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Informatique gouvernementale: un changement de culture

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L’État est un immense paquebot qui ne se manœuvre pas aussi facilement qu’une motomarine. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas donner un sérieux coup de barre lorsqu’il est nécessaire de le faire. C’est pourquoi l’annonce de la démission du Dirigeant principal de l’information (DPI) offre au gouvernement une occasion parfaite pour opérer un changement de culture informatique au sein de l’État.

Un DPI imputable

À l’heure actuelle, le poste de DPI est occupé par le président-directeur général du Centre de services partagés du Québec (CSPQ). Pourtant, rien dans la loi créant la fonction de DPI n’oblige à ce que ça soit la même personne qui occupe les deux fonctions. Le CSPQ a été créé entre autres pour regrouper les fonctions de soutien administratif aux ministères et organismes et pour regrouper les achats du gouvernement. Mais un projet informatique ne se gère pas comme on achète des crayons ou comme on nolise un avion. Alors que les contrats en informatique se chiffrent en milliards de dollars chaque année, la population est en droit de s’attendre à ce que le DPI possède une expertise particulière dans le domaine, et, surtout, qu’il se consacre à cette fonction à temps plein. Aussi, ces onéreux enjeux devraient relever directement du Conseil du Trésor. L’imputabilité en serait renforcée.

Un DPI qui arrive de l’extérieur

La fonction publique regorge de personnes de talent qui souhaitent faire avancer les choses, mais leurs idées se heurtent à une résistance importante au changement de la part de certains décideurs publics. Il faut donc amener du sang neuf au sommet de la pyramide. Le gouvernement devrait nommer un DPI qui soit issu d’une entreprise dynamique et innovante et qui accepte de quitter le secteur privé pour redresser la barre des projets informatiques gouvernementaux. Cette personne devrait avoir une expérience de gestion de dossiers informatiques d’envergure tout ayant une ouverture et une flexibilité à de nouvelles façons de travailler. Il va de soi que cette personne doit avoir les coudées franches, et être appuyée par un pouvoir politique résolu à changer une culture technocratique en une culture entrepreneuriale adaptée aux réalités du XXIe siècle.

Un ambassadeur

Même si c’est peu commun pour un fonctionnaire, le DPI devrait avoir un rôle public d’ambassadeur des solutions innovantes, au sein du gouvernement comme au sein de la société. Par exemple, l’utilisation des logiciels libres, qui peut paraître logique et optimale, est loin d’être acquise dans notre société. Rappelons qu’en mars 2013, le gouvernement a créé un Centre d’expertise en logiciel libre. Il s’agissait d’une première étape qui doit se poursuivre pour s’ancrer dans la culture de l’État.

Est-ce que cette proposition est une panacée? Bien sûr que non. Au-delà du débat de structure, le gouvernement doit saisir l’occasion qui se présente à lui pour procéder à une remise en question du rôle que doit exercer le DPI. Le statu quo n’est pas une option.

Pierre Bouchard

L’auteur est conseiller stratégique en affaires publiques et en communication et ancien conseiller politique

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