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Étude | Toxicologie

L’alcool véritable drogue du viol

Le GHB n’est en cause que dans 0,5 % des cas d’agressions sexuelles

Bar spéciaux
Photo archives Trois fois sur quatre, l’alcool est la substance la plus présente dans les échantillons prélevés sur les victimes réelles ou potentielles d’agression sexuelle.

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Une toxicologue judiciaire fait tomber un mythe tenace sur le GHB, surnommé la drogue du viol. Après analyse de prélèvements sur des victimes d’agression sexuelle, l’experte a démontré que l’alcool serait en cause dans les trois quarts des cas.

Une toxicologue judiciaire fait tomber un mythe tenace sur le GHB, surnommé la drogue du viol. Après analyse de prélèvements sur des victimes d’agression sexuelle, l’experte a démontré que l’alcool serait en cause dans les trois quarts des cas.

L’histoire classique de l’agresseur qui verse du GHB dans le verre de sa victime à son insu serait-elle une solide légende urbaine?

C’est en tout cas ce qu’a démontré Catherine Lavallée, toxicologue judiciaire au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale (LSJML).

En analysant 1274 échantillons d’urine et de sang prélevés sur des victimes réelles et potentielles d’agressions sexuelles entre 2008 et 2013, Madame Lavallé a constaté que seulement sept échantillons, soit 0,5 % contenaient du GHB.

«Sur ces sept cas, un seul correspondait au scénario d’un agresseur qui avait drogué sa victime. Et encore, celle-ci a détecté une substance désagréable au goût dans son verre et a pu s’en tirer à temps», explique-t-elle.

La réputation sulfureuse du GHB surnommé «la drogue du viol» ne serait donc pas fondée puisque selon les données analysées par la toxicologue, cette drogue serait plutôt prise de façon «récréative et volontaire», lance-t-elle.

Alcool

Selon ces mêmes analyses toxicologiques, l’alcool est, et de loin, la substance la plus souvent présente dans les échantillons prélevés dans un contexte d’agression sexuelle puisqu’on la retrouve seule dans 37 % des cas et mélangée avec d’autres drogues, trois fois sur quatre.

«Ce qui nous fait dire sans l’ombre d’un doute que la véritable drogue du viol n’est pas le GHB, mais bien l’alcool», tranche la toxicologue.

Dans une entrevue accordée au journal Forum, Catherine Lavallée décrit le profil type de la victime comme étant celui d’une jeune femme peu habituée aux excès qui se fait entraîner dans une soirée bien arrosée.

Au réveil, souffrant d’une amnésie partielle, elle soupçonne avoir été droguée au GHB, se rend à l’hôpital où l’on prendra des échantillons biologiques aux fins d’analyses qui révéleront des taux d’alcoolémie très élevés, mais aucune trace de GHB.

Ces conclusions n’étonnent pas la psychologue et chercheuse Nicole Perreault.

«Je suis d’accord, l’alcool est la véritable drogue du viol. Mais j’ajouterais que l’alcool est surtout la drogue des relations sexuelles non conscenties et non protégées. Ça met les gens dans une situation où il est plus difficile de refuser», explique la responsable de la prévention en toxicomanie chez les jeunes à la Direction de la santé publique de Montréal (DSP).

Consommer de l’alcool fait partie des mœurs, poursuit-elle.

«Dans un contexte de drague, il peut y avoir des relations sexuelles non désirées. L’alcool amène aussi quelqu’un à éprouver de l’amnésie, sans que l’on ait besoin d’ajouter quelque chose», observe Madame Perreault.

«Dans mon travail de prévention, je demande aux jeunes comment ils se sentent lorsqu’ils boivent beaucoup. Ils me répondent: “t’as l’air fou”. Je les amène à comprendre que s’ils veulent rencontrer quelqu’un, ils seraient plus à leur avantage avec un verre ou deux, assez pour avoir du fun, mais pas pour perdre la tête», conclut-elle.

 

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