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Suicides | Ex-militaires

Le nombre de Suicides inconnu au Canada

Sylvie Duchesne reproche à l’armée d’avoir coupé trop rapidement les liens avec son conjoint, Claude Émond, cet ex-militaire de Valcartier qui s’est enlevé la vie. «L’armée, c’est une famille», dit-elle.
Sylvie Duchesne reproche à l’armée d’avoir coupé trop rapidement les liens avec son conjoint, Claude Émond, cet ex-militaire de Valcartier qui s’est enlevé la vie. «L’armée, c’est une famille», dit-elle.

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Le gouvernement fédéral est incapable de dire combien d’ex-militaires se suicident chaque année au pays alors qu’aux États-Unis, les données sonnent l’alarme: un vétéran s’enlève la vie toutes les 65 minutes.

Bien que la Défense nationale recueille des données sur le nombre de militaires canadiens en service qui mettent fin à leur jour, le ministère des Anciens Combattants ne collige pour sa part aucune donnée sur les suicides auprès des gens qu’il dessert.

«Bien qu’Anciens Combattants Canada ne fait pas le suivi du nombre de suicides, les provinces et les territoires ont comme mandat de tenir à jour les bases de données sur la mortalité qui tiennent compte des causes de décès dans leur propre zone de compétence», a indiqué une porte-parole du ministère, Audrey Jacques.

Aveuglement volontaire

Selon l’avocat et colonel à la retraite Michel Drapeau, il s’agit d’un «aveuglement volontaire» de la part du ministère. Selon ce spécialiste du droit militaire, cette situation pourrait facilement être corrigée.

«Ça nécessiterait dans un premier tempsla volonté de le faire, indique-t-il. Et le faire, je ne pense pas que ça prendrait plus d’une journée», poursuit Me Drapeau.

Il explique que lorsqu’un décès survient, le ministère des Anciens Combattants est à même de constater que cela s’accompagne d’un arrêt de prestation. Même scénario du côté de la direction responsable des pensions militaires de la Défense nationale qui est aussitôt avisée lorsqu’un prestataire décède. Cette direction, dit-il, reçoit une Constatation de décès afin qu’elle puisse cesser le paiement de la pension et des prestations.

« Très décevant »

Cette absence de données préoccupe le président du groupe de défense des anciens combattants, Canadian Veterans Advocacy, Mike Blais.

«Il n’y a pas d’étude et c’est très décevant», déplore-t-il. «Comment peuvent-ils présenter un mécanisme efficace de prévention des suicides, alors qu’ils ne savent pas combien d’entre eux sont morts et quelles en étaient les raisons», s’insurge-t-il.

Le ministère fait, pour sa part, valoir que les ex-militaires ayant droit à des prestations d’anciens combattants gagnent en moyenne 70 000 $ par année. Mme Jacques énumère aussi la gamme des services se rattachant à la santé mentale auxquels les vétérans ont droit, dont plus de 4000 fournisseurs de soins de santé mentale et 17 cliniques conjointes pour les traumatismes liés au stress opérationnel.


 

Des coupes sournoises, déplore un lieutenant retraité

Le lieutenant-colonel à la retraite Stéphane Grenier, lui-même atteint du syndrome post-traumatique, reproche au gouvernement fédéral ses «coupes sournoises» au ministère de la Défense nationale après une longue mission de 12 ans en Afghanistan.

«En quelque part, lorsqu’on démobilise une force armée d’une campagne comme celle de l’Afghanistan et qu’on coupe les budgets, bien à un moment donné, ce ne sont pas juste les services de santé qui vont faire en sorte que les soldats vont aller chercher de l’aide. Il y a toutes sortes de réseaux et programmes qui sont coupés et qui en écopent», explique-t-il.

Selon l’ex-militaire qui a pris part à plusieurs missions à l’étranger durant ses 29 ans de services, dont 10 mois au Rwanda et six mois dans la province de Kandahar en 2007, il est normal de constater une hausse de la détresse chez les militaires après un tel déploiement.

Il a lui-même tenté à plus d’une reprise de s’enlever la vie, avant de mettre sur pied un programme gouvernemental national de soutien par les pairs au sein des Forces canadiennes.

« Directives stratégiques »

Un gouvernement «responsable» devrait, poursuit-il, émettre des «directives stratégiques» au ministère pour s’assurer que les programmes venant en aide aux militaires ne soient pas touchés, ni même par attrition.

«C’est une façon très sournoise et adroite de couper, parce que le budget est encore là, mais tu ne peux pas le dépenser», fait valoir l’ex-militaire devenu conférencier en santé mentale.

Se sentir inutile

Sylvie Duchesne, l’épouse de l’ex-militaire de Valcartier Claude Émond qui s’est récemment suicidé moins d’un an après avoir été libéré des Forces armées, soutient pour sa part que c’est le sentiment de ne plus se sentir utile qui a tué son conjoint.

«Mon mari, son cœur était militaire et il a toujours été militaire. Et si on lui avait offert de donner une formation une fois par semaine, cet homme-là aurait été heureux, lance-t-elle. Mais à la place il était assis dans le salon à journée longue», s’insurge-t-elle.

 

 

Données sur les suicides chez les anciens combattants aux États-Unis en 2010
22
anciens combattants se sont enlevé la vie par jour ou un toutes les 65 minutes
Plus de
69%
des anciens combattants s’étant suicidés étaient âgés de 50 ans et plus
Ces faits saillants sont tirés du «Rapport sur les suicides, 2012» (rendu public le 1er février 2013)

- Le rapport a été produit par le département des Anciens Combattants, les Services de santé mentale et le Programme de prévention du suicide

*Source: Département américain des Anciens Combattants
«
Nous avons augmenté nos dépenses pour les services en santé mentale et nous avons maintenant environ 450 travailleurs en santé mentale à temps plein. Cela nous donne la plus forte proportion de professionnels de la santé mentale pour les militaires de l’OTAN. »
— Rob Nicholson, ministre de la Défense nationale
«
 Il est clair que le gouvernement conservateur laisse tomber nos militaires, nos anciens combattants et leurs proches aidants. Cela va prendre encore combien de décès pour que le gouvernement réalise qu’il a une crise sur les bras? »
— Élaine Michaud, critique adjointe du NPD en matière de défense national
«
Ces hommes et ces femmes vétérans sont délaissés et complètement abandonnés par les Forces canadiennes. Quand est-ce que ce gouvernement va finalement prendre au sérieux la question des suicides au sein des forces et parmi les vétérans. »
— Frank Valeriote, député libéral
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