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Prison

Cognac, cigare et Facebook

Des détenus alimentent illégalement et activement leur réseau social de la prison de Bordeaux

Michaël Simoneau-Meunier
Michaël Simoneau-Meunier

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Cognac de luxe à la main, cigare dans l’autre et actif sur Facebook, un jeune détenu à la prison de Bordeaux a publié une photo qui tourne en dérision le système carcéral québécois.

Cognac de luxe à la main, cigare dans l’autre et actif sur Facebook, un jeune détenu à la prison de Bordeaux a publié une photo qui tourne en dérision le système carcéral québécois.

La photo obtenue par notre Bureau d’enquête a été prise au cours des derniers mois à la prison montréalaise. On voit l’individu, Michael Simoneau-Meunier, avec une bouteille de Rémy Martin Excellence XO. La fiole de 750 ml est vendue à plus de 250 $ dans les SAQ.

Il décrit son cigare en anglais comme un blunt, qui est un mot familier pour un cigare de cannabis.

Le tout s’est déroulé à l’établissement de détention de Montréal ou prison de Bordeaux. Le centre est administré par le ministère de la Sécurité publique, tout comme le centre de détention de Québec où trois détenus se sont évadés par hélicoptère durant l’été.

Non seulement les gardiens de prison ont été incapables de l’empêcher de se procurer l’alcool, le tabac et un téléphone avec accès à internet, tous interdits, mais ils n’empêchent pas l’individu de publier régulièrement ses clichés sur les réseaux sociaux.

Une recherche rapide démontre étonnamment qu’il n’est pas un cas unique. Plusieurs autres détenus à la même prison sont aussi actifs sur Facebook. Les égoportraits sont nombreux, tout comme les photos en torse pour montrer le fruit de leur entraînement physique derrière les barreaux.

Les détenus échangent avec leurs amis, leur souhaitent bonne fête, les informent de leur date de sortie, précise dans quelle aile de la prison ils se trouvent, répliquent aux encouragements et aux compliments sur leur forme physique. Ils interagissent même entre détenu via le réseau social.

Simoneau-Meunier est emprisonné dans l’attente de sa sentence pour un vol qualifié. Il a été condamné plus d’une quinzaine de fois au criminel depuis 2009, notamment pour agression armée, méfait, trafic, voies de fait graves et de multiples bris de condition.

«Au moins ici sais bon temps» (au mois ici c’est le bon temps), écrit même le prisonnier sur son compte Facebook, pour répondre aux messages de soutien de ces amis.

Cell et pot

Des sources bien au fait de la vie carcérale à Bordeaux se sont confiées à notre Bureau d’enquête pour souligner que les gardiens de prison avaient pratiquement jeté l’éponge devant plusieurs combats, que ce soit pour les cellulaires, le tabac ou la marijuana.

L’utilisation illégale des téléphones cellulaires continue de se répandre. Le Journal a déjà rapporté que 567 téléphones ont été saisis à ce centre de détention depuis 2007 à 2013. Faire entrer illégalement un téléphone en prison coûte environ 1500 $.

Notre source mentionne que plusieurs détenus fument de la marijuana à même leur cellule. Il explique que les détenus ne se feront pas avertir s’ils ne font pas trop de boucane.

Le ministère de la Sécurité publique a préféré ne pas commenter. Le ministère nous a répété les lignes habituelles selon lesquelles il n’y avait aucune tolérance pour l’alcool, les drogues, le tabac ou les cellulaires.

 
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