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Pour l’école publique unique et universelle

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La question des subventions aux écoles privées est revenue dans le débat public, comme c’est le cas de manière récurrente. Le gouvernement Couillard a lancé un énième ballon politique en laissant entendre qu’il pourrait réduire le financement des écoles privées de 75%, tel qu’il l’est présentement, à 50%. Selon certaines évaluations, cela permettrait des économies d’au moins 65 millions de dollars.

Dans son dernier billet, Vincent affirme que le débat ne doit pas se placer sur le terrain des finances publiques, mais bien sur celui de la qualité de l’enseignement. Par contre, compte tenu du fait que les propositions du gouvernement en place impliquent des coupes dans l’aide aux devoirs ou l’aide alimentaire, et que l’ensemble de l’exercice de "révision des programmes" touche jusqu’aux menues dépenses de l’État, il s’agit là d’un aspect à ne pas négliger.

En revanche, Vincent a raison: tout débat sur l’intervention de l’État doit s’intéresser d’abord et avant tout aux objectifs poursuivis. Vincent affirme que le soutien aux écoles privées permet une plus grande concurrence entre écoles, ce que le réseau public ne permettrait pas. En d’autres mots: l’existence des écoles privées offre un choix aux parents et incite, ainsi, les écoles publiques à offrir un cursus d’éducation de meilleure qualité.

C’est à la fois vrai et faux.

La concurrence n’est effectivement pas le diable incarné, n’en déplaise à certains de mes amis de gauche. L’émulation, le sain dépassement compétitif et la recherche de l’excellence ont prouvé leur pouvoir bénéfique dans plusieurs aspects de la vie sociale.

Cependant, le modèle actuel mixte public/privé n’est pas la seule avenue à cette saine concurrence. Le réseau public offre déjà une certaine forme concurrence en son sein. S’il y a un système de priorité ou de préférence géographique aux enfants qui résident à proximité d’une école publique, le réseau a toutefois développé de nombreuses écoles spécialisées ces dernières années – écoles internationales, écoles spécialisées en musique ou en sport, par exemple. Les parents peuvent, ainsi, inscrire leurs enfants dans ces écoles spécialisées plutôt que dans leur école de quartier. On doit accorder à l’argument de Vincent que c’est souvent l’école privée qui a en parti motivé l’émergence de ces écoles "d’élite".

Voilà le gros mot lâché. Peut-on être à la fois radicalement égalitaire et élitiste? Je crois que oui. Parce que le mot "élite" est mal choisi: parlons d’excellence, comme on en parle en sport, en sciences et en arts – bref, dans toutes les dimensions de l’activité humaine. Et je crois que c’est la plus parfaite universalité qui permet la plus parfaite excellence.

Or, c’est, à mon sens, l’accès universel à l’éducation publique qui est garante de cette possibilité. Un système mixte public/privé ne le permet pas. Pour une raison très simple : il va à l’encontre de l’égalité des chances en restreignant l’accès à certaines écoles selon la capacité de payer des parents et non pas des conditions permettant aux enfants de développer leur plein potentiel.

En cela, la capacité des écoles publiques de réunir – par la force des choses – toutes les couches de la société sans le filtre de l’argent me paraît éminemment important. L’école publique permet – exige ! – la cohabitation de toutes les couches sociales ce que ne permet pas l’école privée qui, de facto, écrème uniquement l’entrée par la capacité de payer.

En quoi l’État serait légitimé d’intervenir en la matière? D’aucune manière. Incidemment, nos voisins ontariens ne financent pas les écoles privées et leur fréquentation est de 5% contre 10% pour le Québec. Les subventions au privé ont une incidence directe, manifestement, sur l’accès à ces écoles.

12 commentaire(s)

John-Jean Martin dit :
1 octobre 2014 à 13 h 24 min

Bravo,vive la médiocratie québécoise,on nivelle vers le bas tout le temps.C'est de la bullshist ton élitisme et l'école publique,l'élite est dans les écoles privées,quoi que tu en dises.Penses-tu vraiment que les élèves brillants du privée vont avoir le goût de se dépasser avec les ti-counes cancres du public.Ce n'est pas juste une question d'argent ,ce ne sont que les plus brillants qui sont sélectionnés dans la majorité des écoles privées.

Maec dit :
1 octobre 2014 à 13 h 56 min

Je n'ai pas de problème avec le fait que le gouvernement se retire complètement du financement des écoles privées, en autant qu'on ne tombe pas dans ce discours communiste et anti-démocratique qui voudrait bannir toute école privée même non-subventionnée.

Même s'il faut payer 100% des frais, mon enfant ira que dans les meilleurs écoles privées du Québec. ...car la plupart des écoles publiques c'est du n'importe quoi. Elles font du nivellement vers le bas, et avec les nouvelles générations de professeurs n'ayant qu'un bacc stupide (bacc bidon, en éducation), ce n'est pas vrai que mon enfant devra attendre d'être rendu à l'université pour commencer son instruction. Il faut avoir connu plusieurs étudiants et étudiantes en éducation, à l'université, pour comprendre comment la situation est inquiétante, et comment le bacc en éducation est probablement l'un des plus insignifiants qui existent actuellement.

Appelez cela de l'élitisme si vous voulez, mais je fais partie des quelques rares personnes qui semblent être scandalisées de voir tous ces jeunes qui sortent du secondaire, voire du Cégep, presque analphabètes et totalement incultes tout comme le sont leurs professeurs (hormis quelques exceptions).

Michel Bourque dit :
1 octobre 2014 à 14 h 34 min

Ben non! Tu ne peux payer des études de qualité à tes enfants. Il faut absolument qu'ils frayent avec les bas étage....Sauf que l'on peut se payer des voyages dans le sud et des gros 4X4, en plus cela sauve de l'argent aux contribuables, ridicule !!!

Daniel Dufresne dit :
1 octobre 2014 à 15 h 13 min

Ouf l'égalité des chances!!!

M. Marcil je ne partage pas votre conclusion. La qualité d'enseignement publique laisse vraiment à désirer. Au privé les enseignants doivent performer et souvent on embauche ceux qui désirent performer (les meilleurs)

Et cela n'a rien à voir avec les salaires. Un bon prof est un bon prof peu importe le salaire.

Moi je prétend que pour tout ce qui est gouvernementale, incluant les commissions scolaires, Hydro la gestion administrative est trop lourde. Se sont des entreprises trop grosse à gérer. Il faut couper dans le gras pour investir dans l'opérationnelle et donner plus de place à la création. Pour performer il faut être heureux à son travail et pour être heureux ce n'est pas seulement relié au salaire.

Comme dans la santé les gestionnaires sont incapable de remplir les obligations reliées à leur travail.

Il faut réduire la lourdeur du système.

André Félix Delisle dit :
1 octobre 2014 à 17 h 36 min

Coudonc ! On dirait bien que Ianik Marcil ne sait pas que la plupart de ses amis de Québec Solidaire et de Québec Inclusif ont fréquenté des écoles privées ou qu'ils envoient leurs propres enfants vers ces établissements d'enseignement pour privilégiés... et qu'ils tiennent tous à garder ce choix. Heu ! J'pense que Marcil vient de se mettre un pied sans la bouche, là ! LOL

Marc St-Pierre dit :
1 octobre 2014 à 18 h 25 min

La concurrence et libre-choix mènent rarement à ume amélioration globale de la réussite et plus souvent contribuent à accentuer le phénomène dé détermination sociale des résultats scolaires. Si la concurrence et le libre choix fonctionnaient, alors la réussite à Montréal serait au plus haut, et au plus bas en Abitibi!

Jacques dit :
1 octobre 2014 à 23 h 51 min

Monsieur Marcil, vous prétendez que "Le gouvernement Couillard a lancé un énième ballon politique en laissant entendre qu’il pourrait réduire le financement des écoles privées de 75%".

Étonnant. Vous dite que les écoles privées sont financées à 75%.

De mon côté je vois sur internet qu'un élève du public coûtait 11 404 $ par année il y a 5 ans (http://www.mels.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/PSG/statistiques_info_decisionnelle/Indicateurs_educ_2012_webP.pdf , page 7) alors que la subvention aux écoles prives est de l'ordre de 4000 $ pour les écoles privées primaires et secondaires ( source: http://www.mels.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/PSG/ress_financieres/regles_budgetaires_%C3%A9tablissement_prive_agree_2014-2015.pdf , page 13.

Selon vos propres calculs, 4000 $ représentent dont 75% de 11 404 $ (oups... 11 404 $, c'était il y a 5 ans alors que 4000 4, c'est aujourd'hui. il faudrait plutôt dire que 4 000 $ est 75 5 de 13 000 $ pour comparer des périodes identiques).

Maintenez-vous vos affirmations?

Suzanne Abdel-Malak dit :
2 octobre 2014 à 7 h 38 min

Je travaille dans une école privée. Et des jurons venant des élèves ainsi que des insultes, j'en entends régulièrement. L'intimidation est aussi présente. Saurions-nous reconnaître un jeune qui fréquente l'école privée versus un jeune qui fréquent le public. Seul, le port de l'uniforme scolaire le trahirait. Mes jeunes garçons sont allés à l'école publique. L'un termine des études de génie mécanique et le suivant s'aligne vers la science politique. Serait-ce que l'école privée est utilisée par certains parents pour contrer leur non-disponibilité? La question est lancée. Élitiste, l'école privée donne-t-elle systématiquement une meilleure instruction? Peut-être davantage d'encadrement. Et nous confondons encadrement versus l'instruction en tant que tel. Il y a partout de bons professeurs tout comme il y a de bons étudiants.

Maec dit :
2 octobre 2014 à 8 h 20 min

@Suzanne Abdel-Malak dit : "2 octobre 2014 à 07:38Seul, le port de l’uniforme scolaire le trahirait. Mes jeunes garçons sont allés à l’école publique. L’un termine des études de génie mécanique et le suivant s’aligne vers la science politique. Serait-ce que l’école privée est utilisée par certains parents pour contrer leur non-disponibilité?" ---------- Madame, croyez-vous vraiment que les finissants de nos pitoyables polyvalentes sont de même niveau que les finissants de Brébeuf?

Par ailleurs, oui il y a des étudiants et professionnels de très haut niveau qui sont passés par l'école publique; mais de mon expérience personnelle (j'ai décroché au secondaire par manque total d'intérêt...et me suis rendu plus tard au doctorat), il n'y a aucun apprentissage sérieux et cohérent qui se fait avant l'entrée à l'université.

Dans plusieurs pays la philosophie commence même à être enseignée dès la 7e année. Tandis qu'au Québec, notre système public produit des analphabètes et des incultes.

Amélie dit :
2 octobre 2014 à 17 h 10 min

Bonjour,

Pourquoi vouz n-avez pas publié mon commentaire? c'est seulement ce qu'il vous convient qui est publié?

merci,

Ianik Marcil dit :
2 octobre 2014 à 21 h 30 min

Bonjour Amélie,

Je publie tous les commentaires (sauf les attaques véritablement haineuses et violentes, envers moi ou quelqu'un d'autre - ce qui ne m'est jamais arrivé jusqu'à maintenant au Journal de Montréal). En revanche, il se peut que ça soit un peu long, je n'ai pas toujours le temps d'aller vérifier les commentaires en attentes.

Cela dit, je ne vois aucun commentaire de votre part, j'en suis bien désolé. Peut-être y a-t-il eu un pépin technique?

Au plaisir,

IM

Mathieu L Bouchard dit :
4 octobre 2014 à 11 h 36 min

Il faut tenir compte du fait qu'un élève au privé coûte moins cher qu'un élève au public, parce que les parents payent une partie des frais de scolarité lorsqu'il va au public. Donc, un élève qui passe du privé au public augmente la facture publique totale. Pour optimiser cette facture totale, il faut donc trouver le point d'équilibre qui maximisera :

nombre d'élèves au privé × contribution des parents aux frais de scolarité

Où est ce point d'équilibre ? (en % de subvention d'écoles privées)