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«Maudits lutins»

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Photo Louis-Philippe Messier

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Importée du Saguenay, arrivée à Montréal depuis deux ans, la mode des lutins joueurs de tours s’impose comme une nouvelle tradition de Noël auprès des enfants du Québec. Et cela ne fait pas plaisir à tous les parents.

Importée du Saguenay, arrivée à Montréal depuis trois ans, la mode des lutins joueurs de tours s’impose comme une nouvelle tradition de Noël auprès des enfants du Québec. Et cela ne fait pas plaisir à tous les parents.

Leurs petits visages de plastique à l’air haïssable ornent par dizaines de milliers les étagères des Jean Coutu, Walmart, Canadian Tire et même de certains détaillants RONA.

«Si vous n’avez pas entendu parler des lutins de Noël ou de la chasse aux lutins, c’est probablement parce que vous n’avez pas de jeunes enfants à l’école où c’est la grosse mode», s’exclame Mariève Paradis, fondatrice et rédactrice en chef du magazine d’affaires parentales Planète F.

À cause des réseaux sociaux, cette mode a conquis les foyers québécois à une vitesse fulgurante.

«Ça se propage, c’est viral, dit une mère excédée interrogée par Le Journal. Mon fils a des pressions à l’école de la part de ses amis qui lui parlent de leurs satanés lutins. C’est comme si on était obligé d’embarquer.»

Cher et compétitif

La mode des lutins déplaît à certains parents, notamment pour des raisons économiques.

Quelques modèles de lutin se détaillent une dizaine de dollars, mais des modèles plus luxueux avoisinent les 100$.

«Non seulement ça finit souvent par coûter cher, les lutins, mais c’est une corvée de plus pour les parents et ça aggrave le stress de Noël, déplore Mme Paradis. Les gens s’embarquent dans une compétition de publications de photos de tours de lutins. Entre enfants, cela débouche sur un concours pour savoir qui a le lutin le plus rigolo, le plus original ou généreux.»

À l’école

Des écoles primaires font maintenant fabriquer à leurs élèves des «pièges à lutins» dans les cours d’art plastique.

«Avec l’école qui s’y met, ça devient impossible d’échapper à cette mode, déplore Émilie Villeneuve, une jeune mère montréalaise de deux enfants. Malgré la pression des commerçants, des enseignants, des petits voisins et des camarades, je dis NON. Les maudits lutins n’entreront pas chez moi!»

Sur les réseaux sociaux, plusieurs parents partagent la hargne de Mme Villeneuve contre la horde de bonnets verts qui déferle sur le Québec.

Pour couper toute envie de lutin à leur progéniture, certains utilisent des analogies apeurantes.

«Je connais un homme qui a refroidi les ardeurs de ses enfants en comparant la face des lutins à celle de Chucky, la poupée possédée commet des meurtres atroces au cinéma», raconte Élisabeth Rouseau, une Montréalaise qui déplore, pour sa part, la tournure «commerciale» que prend le phénomène.

Nés au Lac-Saint-Jean

Inventé en 2008 par Régis Tremblay, un résidant de Metchabetchouan qui voulait amuser ses petits enfants, le jeu de la chasse aux lutins a fait boule de neige.

Depuis ses débuts modestes, la mode s’est propagée partout au Québec. Certains parents sont très enthousiastes. Des sites de partage de photos comme Pinterest et des dizaines de groupes Facebook existent pour donner aux parents des idées de «tours de lutins» ou de farces pendant les nuits.

Pour la magie

Pendant que certains parents grinchent contre les lutins, d’autres en font la promotion presque bénévolement.

Deux mères de Saint-Roch-de-l’Achigan ayant une page Facebook appelée «Lutin de Noël 2014» offre pour 6 $ (frais postaux compris) des cartes postales artisanales personnalisées illustrées écrites à l’envers – pour jouer un tour – et signées par un lutin qui annonce son arrivée imminente.

«On ne fait pas d’argent avec ça pour l’effort qu’on y met, mais on veut contribuer à la magie des lutins!» expliquent celles qui ont envoyé une cinquantaine de ces cartes cette année.

«Dès qu'Estelle a vu l'enveloppe, elle était très impatiente de l'ouvrir, raconte Josiane Cossette, mère d’une fillette de 3 ans qui a reçu une de ces lettres. Elle savait d’instinct que ça venait de Gadou (son lutin). On l'a ouverte ensemble et on l'a lue avec un miroir portatif. Elle était émerveillée, poussait des Oh et des Ah! Il suffit de peu de choses pour créer beaucoup d'enthousiasme, surtout avec l'approche des fêtes.»

Les règles du jeu

Les régles sont simples.

1. Les enfants fabriquent un piège à lutins (habituellement un sac) et préparent des galettes à lutin.

2. À la première neige, ils disposent le piège et l’appât dehors. Pendant la nuit, un pantin de lutin se fait prendre dans le sac. On l’installe alors à la maison.

3. Le lutin a des mœurs particulières. Immobile le jour, le lutin s’active pendant la nuit pour «jouer des tours» ou déplacer des objets. Au réveil, l’enfant a la surprise de voir ce que son lutin a fait et il en parle à ses amis.