 août 2014 à 12 h 13 min

Cette histoire est heureuse parce que ce bébé sera aimé pour ce qu'il est vraiment. Il sera choisi. Des millions d'humains sont élevés par quelqu'un d'autre que son parent biologique et ne s'en portent parfois que mieux. La grossesse par procuration sers probablement remise en question mais ne changera pas l'histoire qui nous apprend que d'illustres personnages ont eu recours à des mères porteuses depuis des siècles.

le prophète dit :
6 août 2014 à 13 h 11 min

Vous tous qui avez donné votre accord à une nouvelle définition du mariage, vous êtes responsables de ces dérives. Et il y en aura d'autres. Parce que vous n'avez pas vu les conséquences de vos choix. Et bien maintenant, pleurez.

Michel Houle dit :
6 août 2014 à 15 h 01 min

On peut bien pleurer sur les enfants victimes de ces choix de catalogues ratés. Les couples en manquent d'enfants ou pour satisfaire leurs caprices, peuvent acheter, refuser ou retourner ces enfants comme de la marchandise achetée. En ce qui concerne les couples fertiles, c'est devenu un pré-requis pour que madame enceinte passent tous les tests et si bébé à la moindre anomalie ..vous savez, il faut que ce bébé soit parfait sinon pour plusieurs c'est l'avortement. Je crois que certains auraient intérêts à adopter un animal selon leurs convenances.

Stephane Paré dit :
6 août 2014 à 15 h 28 min

En partant, ce couple là n'aurais jamais du être approuvé pour commencer. Un pédophile qui s'est importé une femme esclave de Chine qui veux ses enfants? Non, désolé, mais aucune agence dans le monde civilisé ne les aurais approuvé.

On peut interdire les mères porteuses tant que l'on veux dans nos pays et faire l'autruche, mais ceux qui ont les moyens de payer 30 000$ pour le procédé don't capable de simplement frauder le système. Interdire l'usage légitime aux ciu0lrs qui sont en dernier recours n'empêchera pas ces drames d'arriver, bien au contraire. Plus de gens vont être poussé vers le marché noir.

Et puis, désolé, mais la procréation n'est pas un privilège, c'est un droit. Le jours où ça va être un privilège, il va faloir un permis de l'état pour avoir des enfants, ça c'est un privilège.

Denis Dubé dit :
6 août 2014 à 15 h 33 min

Il y a des millions de drames à chaque jour qui ne font pas la une des journaux.

215.000 $ d'amasser pour le garçon et sa mère. Pour la Thaïlande , c'est une fortune. C'est presque une belle histoire !

Pas pire que les fillettes de 8 ans qui sont mariées aux hommes de 55 ans. Les enfants thaïlandais sont vendus en bas âge pour la prostitution. Presque comique de lire qu'ils sont scandalisés.

D'un site pour la protection des enfants en Thaïlande. À 7 ans , nous sommes des femmes. À 10 ans nous sommes des vieilles femmes. À 20 ans, nous sommes des femmes mortes.

La traite humaine a toujours existé et existera pour les siècles et les siècles à venir. Amen.

M. Enzo dit :
6 août 2014 à 15 h 49 min

Les australiens se vantent d'être les purs parmi les purs vous n'avez qu'à regarder à la télé une émission qui parle de* douanes sous haute surveillance * pour constater qu'EUX les autorités australiennes sont parfaits. Je croyais lorsque j'ai écouté 2-3 émissions à la télé de ce spectacle que c'était tourné aux États-Unis mais non c'est bel et bien en Australie qui semble ce pays qui lave plus blanc qu'ailleurs... Sauf que dans les faits cela m'a amené à lire les quotidiens australiens et là j'ai fait des surprises, dont beaucoup de violence de tous genres dont chez des jeunes, de la pédophilie en grand nombre, des couples dysfonctionnels et plus, des enfants sous garde, un nombre très élevé de divorce qui dépasse celui en Amérique du nord et en Europe. Suis-je surpris de constater cette très fâcheuse histoire? NON mais pire encore comment se fait-il que ce couple avec le passé criminel de cet homme aie eu le droit de passer une entente avec cette femme ou même d rapatrier ce nouveau-né en Australie sachant le passé de ce malade? Lorsqu'on se dit si bienveillants des lois de la nature, des règles, qui nous gouverne et j'en passe alors il n'y a rien de surprenant et à mon avis l'enfant adopté en Australie par ce couple dysfonctionnel devrait lui être légalement retiré voir même remis à la mère naturelle afin qu'elle décide par elle même si elle veut l'offrir à une famille saine, qui prendra peut-être aussi le petit bébé atteint de trisomie. Honte à ces voyous qui se croient tout permis et j'espère que le premier ministre Australien interviendra comme il l'a promis.

Guy Landry dit :
6 août 2014 à 16 h 18 min

Étant donné qu'elle ne voulait pas se faire avorter selon la demande des parents et bien elle a la responsabilité du bébé naissant ainsi que sa garde.

Les grosses multiples peuvent occasionner que l'un des deux fœtus ne soit pas parfait et qu'il est préférable de faire avorter l'un des deux. Il n'y a pas de scandale dans cette histoire.

Chercher des bibittes, les moralisateurs sont bons là-dedans.

Guy Landry dit :
6 août 2014 à 16 h 24 min

Une grossesse multiple entraine son lot de conséquences et la possibilité d'avortement d'un fœtus est plus que réel.

Si elle ne voulait pas subir un avortement, elle n'avait juste à pas devenir une mère porteuse.

le nationaliste dit :
6 août 2014 à 20 h 16 min

@le prophète dit : 6 août 2014 à 13 h 11 min Vous tous qui avez donné votre accord à une nouvelle définition du mariage, vous êtes responsables de ces dérives. Et il y en aura d’autres. Parce que vous n’avez pas vu les conséquences de vos choix. Et bien maintenant, pleurez

Je suis d'accord avec vous. J'ose espérer que la société légiférera correctement. Moi ce qui m'interpelle, c'est comment se sentira l'enfant de Conchita Wurst ?

simon picotte dit :
6 août 2014 à 21 h 27 min

Dans nos sociétés tout est possible. Le mot éthique est un mot latin qui ne signifie rien. Je suis nullement surpris. Les gens rêvent leur vie toute chose qui dérange ce rêve est ramener et rembourser.

simon picotte dit :
6 août 2014 à 21 h 28 min

Je passe chez procréas et j'ai les moyens de me le payer. Malgré cela je me pose des questions éthiques. C'est dire la différence. Imaginez je me soucie de l'argent du peuple. On est loin de ces 2 moineaux. Misère!

Valou L. dit :
6 août 2014 à 22 h 17 min

Les gens fertiles ont le nombre d'enfants qu'ils veulent parce qu'il serait extrêmement compliqué (et pas nécessairement souhaitable) de donner à l'État le pouvoir de contrôler la fertilité de tous, comme ça se fait en Chine avec les exactions des droits humains qu'on connaît (délation des grossesses, avortements et stérilisation forcées, etc.) Pour contrôler la fertilité des gens fertiles, l'État n'aurait pas le choix de se livrer à de telles mesures répressives, ce qui violerait le droit des femmes à l'intégrité physique.

Cependant, dans le cas des gens infertiles, aucune mesure répressive n'est nécessaire, l'État peut tout simplement interdire à ceux qui ne sont pas des parents souhaitables l'accès à la FIV, aux mères porteuses et à l'adoption (à plus forte raisons si ces mesures sont financées par les contribuables, comme c'est le cas de la FIV au Québec). Pour ce qui est des cabochons qui ont été jugés inaptes à être parents et qui déciderait de faire affaire avec une mère porteuse à l'étranger pour contourner les régulations, on n'a qu'à leur retirer tout droit sur l'enfant à leur arrivée au Canada et à le mettre en adoption. Il ne s'agit pas de conservatisme religieux ou d'homophobie, ces mesures serviraient simplement à éviter quelques cas de DPJ et quelques enfances brisées.

Denis825 dit :
7 août 2014 à 7 h 47 min

Il y a différentes versions contradictoire de cette histoire sur internet dont celle-ci :

"quand la mère porteuse affirme que le couple a lâchement abandonné l’enfant, l’agent rétorque que c’est la mère porteuse qui a proposé de le garder. Quand la mère porteuse déclare que les parents ont vu leurs deux enfants et ont refusé d’emmener le garçon, le père répond qu’il n’a jamais vu Gammy et qu’on lui a interdit de l’emmener car il n’avait plus qu’un jour à vivre selon les dires des médecins."

On en serait réduit encore une fois à nos imaginations pour savoir ce qui s'est réellement passé. Votre imagination féministe va aller d'une façon assez systématique sur la tendance "vomissure sur l'homme dans l'histoire".

Je vais me garder une petite gène quant à imaginer mon propre scénario. Bien sûr on indique que le gars a été condamné pour agressions sexuelles sur au moins une fillette et ordinairement, ça excuse de lui faire bouffer ses couilles cuites et de le tuer. Mais j'aurais aimé savoir si ce sont ses fillettes à lui dont il s'agit et si cette condamnation n'était pas reliée à un divorce houleux.

Ça existe bien sûr des pédophiles mal intentionnés et ça existe des hommes sans foi ni loi mais il faudrait encore savoir pourquoi un pédophile mal intentionné se donne autant de mal pour se marier et adopter un enfant plutôt que de se payer un billet d'avion et d'aller passer ses vacances en Thaîlande, c'est pas encore clair pour moi.

Je ne referais pas le procès médiatique d'un gars que toute la planète a condamné sans doute, je me contenterai de jeter un doute sur les procédures du procès. On dirait une icône de la vierge à l'enfant votre photo. Ils sont beaux tous les deux et c'est pour ça que vous l'avez mise là, c'est un argument de poids dans cette affaire l'apparence.

Ça fait vendre du papier aussi. L'argent est tout puissant dans cette histoire et c'est lui qui le grand auteur de tout ce qui s'y passe, le sexe et l'amour...

Magalie dit :
7 août 2014 à 12 h 49 min

- 'Nos sociétés sont-elles équipées pour faire face aux questions éthiques soulevées par la procréation assistée ?' Je n'ai pas l'impression qu'elles le sont. Nos sociétés font passer les 'droits' (des envies qui passent pour tels) individuels (des individus riches d'abord et avant tout) avant tout le reste sans égards aux conséquences. La pensée s'arrête toujours au 'chacun fait ce qu'il veut' (tenter d'aller plus loin est tabou, 'moralisateur'). Et ce sont les plus vulnérables, dont les enfants, qui écopent en bout de ligne d'une telle ligne de pensée.

- 'qu’est-ce que les parents de la petite fille qui a gagné à loterie génétique vont lui dire au sujet de son frère jumeau qu’ils ont abandonné pour cause d’imperfection ? Comment explique-t-on une telle chose à son enfant ?' Je ne sais pas. Je suis enfant unique et savoir que j'aurais un frère jumeau duquel on m'aurait délibérément privé de liens... je n'ai pas de mot, sinon, pauvre fillette. Cette idéalisation de la perfection est aussi néfaste et détruit une part de notre humanité. Encore une fois, les plus vulnérables écopent.

- 'Où allons-nous ainsi ? Je suis inquiète.' Moi aussi.