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Coup d’éclat de U2

Sera-t-il surpassé ?

Donner 500 millions d'albums pourrait valoir son pesant d’or lors de la prochaine tournée du groupe

APPLE-IPHONE/
Photos Reuters U2 a lancé son album lors du dévoilement des deux nouveaux iPhone d’Apple et de l’Apple Watch.

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Maintenant que U2 a donné son nouvel album à 500 millions d’internautes sur la plateforme iTunes, que devront inventer les prochaines superstars de la musique pour égaler ce spectaculaire coup d’éclat?

Après le «payez ce que vous voulez» de Radiohead ainsi que la sortie annoncée à quelques heures d’avis, et exclusivement sur iTunes, de l’album de Beyoncé, le groupe irlandais vient d’élever la barre de la stratégie de marketing à un autre niveau en s’alliant avec Apple pour distribuer massivement et gratuitement son treizième album, Songs of Innocence.

«Madonna s’en vient avec un nouvel album, qu’est-ce qu’elle va faire pour attirer l’attention?» se questionne l’animateur et directeur musical de MusiMax, Mike Gauthier, qui qualifie ce geste de «génial et révolutionnaire».

«Un album gratuit est une façon de demeurer pertinent et de gagner de jeunes fans», note le magazine Fortune.

L’enjeu? Les concerts

En effet, depuis mardi, tout le web parle de U2 et de son album gratuit. Mais que se cache-t-il derrière la décision du groupe de vendre, pour une somme qui n’a pas été dévoilée, le fruit de son labeur à Apple?

Sûrement pas un élan de générosité de Bono et sa bande envers leurs fans. Après les ventes décevantes du dernier opus No Lines on the Horizon en 2009 (5 millions d’exemplaires), plusieurs observateurs pensent que U2 juge plus profitable de donner sa musique au plus grand nombre pour ensuite les faire passer à la caisse lors d’une tournée mondiale.

«De toute façon, c’est comme ça que le groupe fait le plus d’argent. La tournée 360° a rapporté 736 millions de dollars. [...] L’enjeu est donc de reprendre la route et d’essayer de battre leur propre record», rappelle le quotidien anglais The Guardian, dans une analyse publiée hier.

Railleries

Le coup d’éclat de U2 ne lui a cependant pas valu que des louanges. Le groupe a aussi été la cible de railleries, principalement de la part d’internautes qui n’ont pas apprécié que l’album apparaisse dans leur bibliothèque iTunes sans l’avoir demandé, «comme on pénétrerait chez vous, une nuit, pour poser sur votre chevet un livre que l’on veut que vous lisiez», a martelé le magazine français Les Inrocks.

Le New Musical Express a même dressé une liste très sarcastique de 10 choses à faire avec ce nouvel album non désiré.

Pour ce qui est de la valeur artistique de Songs of Innocence, la critique internationale affiche un penchant positif envers le nouveau matériel de U2, jugé à la fois plus près des racines du groupe et possédant le son colossal typique des Irlandais.


 

Le meilleur U2 en 15 ans

Il existe deux bonnes raisons d’écouter l’album Songs of Innocence. Parce qu’il est gratuit, bien sûr, mais surtout parce que c’est ce que U2 a réalisé de mieux au cours des quinze dernières années.

Le pire était pourtant à craindre. Invisible, médiocre chanson écrite l’an dernier pour les besoins d’un film sur Nelson Mandela, n’avait rien pour rassurer les nombreux mélomanes qui ont tourné le dos au groupe irlandais au fil de ses derniers albums. D’un point de vue artistique donc, les attentes n’avaient probablement jamais été si peu élevées en vue d’un nouveau U2.

Mais voilà, même s’il ne révolutionne en rien le son du groupe, Songs of Innocence surprend par sa vivacité. Il y a sur cet opus de onze titres suffisamment de bonnes chansons pour classer Songs of Innocence parmi les meilleurs albums en carrière de U2.

L’alliance conclue entre la bande de Bono et le superproducteur Danger Mouse, à qui The Black Keys doivent une bonne part de leur succès actuel, n’est sûrement pas étrangère au vent de fraîcheur qui souffle sur U2.

On sent très bien l’ombre de Danger Mouse derrière le jeu des Irlandais, notamment sur des titres comme The Miracle (le premier simple, un hommage aux Ramones) et Cedarwood Road, tous deux propulsés par des accords de guitares rugueux et des arrangements rappelant les Keys époque El Camino.

C’est dans la deuxième moitié de Songs of Innocence que l’effet Danger Mouse s’avère le plus gratifiant, principalement sur l’angoissante Sleep Like a Baby Tonight et This Is Where You

Can Reach Me Now, dédiée aux membres de Clash. À l’évidence, le producteur a su recentrer la musique de U2.

U2 et Coldplay

Mais U2 étant U2, on n’évite pas les gros refrains épiques bâtis pour les stades et les arénas. Talon d’Achille de Songs of Innocence, ils sont concentrés dans la première moitié d’album.

Un segment de moindre qualité où sont rassemblés des titres dont la parenté sonore entre U2 et Coldplay crève les tympans.

Chris Martin et Bono auraient sérieusement pu s’échanger la ballade Every Breaking Wave et la joyeuse California (There Is no End to Love) et nous n’y aurions vu que du feu. Puis, ajoutez un soupçon d’Avicii au mélange et vous obtenez la mielleuse Iris (Hold Me Close), une pièce très personnelle où Bono rend hommage à sa mère, morte quand il avait 14 ans.

U2 se fait aussi des clins d’oeil à lui-même en éparpillant quelques références sonores évidentes à son album The Joshua Tree dans Every Breaking Wave (With Or Without You), Iris, (Where The Streets Have No Name) et Raised By Wolves (In God’s Country).

 

 

 

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