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On achève bien les bloquistes*

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Reprise de ma chronique parue ce mardi dans les pages du Journal de Montréal et du Journal de Québec.

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ON ACHÈVE BIEN LES BLOQUISTES

Élu à la tête du Bloc québécois en juin dernier, Mario Beaulieu ne compte plus les poignards virtuels dont il est devenu la cible prisée. Fait à noter: plusieurs proviennent de la branche «establishment» de la famille bloquiste restante.

Son adversaire de la course, le député André Bellavance, claquait récemment la porte en le traitant de tous les noms. Idem pour son collègue Jean-François Fortin. Claude Patry, transfuge du NPD, reste au Bloc, mais préfère ne pas se présenter à l’élection fédérale de 2015.

Fidèle au poste et jurant qu’il sera du prochain scrutin, il ne reste plus que Louis Plamondon, le vétéran du caucus.

Mario Beaulieu essuie en fait les tirs amis d’un establishment incapable de digérer son élection. Même le père fondateur du Bloc, Lucien Bouchard, accuse son ancien parti de «diluer» le pouvoir politique du Québec à Ottawa.

Il n’en fallait pas plus à un quotidien pour titrer à sa une: «Climat de guerre civile au Bloc». Rien de moins.

Le double péché de Mario

Ce que l’establishment reproche à Mario Beaulieu est d’avoir commis deux péchés. Primo, de préférer un discours essentiellement indépendantiste à celui de la «défense des intérêts du Québec». Secundo, d’avoir critiqué vingt ans d’«attentisme» sur la souveraineté. Sur cette question, l’ex-chef bloquiste, Gilles Duceppe, le talonne tout particulièrement.

La récolte d’appuis par le nouveau chef auprès de jeunes militants déjà aguerris semble aussi déranger. Mobilisés et forts en organisation, on ne compte plus ceux qui, constatant l’échec combiné du Bloc et du PQ, jugés trop inactifs sur ce front, prônent un discours et une action politiques résolument indépendantistes.

Paradoxalement, Mario Beaulieu est aujourd’hui la cible du même establishment qui, à l’élection de 2011, s’est pourtant vu balayer par le tsunami orange du NPD.

Son pari est qu’un discours plus ciblé sur l’option ramènerait au bercail une partie des électeurs souverainistes séduits par le NPD. Ce pari peinera d’autant plus à tenir la route si l’establishment continue à faire passer le nouveau chef bloquiste pour le diable en personne. Et ce, mieux encore que ne pourraient le faire eux-mêmes les partis fédéralistes.

Quitte à accélérer l’agonie du Bloc. Quitte à blâmer son nouveau chef — et peut-être son dernier —, pour un déclin qui, dans les faits, remonte à son quasi-anéantissement à l’élection du 2 mai 2011.

Le prélude

Cette «guerre civile» n’a pourtant rien d’étonnant. Sur le fond des choses, elle expose la fracture béante qui, depuis les années 60, sépare les deux principales écoles de pensée du mouvement souverainiste. Celle de l’«indépendantisme» et celle du nationalisme revendicateur.

D’un point de vue plus conjoncturel, elle est le produit immédiat de la défaite historique du Parti québécois à la dernière élection. C’est pourquoi cette «guerre civile» est en fait le prélude aux débats musclés qui attendent les futurs candidats à sa chefferie. Une course où les deux mêmes écoles sont appelées à se colleter de nouveau jusqu’au choix d’un cinquième chef au PQ depuis le départ de Jacques Parizeau.

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Addendum:

À écouter en complément, une entrevue de Jacques Parizeau diffusée ce mercredi matin à l'émission Puisqu'il faut se lever. Entre autres sujets, l'ex-premier ministre du Québec y aborde la question du leadership de Mario Beaulieu et de ses appuis chez les jeunes indépendantistes: http://www.985fm.ca/lecteur/audio/exclusif-jacques-parizeau-reagit-a-la-sortie-du-l-237446.mp3

 

7 commentaire(s)

Denis825 dit :
3 septembre 2014 à 12 h 11 min

Il y a un éléphant dans le salon dont vous ne parlez pas c'est que Michaud a déclaré la guerre au Bloc Québécois alors que Pauline Marois était chef du PQ et personne au PQ ne l'a contredit, ni Lisée ni Drainville ni aucun autre.

Pour moi, ça fait partie de la dérive anti-démocratique qui fait qu'on a vu à un certain moment une représentante de la communauté anglaise au Québec venir nous dire à la télé que sa communauté avait peur ou éprouvait un grand malaise, que des musulmans ont pu être attaqués physiquement par des Québécois d'autres allégeances, que le Québec ressemblait à une société anti-sémite ou en guerre civile dans les nouvelles internationales.

Les séparatiste commencent à faire penser aux chiites et aux sunnites qui sont deux branches de la même foi.

Gilles Bousquet dit :
3 septembre 2014 à 12 h 51 min

« les deux principales écoles de pensée du mouvement souverainiste. Celle de l’«indépendantisme» et celle du nationalisme revendicateur »

Deux affaires contraires, l'indépendantisme à la Mario Beaulieu et le nationalisme, qui pourrait mener à l'indépendantisme, selon M. Duceppe. Le nationalisme québécois, s'il réussit, améliore la position du Québec dans le Canada, ce qui conforte les Québécois qui, ainsi confortés, veulent encore moins changer leur situation canadienne si...confortable...normal.

Jean-Pierre Gascon dit :
3 septembre 2014 à 14 h 35 min

N'en déplaise aux agences d'escortes fédos, larbins et serviteurs du Rocanada, le peuple Québécois, comme un grand garçon et une grande fille, assumera bientôt toutes les responsabilités de son existence nationale.

Vertigo dit :
3 septembre 2014 à 16 h 14 min

Beaulieu et Parizeau: en avant toute! Drainvide: pas avant 2023.

Une chatte y perdrait ses petits.

marc dit :
3 septembre 2014 à 16 h 49 min

Je ne crois pas que le BQ se trouve dans la tourmente parce que Mario Beaulieu a commis un double péché. Je pense que le parti est dans la tourmente parce qu'il a élu un chef qui n'a pas le charisme nécessaire pour rallier les anciens bloquistes et qui plaît peut-être à une frange plus radicale mais certainement pas à la majorité des souverainistes. M. Beaulieu semble, sur ce dernier point, coincé dans l'histoire. Nous ne sommes plus là. À l'ère de l'information, si un jour nous accédons à l'indépendance, ce sera une processus réfléchi et non pas un coup de coeur spontané. Oui, la fibre patriotique compte mais dans la mesure où elle naît de notre fierté et notre confiance en tant que peuple.

Georges Le Gal dit :
4 septembre 2014 à 10 h 57 min

Qui aurait pensé que les principaux adversaires d'un chef souverainiste qui veut mettre de l'avant l'indépendance du Québec et en faire la promotion, seraient d'anciens chefs souverainistes! Et pas n'importe lesquels : Bouchard et Duceppe! Il faudra ouvrir le débat sur les causes "profondes" de la débâcle bloquiste en 2011 avec Duceppe!

Christian Koczi dit :
4 septembre 2014 à 12 h 53 min

L'existence de ces «deux écoles de pensée», ainsi que d'autres divergences par ailleurs tout-à-fait légitimes, comme par exemple le clivage gauche-droite me font croire que la souveraineté ne sera pas l'affaire de grands partis «fédérateurs», comme le PQ à Québec et le Bloc à Ottawa, mais plutôt celle d'un assemblage de partis ayant séduit les différentes franges du mouvement souverainiste. Et c'est pour cette raison, en souverainiste convaincu que je suis, que je voterai pour les partis les plus susceptibles d'instaurer un scrutin proportionnel, condition sine qua non de l'accession à la souveraineté, à mon humble avis.