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Des ados et un marathon

jeunes marathoniens
photo Chantal Poirier Nicolas, Maude et David, qui sont inscrits au programme Étudiants dans la course, ont tous terminé le marathon de Montréal, dimanche dernier.

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Onze mois. Pendant onze mois, les jeunes d’Étudiants dans la course se sont entraînés pour participer au marathon de Montréal. Ils sont devenus marathoniens. Et maintenant ?

Exubérante, Maude sautille partout, parle sans arrêt. «Si je veux faire un autre marathon? Je veux faire PLEIN de marathons! Dans plein de pays!» lance-t-elle.

Plus taciturne, Nicolas ne partage pas un tel enthousiasme. Mais si on lui demande, il confie qu’il aimerait faire un Ironman. «Je vais faire du vélo. Le marathon, c’est fait. Il y aurait juste la natation…»

David lui a découvert la course il y a moins d’un an, un sport qu’il a l’intention de garder dans sa vie.

Maude et Nicolas ont 16 ans, David a 17 ans. Ce sont trois des 19 jeunes du programme Étudiants dans la course qui ont franchi, d’abord, la ligne de départ du marathon, dimanche dernier, puis sa ligne d’arrivée.

«On avait 35 jeunes au début du programme en novembre dernier. Naturellement, quelques-uns abandonnent en cours de route – c’est dur, la rigueur de l’entraînement – mais tous ceux qui ont persévéré au cours de l’année ont tous fini le marathon dimanche», explique Linda Tremblay, une des mentors du programme.

La transformation du marathon

Je les ai rencontrés à leur école dans Hochelaga-Maisonneuve, le surlendemain du marathon. Je pensais les reconnaître par une démarche laborieuse, qui aurait été amplement justifiée par leur effort de plus de 5 heures, voire même 6 heures, mais rien du tout. Trois adolescents dans une mare d’adolescents. Des adolescents comme les autres.

Mais des adolescents somme tout «différents», surtout différents de l’adolescent qu’ils étaient 11 mois plus tôt, quand ils ont commencé leur entraînement en novembre dernier.

«Ce que Étudiants dans la course fait sur l’estime de ces jeunes… même leur posture change: ils se tiennent plus droit!» raconte Isabelle, celle qui en est à sa troisième année de mentorat.

J’étais curieuse de les entendre commenter leur expérience. Après tout, on peut être charmé par l’idée de courir un marathon, mais en plein dans un marathon, on peut trouver ça long, longtemps, surtout si cinq ou six heures séparent l’euphorie du départ à celle de l’arrivée. Et surtout quand on a 16 ans.

À la limite, ce n’est pas un peu…dull, comme diraient leurs amis?

«Pas du tout», disent-ils, unanimes.

Maude, David et Nicolas ont couru «en gang» – des mentors, des amis – tout le long du marathon. La «gang» avec ses encouragements, ses conseils, ses fous rires, son écoute: une gang drôlement précieuse pour ces jeunes autrefois considérés à risque.

L’équipement et le programme d’entraînement leur sont fournis, la gang et sa complicité se bâtissent.

Et après ?

Deux jours plus tard, les jeunes sont encore sur la bulle du marathon.

Puis, la gang se dissipera, l’énergie des mentors se concentrera sur la nouvelle cohorte, le froid et la noirceur de l’automne s’affirmeront…

«Si tous ceux qui disaient qu’ils continueraient avec nous continuaient, on aurait bien 200 jeunes. En réalité, peu reviennent. Ceux qui le font deviennent des leaders inspirants pour la nouvelle cohorte, comme Pablo qui était de la première édition et qui a terminé son 8e marathon cette année. Mais ce sont des cas d’exception», explique lucidement Linda Tremblay.

«Ceux qui ne reviennent pas, eh bien, ils garderont toujours cette fierté d’avoir fini un marathon. Cette réalisation va leur rester toute leur vie. Ce sont des petits miracles», continue la mentor.

Des miracles pour lesquels la force divine n’y est pour rien. C’est plutôt la force des mentors qui se présentent jour après jour pour accompagner ces ados, pas toujours motivés, et surtout la force de ces ados, pas toujours motivés, qui se présentent jour après jour aux entraînements «quand même». Cette force reste.

«Ils ont été capables».

Ils seront capables.

De quoi? À eux de voir. Des ados, un marathon derrière eux, la vie devant eux.

 

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