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Les inégalités à l’abri des crises économiques

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Les inégalités sont à la hausse. Depuis maintenant une trentaine d’années, on ne compte plus les publications, les rapports et les études qui appuient sur la sonnette d’alarme. Un monde plus inégalitaire, c’est non seulement un monde dans lequel la pauvreté est à la fois plus dure et plus étendue; ce sont aussi des sociétés qui se disloquent : problèmes de logement, d’alimentation, de santé, de transport, etc.

La question que l’on peut se poser est alors la suivante : pouvons-nous espérer un retournement de situation ou bien s’agit-il d’une réalité bien ancrée dans notre époque? Maintenant que les élites politiques appliquent depuis plus de 30 ans le même type de gouvernance néolibérale de l’État et des finances publiques et que la mainmise du secteur financier sur le reste de l’économie s’avère presque entière, pouvons-nous espérer un retournement de situation?

Malheureusement, il est permis d’en douter. Notamment lorsque l’on porte attention aux données concernant les inégalités sur une longue période. C’est précisément ce que font les graphiques 1 et 2 ici-bas.

Le premier graphique présente l’évolution de la part des revenus du 1 % le plus riche dans les revenus totaux, tant au Canada qu’aux États-Unis, entre 1920 et 2010. Les tendances sont pour le moins claires. Durant les années 1920 et les années 1930, il existait une certaine stabilité au niveau de la part de la richesse collective que s’accaparait le 1 % des plus riches. Cette part a commencé à décroître, d’abord à la faveur de la Seconde Guerre mondiale et ensuite en raison de l’instauration des programmes de sécurité sociale.

Graphique 1 : Part des revenus du 1 % le plus riche dans les revenus totaux, Canada et États-Unis, 1920-2010

Graphique1

Source : The World Top Incomes Database.

Dans le cas du second graphique, qui lui présente la part des revenus du 0,01 % le plus riche par rapport à l’ensemble des revenus, le portrait est similaire bien qu’avec des écarts de variation plus élevés.

Graphique 2 : Part des revenus du 0,01 % le plus riche dans les revenus totaux, Canada et États-Unis, 1920-2010

Graphique2

Source: The World Top Incomes Database.

Dans les deux cas, on remarque que malgré la crise majeure des années 1930, il aurait fallu un conflit mondial et une transformation en profondeur de l’action des gouvernements afin que puissent se mettre en place les mécanismes élémentaires de redistribution. Ce qui déboucha vers une réduction de la part des revenus des plus riches dans les revenus totaux.

Ce qui est frappant toutefois, c’est l’évolution tant au Canada qu’aux États-Unis des inégalités depuis 1980. Si, par le passé, les crises économiques étaient synonymes de remise en question du modèle économique afin de mettre de l’avant des mesures destinées à contrebalancer les tendances du marché; les 30 dernières années fonctionnent suivant une logique tout autre. Que l’on prenne le 1 % ou le 0,01 % des plus riches, leur capacité de s’accaparer des revenus ne semble plus vouloir rencontrer de limites.

En fait, ce qui est navrant de la situation actuelle, c’est notre incapacité à profiter des crises qui passent. Pendant que le capitalisme financier était à bout de souffle en 2008 et que le néolibéralisme était discrédité, qu’avons-nous fait? Rien, sinon attendre un retour à la normale. Et, en cette heure d’application planétaire des politiques d’austérité, il va sans dire que la normale est bel et bien de retour.

5 commentaire(s)

Réjean dit :
25 août 2014 à 15 h 14 min

Comme le faisait remarquer Albert Jacquard, un gros méchant gauchiste, une crise a une fin. Maintenant, la situation est permanente. Ce n'est pas une crise mais la tendance profonde du merveilleux monde néolibérale déréglementé. Même si le PIB augmente, que les profits augmentent, les inégalités elles aussi, contrairement au passé, augmentent de façon constante et même accélérée.

Vive nos grand héros modernes : les banquiers, les financiers, les Couillard et les Harper ces sauveurs de l'humanité.

Ian Paul dit :
25 août 2014 à 21 h 33 min

On s'en fiche pas mal de voir que les inégalités augmentent puisque la pauvreté à l'échelle mondiale recule sans cesse.

Au Canada, jamais le taux de pauvreté n'a été aussi bas.

Les inégalité augmentent? On s'en fiche car il y a moins de pauvres (grâce au capitalisme et à la mondialisation).

L'asticot dit :
26 août 2014 à 5 h 38 min

Bref. Auparavant les plus pauvres vivaient comme des bestioles. Maintenant ils vives comme des bêtes. Les riches d'antan vivaient comme des êtres humains. Maintenant ils vivent comme des pharaons.

Nelson dit :
26 août 2014 à 11 h 20 min

LA QUESTION DE FOND :

'' Maintenant que les élites politiques appliquent depuis plus de 30 ans le même type de gouvernance néolibérale de l’État et des finances publiques et que la mainmise du secteur financier sur le reste de l’économie s’avère presque entière, pouvons-nous espérer un retournement de situation ?. ''

Des politiciens de la taille de Merkel, Zapatero, Sarkosy, et des économistes à la mode, comme Thomas Pikkety, se posent la question.

Ils disent que le problème est justement ; '' que la mainmise du secteur financier sur le reste de l'économie s'avère presque entier ''.

Ça veut dire ;

Que le secteur financier QUE NE CRÉE PAS DE LA RICHESSE, empêche le secteur industriel de la créer, et empêche la création des emplois, et empêche des consommateurs sans argent, de consommer et relacer l'économie.

Et le secteur financier = casino boursier mondialisé gansteril argent vite faite, créateur des bulles spéculatives atroces qui provoquent des crises de l'ampleur de celle de 2008, EMPÊCHENT LES DÉMOCRATIES DE FONCTIONNER, parce que les pays endettés (en grande partie parce qui ont sauvé les banques délinquantes spéculatives qui ont crée la crise) sont soumis à la dictature des agences de crédit international......qui sont payés et travaillent en collusion avec le capital financier, bien sur.

Donc, une poignée des gens, la maffia financière international mondialisé, s'approprié du contrôle effectif du monde.

En mettant sans doute, la survie de la propre humanité en danger.

Parce que ces gens à fric cherchent exclusivement le fric, et les guerres, les crises économiques, la destruction de la nature, l'épuisement des ressources naturels et énergétiques, SONT JUSTE DES BONS AFFAIRES POUR EUX.

Évidement ils sont humains comme nous, donc, en réalité, nous tous avons permis que cette gang se transforme en dieu tout-puissant avec droit de vie et de mort sur nous tous.

Et c'est à nous reprendre le contrôle de l'humanité, de l'économie, de la politique, de la démocratie, et de notre bien être collectif.

Serons nous capables ?

JE PARTAGE le pessimisme de l'auteur de cette article, Philipe Hurteau :

'' En fait, ce qui est navrant de la situation actuelle, c’est notre incapacité à profiter des crises qui passent. Pendant que le capitalisme financier était à bout de souffle en 2008 et que le néolibéralisme était discrédité, qu’avons-nous fait? Rien, sinon attendre un retour à la normale. ''

En étant la normale la situation actuelle avec le secteur financier hypertrophié et tout puissant , plus d'inégalités, des guerres, des crises, d'austérité, des coupures des services, et en contribuant à notre propre malheur.

Réjean dit :
27 août 2014 à 14 h 29 min

Le préposé à la censure idéologique a encore jeté mon commentaire au poubelle. Mais de quoi ont-ils si peur ces censeurs. C'est tout de même pas moi qui va mettre la société en danger à cause de mes toutes petites opinions personnelles. Vraiment désolant cette peur bleu du droit à l'expression de nos opinions.