/news/education
Navigation
Technologie

10 M $ pour offrir des portables aux enseignants

Le gouvernement doit-il continuer d’offrir des ordinateurs à tous les enseignants ?

Paul Carrière, professeur d’Arts Plastique à l’école FACE
Photo O’Neil langlois Paul Carrière s'est battu pour que l'argent devant servir à payer l’ordinateur qu’on voulait lui offrir soit utilisé selon ses besoins. «Je suis prof d’arts plastiques, je travaille avec une tablette et je n’avais pas besoin d’un portable. Mes élèves ont accès à cinq tablettes, ce qui nous permet de réaliser des projets extraordinaires.»

Coup d'oeil sur cet article

Pendant que le milieu de l’éducation encaisse de douloureuses compressions, le gouvernement dépense des millions de dollars pour offrir aux enseignants des ordinateurs portables dont plusieurs affirment ne pas se servir.

Pendant que le milieu de l’éducation encaisse de douloureuses compressions, le gouvernement dépense des millions de dollars pour offrir aux enseignants des ordinateurs portables dont plusieurs affirment ne pas se servir.

Lorsque l’ordinateur portable Dell est arrivé flambant neuf dans sa boîte, la réaction de l’enseignante fut immédiate.

«J’étais choquée, lance-t-elle. J’ai des élèves en grande difficulté dans ma classe. Des jeunes qui souffrent d’anxiété, qui ont des diagnostics de dépression, qui ont de la misère à lire. Je ne vois pas en quoi ça les aide qu’on me donne un portable avec écran tactile», s’emporte la dame qui requiert l’anonymat.

Chaque enseignant sera doté d’un ordinateur portable, avait annoncé Jean Charest lors du discours d'ouverture de la session parlementaire en 2011. La mesure en vigueur jusqu’en 2015 ne fait toujours pas l’unanimité chez les profs, surtout en milieu défavorisé.

«Tout le monde est choqué, ajoute-t-elle. Certains collègues qui avaient déjà des portables racontent que c’est leurs enfants qui jouent avec celui qu’ils ont reçu. J’ai un grand malaise avec ça!»

Dans une enquête menée par l’Alliance des professeurs en 2012, plusieurs enseignants exprimaient leur mécontentement face à cette mesure évaluée à 10,4 M$.

«Tu me donnes une Harley-Davidson, c’est le fun, mais si elle reste dans le garage c’est une dépense inutile. Nous, on a veillé au grain pour que l’argent soit bien utilisé», affirme Paul Carrière, professeur d’arts plastiques à l’école FACE.

Un ministre intraitable

«Avant, je payais mon matériel informatique, je me sers du portable pour donner mes cours. Ce qui crée de la résistance, c’est d’imposer sans consulter», croit René Naud, qui enseigne les sciences à l’école François-Perrault.

En cette période d’austérité, certains croient que le gouvernement Couillard aurait dû suspendre cette dépense.

«À trois reprises nous avons tenté de sensibiliser le ministre Bolduc au fait que les ordinateurs ne sont pas une priorité. Sur ce sujet, il s’impatiente, il est intraitable. Pour lui, les technologies sont intouchables», rapporte Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ).

Cette mesure est contenue dans les règles budgétaires 2012 à 2015 et l’argent versé aux commissions scolaires pour l’achat des ordinateurs provient du budget du ministère de l’Éducation.

«Cette allocation est ciblée, malheureusement nous ne pouvons acheter autre chose avec l’argent, comme des livres, ou réparer le toit d’une école», explique Mylène Godin, porte-parole de la Commission scolaire des Grandes-Seigneuries.

Invités à expliquer cette mesure, ni le ministère de l’éducation, ni l’attaché de presse du ministre de l’éducation n’ont retourné appels logés par le journal.


 

La technologie à l’école

La technologie, oui mais...

«Personne ne va mourir d’avoir reçu un ordinateur portable, ironise Thierry Karsenti. Mais sans accompagnement et dans le contexte d’austérité actuel, je trouve ça très étrange», ajoute le titulaire d’une Chaire de recherche sur les technologies de l'information et de la communication (TIC).

Ardent défenseur des TIC en milieu scolaire, le chercheur doute que l’achat de portable soit accompagné du soutien technique qui permettrait une utilisation pédagogique optimale de l’outil.

«C’est triste de voir que l’on coupe partout et qu’une pareille opportunité soit gâchée», déplore-t-il.

Selon M. Karsenti, l’étape de la «familiarisation» avec l’ordinateur pour les enseignants est passée depuis au moins 10 ans.

«Un ordinateur ne doit pas servir à aller sur Facebook et Google. Sans projecteur pour faire des présentations en classe, c’est de l’argent gaspillé», pense-t-il.

Un outil indispensable

Les élèves en difficulté peuvent profiter du fait que leur enseignant dispose d’un ordinateur portable, croit pour sa part Égide Royer. Selon lui, l’ordinateur est un outil de base.

«Que tout enseignant ait un portable est essentiel, c’est comme avoir le téléphone, un bureau et une chaise pour travailler», plaide le psychologue et professeur à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval.

Certaines études favorisent même plutôt l’utilisation de la tablette pour les enseignants, fait valoir M. Royer.

L’iPad est d’ailleurs la technologie dont avait besoin l’enseignant Paul Carrière dans ses classes d’arts plastiques.

«Je travaille avec une tablette et je n’avais pas besoin d’un portable. Mes élèves ont accès à cinq tablettes, ce qui nous permet de réaliser des projets extraordinaires», décrit-il.

Dans les faits, les enseignants ne sont pas tous très doués pour les technologies, ajoute-t-il.

«L’ordi, si on s’en sert correctement, c’est super. J’ai vu des élèves au départ fermés s’ouvrir comme des fleurs avec ces outils-là!»

 
 

 

Commentaires