/misc
Navigation

À l'école, c'est la qualité qui compte!

Visite du collège Régina Assumpta
Photo d’Archives

Coup d'oeil sur cet article

Il y a des débats qui sont émotifs. Lorsqu'on utilise un fait dans un débat émotif sans le contextualiser, il y a des gens qui peuvent tirer des conclusions érronnées à partir de ce fait. Le cas de la taille des classes est un exemple flagrant. En éducation, la taille des classes n’est pas une variable déterminante sur la performance scolaire. Plus précisément, les études ont tendance à ne pas observer un effet statistique observable positif ou négatif.  Lorsque les études découvrent qu’il y a un effet statistique, l’ampleur de cet effet est minime relativement aux autres variables en jeu.  Cependant, faire cette admission n'établit aucun jugement sur l'état actuel des choses. Alors, faisons l'effort pédagogique de créer le contexte à partir de la litérature scientifique. 

Des variables non-significatives

En fait, il y a plusieurs variables qui sont – de manière surprenante – absolument peu importantes. Le montant dépensé par écolier n’a pas une incidence appréciable sur les réalisations scolaires ni même si  sur le succès socio-professionnel d’une personne au cours de sa vie. L’économiste Erik Hanushek a bien documenté ceci dans une série d’articles publiés dans la revue spécialiste de l’éducation – Economics of Education Review (voir ici, ici, ici et ici et voir aussi ces articles ici et ici qui ne sont pas par Hanushek). Non seulement le montant dépensé ne semble pas avoir d’effets, mais le niveau de scolarité des enseignants a un effet statistique positif mais d’une petite amplitude et avec des discontinuités importantes dans l’effet (l’effet de l’éducation est particulièrement fort chez les plus jeunes et après un certain temps, le niveau d’expérience des enseignants a un effet statistique plus fort). 

La variable pertinente : la qualité

Toutefois, la variable qui compte le plus, c’est la qualité du corps enseignant. La qualité de l’enseignement ne se mesure pas au nombre de dollars dépensés par enfant.  Plutôt, la qualité de l’enseignement se mesure par le « feedback » offert, le tutorat, le temps d’instruction offert, l’utilisation de méthodes interactives d’enseignement et la participation communautaire des parents (voir ces études ici et ici et ici et ici  et aussi cet article du Journal of Urban Economics qui montre l'importance des communautés religieuses dans l'amélioration de l'éducation pour les familles pauvres). En fait, les mesures de la qualité de l’enseignement sont toutes supérieures en termes d’effets aux variables de la taille des classes, du montant dépensé et du niveau de scolarité de l’enseignant. Et l’ampleur de ces effets grandit au fur et à mesure que l’expérience de l’enseignant augmente. 

Considérant ces études qui viennent directement de millions de salle de classe à travers plusieurs pays et des statistiques de milliers de comtés, états, provinces et districts, il semble que l’approche des libéraux ne causera pas des problèmes majeurs. Cependant, admettre l’absence d’effets pervers n’implique pas la présence d’effets positifs. Personnellement, je doute que la réforme libérale améliorera les choses (mais, elle ne les dégradera pas). Toutefois, on peut se questionner sur pourquoi les libéraux proposent une réforme esthétique du système d’éducation au Québec?  

La qualité ne dépend pas principalement  de l'argent qu'on investit

En fait, la qualité de l’éducation ne dépend pas principalement des ressources qu’on y investit mais plutôt de l’organisation de celles-ci. L’une des variables de la qualité que j’ai mentionné plus tôt, le temps d’instruction, est très fortement corrélée avec la performance scolaire et les résultats de long terme de l’enfant. Toutefois, c’est au Québec qu’on force les enseignants à passer le moins de leur temps travail total à l’enseignement. En effet selon l’indicateur D.3.2.2 de Statistique Canada, les professeurs québécois sont ceux qui travaillent le plus longtemps au Canada (1280 heures). Cependant, ce sont ceux qui passent le moins de temps en classe au Canada – tout juste 600 heures. Ainsi, on gaspille la moitié du temps que les professeurs offrent sur autre chose que l’enseignement.  Par conséquent, la totalité du nombre d’heures d’instruction que recevra un enfant québécois sera inférieur à la moyenne canadienne. Ceci signifie qu’une année d’éducation au Québec n’a pas la même valeur qu’une année d’éducation ailleurs au Canada (voir indicateur D.1.1.) Si les libéraux voulaient faire une réforme pertinente, s’attaquer aux tâches non-enseignantes du corps professoral serait un bon point de départ.

Une autre variable pertinente sur la qualité des enseignants c’est la capacité des écoles de licencier et d’embaucher des enseignants. Une réforme pertinente serait de trouver des manières d’autonomiser les écoles afin d’en faire des entités libres qui se concurrencent les enfants à l’intérieur d’un réseau financé publiquement. En laissant plus de lousse aux écoles, les enseignants et les directions pourront établir leurs propres approches pour satisfaire la population de parents qui ont choisi leurs services. Si un professeur effectue un travail décevant et que certains parents quittent cette école pour aller ailleurs, la subvention suivra le choix des parents. Éventuellement, l’école devra agir et améliorer la qualité du corps professoral. Les mauvais professeurs seraient rapidement éliminés et tous les jeunes professeurs qui attendent depuis des années qu’un poste se libère pourront tenter leur chance. En fait, une école (grâce à son autonomie) pourrait créer un programme sur mesure pour ses besoins de rémunération incitative des enseignants. Ceci augmenterait aussi la qualité de l’enseignement. Face à de telles pressions, les écoles couperaient aussi probablement dans la lourdeur administrative (les commissions scolaires ne seraient plus nécessaires dans un tel système d'autonomisation qui conserve le caractère de financement public et le ministère de l'éducation serait beaucoup moins gros).  Au final, les montants dépensés seraient plus efficaces et la charge de travail des enseignants serait redirigé vers l'enseignement et les enseignants restants seraient les meilleurs! 

Conclusion

Avec de telles réformes, on réussit à augmenter la qualité de l’éducation en réduisant les dépenses publiques. Cependant, les réformes proposées par le parti libéral ne sont même pas proches d’arriver à une telle réorganisation des ressources présentement gaspillées dans le domaine de l’éducation. On doit être honnête et admettre que leurs réformes ne changeront absolument rien de significatif, mais on doit reconnaître qu’elles ne changeront absolument rien  - donc aucune amélioration de la situation tragicomique de l’éducation pré-collégiale au Québec. Après tout le Québec est toujours le champion du décrochage au Canada - pas juste pour les élèves mais pour les enseignants aussi. Si vous voulez "fesser" sur Yves Bolduc, il y a des milliers de bonnes raisons de le faire (plusieurs sont présentes dans cet article), mais ayez la dignité de reconnaître les faits. Sinon, vous êtes exactement comme les spin-doctors des partis politiques.