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Le dernier clou dans le cercueil des bélugas

Le dernier clou dans  le cercueil des bélugas

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La construction du terminal portuaire de Cacouna, dans le Bas-Saint-Laurent, planterait pratiquement le dernier clou dans le cercueil des bélugas, selon des experts, car il serait érigé au cœur même de la «pouponnière» d’une population de mammifères déjà en déclin.

La construction du terminal portuaire de Cacouna, dans le Bas-Saint-Laurent, planterait pratiquement le dernier clou dans le cercueil des bélugas, selon des experts, car il serait érigé au cœur même de la «pouponnière» d’une population de mammifères déjà en déclin.

«On a une population déjà affaiblie et en difficulté. Il ne faut pas ajouter un stress, un dérangement dans une zone d’élevage et de mise bas», a lancé Stéphane Lair, professeur de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.

Ainsi, la construction et l’exploitation d’un port pétrolier à Cacouna relié au projet de pipeline Énergie Est de TransCanada, qui permettra de transporter le pétrole de l’Ouest aux raffineries de l’Est, engendrera moult dérangements dans la «pouponnière» des bélugas.

« Effet domino »

«Ce stress peut faire en sorte que les stimulations hormonales ne sont pas adéquates pour déclencher la mise bas. La femelle va la retarder. Au lieu de prendre trois heures, ça peut prendre 24 heures. La femelle et le veau seront plus faibles. Il en résulte un taux de survie plus bas et un taux de mortalité plus élevé», a précisé M. Lair, ajoutant du même souffle que le nombre de carcasses de veaux échouées sur les berges augmente. «Habituellement, on en trouvait entre zéro et trois, et c’était une grosse année. Cette année, on est rendu à huit.»

Avouant que la concrétisation du projet «menacerait une population qui l’est déjà largement», Émilien Pelletier, professeur à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski, croit néanmoins qu’il faut apporter quelques nuances; c’est tout un écosystème qui en subira les impacts.

«C’est un vrai problème, mais le reste aussi. S’il y a un accident pétrolier, cela pourrait être très grave pour les autres espèces comme les baleines, les phoques, les oiseaux qu’on retrouve en grande quantité», a soulevé M. Pelletier.

«Lors de l’exploitation, 175 navires viendront annuellement. Il y a la question des eaux de ballast. C’est environ 60 000 tonnes pour stabiliser les bateaux qui s’en débarrasseront lorsqu’ils chargeront le pétrole. Il y a risque de contamination chimique et biologique, en plus de tous les petits déversements de mazout, de diesel, qui fragiliseront l’habitat et les réserves de nourriture.»

Répercussions économiques

À cela s’ajoutent les répercussions économiques du terminal pétrolier au sein d’une communauté dont le tourisme lié aux «visites des baleines» est vital.

«Il y a un problème majeur d’acceptabilité sociale parce que ça vient “impacter” sur l’économie et le tourisme. Qu’est-ce que ça va donner, tous ces gens qui viennent dans le Bas-Saint-Laurent pour se reposer? Je suis certain que ce ne sera pas un changement positif», a avancé M. Pelletier, pour qui le port de «Gros-Cacouna n’est peut-être pas nécessaire».

Bien que d’autres endroits aient été analysés, dont Matane, le porte-parole de TransCanada soutient qu’il n’existe aucun «plan B». «C’est Cacouna et on ne vise aucun autre emplacement», a signifié Tom Duboyce, mentionnant par la même occasion que les répercussions sur la faune et la flore sont une «réelle préoccupation».

«Les tests géotechniques ont été arrêtés à cause des lectures de bruit. [...] Pour le carottage, il n’y a pas de problème. C’est vraiment la tête d’impact qui cogne au fond du fleuve. On tente de déterminer des mesures, que ce soit dans la façon de construire, mais surtout de surveiller lors de l’exploitation. On a soumis ça au ministère. On cherche des mesures d’atténuation pour ne pas nuire aux bélugas, entre autres.»

La création d’une chaire de recherche axée sur l’étude du béluga figurait dans les plans de TransCanada, mais l’idée a été rejetée par l’UQAR-ISMER la semaine dernière.


Parrainez un mammifère

Lancé à la fin des années 80, le programme Adoptez un béluga a été «relancé» cet automne, alors que l’organisation souhaite le parrainage de 40 mammifères annuellement afin de «mieux les protéger et les comprendre».

«L’adoption est symbolique et ne profitera pas directement à votre protégé, mais à tous les bélugas et au Saint-Laurent», a lancé d’emblée le coordonnateur du Projet Béluga, Robert Michaud.

Des cas de Cancer

Ainsi, le programme d’adoption lancé en 1988 a permis le parrainage de près de 150 espèces à ce jour. «Plusieurs cris d’alarme avaient retenti dans les années 80. Les bélugas étaient fortement contaminés, développaient des cancers, etc. [...] On n’a pas réussi à comprendre pourquoi il y a une vague de mortalité intense des nouveau-nés, mais on a réalisé que la population est en déclin», a-t-il soulevé, ajoutant que la réalisation du terminal portuaire de Cacouna est source d’inquiétude.

«Il y aura de deux à quatre voyages par bateau de plus par semaine et la phase de construction va impliquer beaucoup de déplacements, de bruit, de perturbations et, au final, l’occupation physique sera dans l’habitat du béluga.»

Afin de poursuivre son enquête «à la Sherlock Holmes», l’organisation propose l’adoption d’un mammifère pour la modique somme de 5000 $ par année, jusqu’à concurrence de 15 000 $ après trois ans, alors qu’il est «adopté à vie». Mais s’agit-il là d’un coup d’épée dans l’eau?

«Marques distinctives»

«Ça a permis la création du parc marin du Saguenay−Lac-Saint-Jean et l’identification essentielle du béluga. Le programme de suivi à long terme a permis de détecter la vague de mortalité et le déclin récent de la population. C’est un signal essentiel pour mettre en marche de nouveaux efforts pour mieux comprendre et protéger», a dit M. Michaud.

La sélection des bélugas à placer en adoption s’effectue en fonction des «marques distinctives» qu’ils ont sur le corps, et l’organisation «s’engage à donner des nouvelles régulièrement au parrain».

«On écrit sur le site internet un bulletin des dernières nouvelles à chaque fois qu’on le revoit. On envoie des cartes postales au parrain et on diffuse sur les réseaux sociaux. Il y a un album de famille, une fiche de chaque individu en fonction de ses marques», a expliqué Robert Michaud, qui souhaite la relance de cette campagne pour les 20 prochaines années.


Adoptez un béluga

5000 $ par année

  • Au bout de trois ans, vous en êtes parrain «à vie»

Campagne lancée en 1988

  • 130 bélugas adoptés dans la première vague (650 000 $)

  • 16 depuis la relance cet automne

  • Objectif: adoption de 40 bélugas par année (200 000 $)

Parrains des bélugas

  • La Ville de Québec a adopté un béluga en 1989. Il est décédé en 2011 et un nouveau a été adopté récemment.

  • L’Université Laval, la Ville de Lévis, le Château Frontenac, les hôtels Fairmont, la Ville de Montréal, les aquariums de Québec et de Vancouver et le ministre de l’Environnement, David Heurtel, figurent sur la liste des parrains de bélugas.

Un béluga

  • De 60 à 80 ans | Espérance de vie

  • De 800 à 1000 | espèces dans l’estuaire du Saint-Laurent

  • Diminution de 12 % ces 10 dernières années

  • Une femelle donne naissance une fois tous les trois ans

Cacouna

  • De 2 à 4 navires de plus partiraient de cet endroit par semaine

  • Augmentation de 1 à 2 % du trafic maritime dans le fleuve

  • 300 M$ pour le terminal

  • 400 M$ pour le parc-réservoir

Projet de pipeline Énergie Est

  • 12 G$ | Coût total pour sa construction

  • 4600 km de longueur

  • Document de 30 000 pages | Dépôt le 30 octobre dernier à l’Office national de l’énergie (ONÉ)

  • La partie qui concerne Cacouna n’a pas été déposée, compte tenu de l’arrêt des travaux de forage en raison du bruit en septembre dernier

  • Au début de 2015 | Une version préliminaire pourrait être déposée

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