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Découverte montréalaise

Mettre la mémoire en boîte pour comprendre l'Alzheimer

Des chercheurs montréalais étudient des cerveaux vivants in vitro pour dépister la maladie

Sylvain Williams
Photo Anne-Caroline Desplanques Le Pr Sylvain Williams, chercheur à l’Institut Douglas, observe des sections vivantes du cerveau de souris dans son microscope pour mieux comprendre la maladie d’Alzheimer.

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Une découverte montréalaise ouvre la voie au dépistage précoce de l’Alzheimer grâce à une meilleure compréhension du siège de la mémoire dans le cerveau.

Une découverte montréalaise ouvre la voie au dépistage précoce de l’Alzheimer grâce à une meilleure compréhension du siège de la mémoire dans le cerveau.

«Grâce à notre découverte, nous pourrions trouver, dans un avenir prochain, des altérations très précoces dans une région particulière du cerveau qui pourraient prédire l’apparition de la maladie», se réjouit le Pr Sylvain Williams, chercheur à l’Institut Douglas, à Montréal.

De quoi donner de l’espoir devant l’avancée rapide de l’Alzheimer, qui touchera 1,4 million de Canadiens en 2031 si rien n’est fait, selon les projections de la Société Alzheimer du Canada.

Après une dizaine d’années de travail, l’équipe du Pr Williams a décodé le fonctionnement d’une des premières zones du cerveau touchées par la maladie: l’hippocampe. Cette structure cérébrale joue un rôle clé dans la mémoire et la navigation spatiale. Sans elle, nous perdons nos souvenirs et notre capacité à nous repérer dans l’espace.

Pour bien étudier l’hippocampe, les chercheurs ont réussi à l’extraire vivant du cerveau de rats de laboratoire et à l’observer en action à travers leur microscope. Ils se sont rendu compte que ce petit morceau de cerveau était capable de fonctionner seul, sans le reste du cortex, pendant plusieurs heures.

La porte des souvenirs

Émerveillés, les scientifiques ont ainsi pu observer les neurones communiquer entre eux en temps réel et étudier les mécanismes qui contrôlent la mémoire. Rapidement, une minuscule section de l’hippocampe a attiré leur attention: le subiculum.

Cette zone est considérée depuis un siècle comme la porte de sortie de l’hippocampe. C’est en quelque sorte la porte des souvenirs. Mais en l’observant de près, l’équipe du Pr Williams a constaté qu’elle n’est pas qu’une simple porte, mais une sorte de contrôleur de l’information.

Or, «ce qu’on a découvert c’est que les circuits du subiculum étaient altérés de façon très précoce chez les animaux atteints d’Alzheimer, avant même l’apparition des premiers signes de perte de mémoire», explique le Pr Williams.

Chez les rats, les altérations surviennent plusieurs mois avant l’apparition des premiers symptômes. Chez l’humain, il pourrait s’agir de dizaines d’années.

En mettant au point des thérapies qui cibleraient précisément le subiculum, on pourrait donc «relancer les circuits altérés et empêcher la dégénérescence des voies de communication affectées par l’Alzheimer», espère le Pr Williams.

 
Plusieurs percées récentes
Les scientifiques du monde entier se sont lancés dans une course effrénée pour prévenir ou guérir la maladie d’Alzheimer. Ces dernières années, des découvertes marquantes se sont succédé:
Juillet 2014
Des chercheurs de l’Institut Douglas identifient une variation génétique permettant de diminuer de 30% à 50% le risque d’être atteint de la maladie. Leurs résultats pourraient mener à l’utilisation d’un médicament anticholestérol pour prévenir le mal.
Janvier 2013
Une équipe de l’Université Laval découvre une molécule qui permet de stimuler les cellules immunitaires du cerveau pour leur permettre de mieux com­battre les molécules toxiques mises en cause dans la maladie.
Février 2012
Une équipe de chercheurs américains découvre qu’un médicament contre le cancer restaure rapidement les fonctions cérébrales normales de souris de laboratoire atteintes d’Alzheimer. Après la prise du médicament, les rongeurs retrouvent leur mémoire et leur sens de l’odorat.
L’Alzheimer en chiffres
35,6
millions de personnes dans le monde étaient atteintes d’Alzheimer ou de troubles apparentés en 2010.
747 000
Canadiens étaient atteints de troubles cognitifs, de la maladie d’Alzheimer ou de maladies apparentées en 2011.
33
milliards $ par an : coûts directs (médicaux) et indirects (pertes de revenus) des troubles cognitifs au Canada.
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