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Éducation | Jean-de-Brébeuf

Congédiement inexplicable

Actrices et critiques ne s'expliquent pas le renvoi de Jacqueline Laurent Auger

Première de Cyrano de Bergerac
photo d'archives Danielle Ouimet est choquée d’apprendre qu’une enseignante du collège Jean-de-Brébeuf a été congédiée parce qu’elle avait joué nue dans des films il y a plus de 40 ans.

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Des membres de l'industrie cinématographique québécoise tentent de comprendre la logique derrière la décision de remercier Jacqueline Laurent Auger. Plusieurs actrices et critiques se disent d'ailleurs choqués de ce congédiement arbitraire.

Depuis vendredi, sur les médias sociaux, c'est l'incompréhension la plus totale. Plusieurs artistes et citoyens, tous indignés, y voient le retour à l'Index et à une morale aujourd'hui disparue. Les blogueurs et chroniqueurs du Journal ont réagi promptement et en nombre face à cette histoire.

Le Journal a contacté plusieurs acteurs de l'industrie afin de recueillir leurs commentaires. Tous s'entendent pour déplorer la décision de remercier l'enseignante de 73 ans d'autant plus que plusieurs actrices québécoises qui ont joué nues ont connu par la suite de prestigieuses carrières.

De Monique Mercure, qui a été directrice de l’École nationale de théâtre, en passant par Chantal Renaud, la femme de Bernard Landry, ou encore Louise Turcot, de nombreuses autres actrices reconnues sont effectivement passées par là pour commencer leur carrière.

«On était dans la mouvance Peace and Love. On avait découvert la pilule, il y avait un affranchissement. C’était un mouvement mondial», explique Michel Coulombe, critique de cinéma pour Radio-Canada.

« Valérie » indignée

Danielle Ouimet a fait rêver plusieurs générations de Québécois dans des films mêlant érotisme doux et nudité. Valérie et L'initiation furent, au début des années 1970, deux œuvres phares d'un cinéma québécois naissant et ont contribué à faire connaître l'actrice montréalaise de par le monde. Elle se dit attristée et choquée de ce qui arrive à Jacqueline Laurent Auger.

«C’est désolant de voir qu’on est encore jugé sur des choses qu’on a fait 40 ans plus tôt. Il n’y a absolument rien de honteux là-dedans, tous les comédiens faisaient ça à cette époque. C’était vraiment la tendance du moment», explique Danielle Ouimet, l’ancienne actrice vedette du film érotique de 1968.

Elle réagissait vivement au congédiement de Jacqueline Laurent Auger, une comédienne de 73 ans qui animait depuis une quinzaine d’années des ateliers de théâtre au collège Jean-de-Brébeuf. L’enseignante a été remerciée en juillet parce que des élèves ont retrouvé des vidéos des années 1970 dans lesquelles elle joue plusieurs scènes nue.

Le directeur de l’école, Michel April, a expliqué que le climat de travail n’était plus propice à l’enseignement et que l’animatrice n’était plus en contrôle de sa classe. À cela s’ajoute un problème d’éthique. «On ne veut pas que des élèves de 15 ans voient leur animatrice dans des scènes de nudité», a-t-il dit au Journal de Montréal.

Pas de la pornographie

Mais pour les actrices de cette époque, les scènes que l’on tournait n’ont vraiment rien de choquant. «À l’époque, ça avait causé tout un émoi parce que c’était tout nouveau, c’était de la provocation, mais ce n’est rien comparé à ce qu’on peut retrouver dans un clip de musique aujourd’hui», affirme Danielle Ouimet.

«C’était des films bon-enfant, il n’y avait rien de pornographique là-dedans», considère aussi l’actrice Katherine Mousseau.

L’une et l’autre ne regrettent en rien leurs années de jeunesse. «Je l’assume entièrement, dit Danielle Ouimet. Ça m’a permis d’avancer, d’être présente. Et aussi, ça m’a permis de vivre. Parce qu’à l’époque, il n’y avait pas beaucoup d’options. Il n’y avait pas encore de cinéma et c’était très dur de se faire une place au théâtre.»

Une occasion manquée

Pour certains, le congédiement de Jacqueline Laurent Auger a finalement été une occasion manquée d’amener une discussion avec les élèves. «Ils auraient pu en parler en classe. C’était une bonne opportunité pour comprendre comment était vue la sexualité de l’époque avec celle d’aujourd’hui», considère Geneviève Lanoue, la présidente de l’Association Théâtre Éducation du Québec.

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