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« Docteur, je veux du Ritalin »

Les adultes à réclamer une ordonnance sont très nombreux

Dre Marie-Ève Morin, spécialiste en toxicomanie
Photo le Journal de Montréal, Isabelle Maher La Dre Marie-Ève Morin, spécialiste en toxicomanie, s’étonne de voir «des gens vouloir être malades». Il y a un engouement pour le TDAH, ce qui peut entraîner beaucoup de faux diagnostics, déplore-t-elle.

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Afin d’être plus performants et moins fatigués, des adultes ont recours au Ritalin, qu’ils souffrent ou non du TDAH. Une pratique inquiétante, selon des spécialistes qui sonnent l’alarme.

Un homme se présente un peu trop fréquemment à la pharmacie pour renouveler l’ordonnance de Ritalin de son fils. Confronté par la pharmacienne, le père finit par avouer qu’il utilise le médicament de son enfant pour son usage personnel.

«C’est arrivé à l’une de nos membres. Évidemment, on est vigilant là-dessus», assure Bertrand Bolduc, le président de l’Ordre des pharmaciens du Québec.

Dès qu’ils éprouvent des problèmes de sommeil, de stress, d’impulsivité ou de concentration, certains adultes croient un peu trop facilement qu’ils sont atteints d’un trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Dans certains cas, ils vont même jusqu’à le souhaiter.

«Les gens veulent se faire diagnostiquer un TDAH parce qu’ils veulent se faire dire qu’ils ont besoin de médicaments», observe la Dre Marie-Ève Morin, spécialiste en toxicomanie.

«C’est la première fois que je vois des gens vouloir être malades. Il y a un engouement pour cette maladie, ce qui peut entraîner beaucoup de faux diagnostics», craint-elle.

Masquer la fatigue

Les études rapportent que 5 % à 8 % des enfants et 4 % de la population adulte souffriraient de TDA ou TDAH. Ceux qui prennent du méthylphénidate (Ritalin, Concerta ou Vyvanse) ne sont pas toujours ceux qui le devraient.

«Les gens font un mauvais usage du médicament pour masquer leurs symptômes de fatigue et continuer d’avoir une vie à l’envers sans que ça paraisse. Mauvaise idée! Ils vont finir par tomber au combat», prévient Annick Vincent, psychiatre spécialiste du TDAH chez les adultes et les adolescents.

Également auteure de deux ouvrages et de nombreuses conférences sur le TDAH, la psychiatre affirme que seulement 10 % des adultes atteints arrivent à obtenir des services.

«Ce qui explique aussi pourquoi certains prennent le Ritalin du voisin, qu’ils en aient besoin ou pas. Bref, consultez!» ajoute-t-elle.

La techno surstimulante

Fait à noter disent les médecins, une personne dont le cerveau surstimulé par les nouvelles technologies et incapable de maintenir sa concentration peut sembler souffrir d’un déficit d’attention. Ces jouets ont également un impact important sur le sommeil.

«N’importe qui qui est en déficit de sommeil peut répondre OUI à tous les symptômes d’une personne qui souffre d’un déficit d’attention», prévient la Dre Morin.

9 questions pour dépister le TDAH chez l’adulte
Ce court questionnaire permet de faire une évaluation rapide de la situation, sans pour autant être utilisé pour établir un diagnostic.
Est-ce que vous...
1- Prenez des décisions de façon impulsive?
2- Avez du mal à cesser une activité au moment où vous devez le faire?
3- Commencez des projets ou des tâches sans lire ou écouter les instructions?
4- Ne tenez pas toujours vos promesses?
5- Avez du mal à faire les choses dans l’ordre qui convient?
6- Conduisez trop vite?
7- Êtes facilement distrait par des stimuli externes?
8- Avez de la difficulté à rester attentif dans le cadre de vos activités ludiques?
9- Avez souvent de la difficulté à organiser vos tâches?
Source: Jones & Barlett Learning 2009

Des risques pour le cerveau
 
Prendre un psychostimulant tel que le Ritalin sans en avoir réellement besoin pourrait avoir des effets néfastes sur la plasticité du cerveau.
 
C’est ce qu’affirment des chercheurs de l’Université du Dela­ware et de l’Université de Philadelphie dans une étude publiée en mai dernier.
 
«Les personnes qui ne sont pas atteintes du TDAH courent le risque de dépasser la dose optimale et s’exposent à des effets dommageables», observe la psychiatre Annick Vincent, qui a pris connaissance de l’étude.  
 
Les chercheurs américains mettent en lumière les effets nocifs potentiels de l’exposition aux stimulants chez les personnes en bonne santé. Il y a un prix à payer pour ces performances, en particulier chez les jeunes et les adolescents, expli­quent-ils. 
 
Popularité
 
Les médicaments visant l’amélioration de la performance cogni­tive affectent les circuits d’apprentissage et de la mémoire, décrit l’étude.
 
L’utilisation non médicale de stimulants prescrits tels que le méthylphénidate (Ritalin, Concerta) et l’utilisation illici­te de psychostimulants pour l’amé­lio­­ration cognitive est récemment devenue populaire chez les adolescents et les jeunes adultes dans les éco­les et les campus, obser­vent les chercheurs.
 
«Le Ritalin est une solution de facilité au Québec et on en fait un très mauvais usage», déplore Mohamed Ben Amar, professeur de pharmacologie à l’Université de Montréal.