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Une taxe rose coûteuse

Beaucoup de produits destinés aux femmes coûtent plus cher que ceux pour hommes

Kim Genest
Photo stéphan dussault Kim Genest, du Studio 3019, à Montréal, ne facture que 2 $ de plus pour une coupe pour femmes, soit 20 $ au lieu de 18 $. Dans plusieurs salons, l’écart peut aller du simple au double, que les femmes aient les cheveux courts ou longs.

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On dit souvent qu’il faut souffrir pour être belle. Une séance de magasinage du Journal a permis de constater que le portefeuille des femmes souffre davantage que celui des hommes.

On dit souvent qu’il faut souffrir pour être belle. Une séance de magasinage du Journal a permis de constater que le portefeuille des femmes souffre davantage que celui des hommes.

Un shampooing, un déodorant, un rasoir des crayons à mine et une coupe de cheveux au centre commercial. La facture s’établit à 42,91 $. Mais acheter des produits similaires dans le rayon des femmes fait brusquement monter la facture à 67,46 $. C’est 24,55 $ de plus, soit un supplément de 36 %.

C’est ce que certains appellent la «taxe rose», soit un prix plus élevé pour un produit destiné aux femmes, mais à peu près identique à sa version régulière ou pour hommes.

Prenons les crayons à mine. On pourrait penser qu’ils ont été modifiés pour s’ajuster à la main féminine. Pas du tout, nous dit-on chez Bic Canada. Ce sont les couleurs rose et mauve ainsi que l’emballage plus coûteux qui expliquent la «taxe».

Choquant

Une situation qui enrage la présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Mivil­le-Dechêne.

«On stéréotype des produits en proposant des versions roses. Et ensuite on fait payer les femmes pour ces produits stéréotypés.»

De petites différences de prix que les gens remarqueraient de plus en plus.

«Avec le web et les applications, on ne peut plus penser que les consommateurs ne la verront pas parce que les produits pour hommes et pour femmes ne sont pas dans la même rangée», dit JoAnne Labreque, professeure de marketing à l’École des hautes études commerciales et spécialiste des questions de commerce de détail.

Plus cher Partout

Tous ces petits montants de 1 $ ou 2 $ peuvent aisément coûter au-delà de 1000 $ aux femmes à la fin de l’année. Car on parle d’un grand éventail de produits et de services. Prenons simplement le coiffeur. Dans plusieurs cas, les femmes se voient imposer le double du prix, même pour celles qui ont les cheveux courts et une coupe de base.

«On ne demande que 2 $ de plus aux femmes, mais plusieurs salons demandent beaucoup plus», constate Kim Genest, coiffeuse au Studio 3019, à Montréal.

Pour le nettoyeur à sec, c’est la somme des visites qui fait monter la facture. Une même chemise peut coûter 1 $ de plus à laver si elle a une coupe plus féminine, et ce, pour un même travail de nettoyage et de repassage. Envoyer deux chemises par semaine chez le nettoyeur, c’est plus de 100 $ par an de prime au sexe.

«Le marché des femmes est plus payant pour les entreprises, doit conclure Marie Lachance, professeure au Département de sciences de l’économie de l’Université Laval. Elles sont toujours plus préoccupées que les hommes par leur image corporelle, et les compagnies en profitent».

 

 

Crayons à mine
«L’emballage différent et moins de ventes expliquent le prix plus élevé. Le phénomène se répète pour d’autres produits nichés, comme ceux destinés aux enfants», dit Marine Monreal, porte-parole pour Bic Canada.
Shampooing
Les deux produits contiennent de l’arginine censée augmenter la résistance du cheveu. «Les femmes sont plus sensibles à ces valeurs ajoutées. Elles sont plus prêtes à payer plus cher», explique la professeure JoAnne Labrecque. Chez L’Oréal, on assure proposer les produits au même prix. Selon eux, c’est le détaillant ou le distributeur qui ajoute un supplément aux femmes.
Chemise à laver
C’est le prix pour laver et repasser une chemise pour homme ou un chemisier pour femme au nettoyeur du coin. Dans plusieurs cas, le chemisier pour femme n’exige pourtant pas de travail supplémentaire.
Déodorant
La version pour hommes coûte plus cher, mais ils en ont plus pour leur argent. Le format de 85 g pour hommes leur fait économiser 65 ¢ comparativement à celui de 45 g pour femmes. Et impossible de trouver un grand format pour femmes.
Rasoir
Les deux rasoirs «Hydro» ont cinq lames, deux cartouches de rechange et prétendent être moins irritants pour la peau. Mais le design des rasoirs n’est pas le même. Une différence suffisante pour justifier un prix 20 % plus cher pour la femme?
Coupe de cheveux
Le jour de notre visite dans ce salon de coiffure des Galeries d’Anjou, à Montréal, on offrait même un spécial à 19 $ pour les hommes. Un prix qui irrite particulièrement les femmes aux cheveux courts.
Pas pris de chance
Le fabricant de ces brosses à dents n’a pas pris de chance de voir des prix différents pour hommes et femmes et a mis une brosse à dents rose et une bleue dans le même emballage. Un produit stéréotypé, mais sans extra pour les femmes.
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