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Trois jeunes Québécois musulmans introuvables

Les autorités s’intéressent de près à trois Québécois musulmans

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La GRC et les services secrets s’intéressent de près à trois jeunes hommes ayant vécu à Sherbrooke et qui sont introuvables, a appris notre Bureau d’enquête.

La GRC et les services secrets s’intéressent de près à trois jeunes hommes ayant vécu à Sherbrooke et qui sont introuvables, a appris notre Bureau d’enquête.

Les parents de deux d’entre eux ont reçu la visite de la Gendarmerie royale du Canada et du Service canadien de renseignements de sécurité (SCRS).

Les trois jeunes hommes étaient en contact par Facebook et amis de l’Association des musulmans de l’Université de Sherbrooke (AMUS). Cette association avait fait l’actualité parce qu’elle était fréquentée par Chiheb Esseghaier, accusé d’avoir comploté pour faire exploser un train de VIA Rail, de 2008 à 2010.

L’un des jeunes Sherbrookois surveillés, Youssef Sakhir, est diplômé en psychologie de l’Université de Sherbrooke. Contactée par Le Journal, sa mère dit n’avoir pas pu lui parler depuis des mois.

«Il se trouve en Syrie ou quelque part, je ne sais pas où… Il ne donne pas de nouvelles. Juste qu’il est vivant, c’est tout», dit Maria Houem, profondément bouleversée par la situation. «Ça m’a ruiné l’âme!»

Elle a reçu la visite de la GRC et du SCRS, dont une dernière fois, ces derniers jours. Mais elle refuse d’en dire plus. Selon nos informations, les autorités l’ont priée de ne pas parler aux journalistes.

Le 31 août, Youssef Sakhir annonçait sur Facebook qu'il s'était marié, sans dire avec qui.

Un père troublé

Son ami Facebook, Samir Halilovic, manque lui aussi à l’appel.

«Je ne sais pas où il se trouve. Il est parti. J’ai déjà rencontré les autorités. C’est un sujet qui ne m’intéresse pas», a dit son père Sidik Halilovic avant de raccrocher, lorsque Le Journal l’a contacté.

Lors de la visite de notre Bureau d'enquête dans le modeste appartement de la famille Halilovic à Sherbrooke, le père du jeune disparu, un homme d'une forte stature, s'est agenouillé sur le divan, tout en tentant de composer un numéro de téléphone auquel il n'y avait manifestement pas de réponse. Après s'être adressé sur un ton paniqué à une femme cachée dans une autre pièce, il s'est recroquevillé sur le seuil de la porte en suppliant les journalistes de quitter les lieux, sur un ton à peine audible.

Ses voisins ont affirmé ne pas l’avoir vu depuis six à huit mois.​

Le 7 avril, une entrée sur le compte Facebook de Samir Halilovic indique qu’il se trouvait avec Youssef Sakhir dans une pizzéria rapide de la rue Sainte-Catherine Est, à Montréal. Depuis, il n’a laissé aucun indice sur l’endroit où il se trouve.

Par contre, il a publié le 17 juillet la photo d’un lion, symbole des «serviteurs d’Allah», comme se désignent souvent les djihadistes du groupe État islamique, en Syrie et en Irak.

Association musulmane

Youssef Sakhir et Samir Halilovic sont tous deux amis sur Facebook de l’AMUS. C’est aussi le cas de Zakria Habibi, porté disparu en Turquie depuis le 17 juillet.

Selon nos informations, la GRC et le SCRS surveilleraient aussi un quatrième individu soupçonné de s’impliquer dans un groupe radical, également en lien avec cette association musulmane.

Rencontrés à l’AMUS par notre Bureau d’enquête, deux étudiants qui faisaient la prière ont assuré ne pas connaître les jeunes hommes issus de Sherbrooke.

Ils nous ont conseillé de parler au président de l’AMUS, Taleb Sabbek. Mais cet étudiant et chercheur à la Faculté de génie civil n’a pas répondu à nos messages.

Métamorphose

De 2010 à 2012, Youssef Sakhir collaborait avec une collègue du baccalauréat en psychologie de l’Université de Sherbrooke, Laura Charpentier, sur un travail commun.

«Au cours des deux ans du projet, son attitude a changé. Il était devenu très pratiquant, il appliquait la règle à la lettre… Il ne fallait pas se faire la bise, dit-elle. Mais il restait très gentil, très aidant. J’ai eu l’impression qu’il vivait un grand changement spirituel.»

Ni le SCRS ni la GRC et son importante Équipe intégrée de sécurité nationale (EISN) à Montréal n’ont voulu commenter.

«Après vérification avec Ottawa et les hauts dirigeants de l'EISN, aucun nom n'a été ou ne sera dévoilé, jusqu'à avis contraire», dit un porte-parole de la GRC à Montréal, Luc Thibault.

Même discours de Tahera Mufti, porte-parole du SCRS à Ottawa.

- Avec la collaboration de Félix Séguin et Andrew McIntosh

 

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