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Un pilote jordanien capturé par l'Etat islamique en Syrie

Airstrikes in Syria
Photo US Air Force / Archives / AFP

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Beyrouth | Le groupe État islamique (EI) a abattu mercredi pour la première fois un avion militaire de la coalition anti-jihadiste en Syrie et capturé son pilote, trois mois après le début des frappes dans ce pays.

La Jordanie a confirmé que l’un de ses appareils était «tombé» lors «d’une mission militaire menée par plusieurs avions de l’armée de l’air contre les repaires de l’organisation terroriste EI dans la région syrienne de Raqa».

«Le pilote a été pris en otage», a précisé une source du commandement général des forces armées jordaniennes citée par l’agence jordanienne Petra.

La branche de l’EI à Raqa, «capitale» du groupe extrémiste qui contrôle de larges pans de territoire en Irak et en Syrie, a publié sur des sites jihadistes des photos montrant des combattants entourant le pilote capturé, un sous-lieutenant de 26 ans.

Selon ces images, l’avion abattu est vraisemblablement un F-16.

Sur l’une des photos, on voit le pilote, vêtu seulement d’une chemise blanche, porté par quatre hommes qui le sortent d’une étendue d’eau. Une autre le montre à terre, encerclé par une douzaine d’hommes armés, dont certains affichent leur satisfaction.

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a exprimé son inquiétude et a demandé à ses ravisseurs «de traiter le pilote selon les règles du droit humanitaire international».

L’EI a indiqué avoir utilisé un missile sol-air muni d’un détecteur infrarouge qui permet au missile de s’accrocher à une source de chaleur, en l’occurrence le réacteur d’un avion.

Le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, a estimé que ce missile était «vraisemblablement de fabrication russe et pris aux rebelles».

D’après Eliot Higgins, un expert balistique du conflit, l’EI possède des missiles de fabrication russe et chinoise, dont le plus répandu est le Sam-7 russe qui se porte à l’épaule.

Le jeune pilote est sorti de l’école de l’armée de l’air Roi Hussein et s’est marié il y a peu, selon le site jordanien Saraya, généralement bien informé.

Son père, Youssef al-Kassabeh, a indiqué que le chef de l’armée de l’air lui avait assuré que le roi Abdallah II suivait attentivement les efforts menés pour sauver la vie de son fils.

«Je demande au roi de faire revenir mon fils et j’espère que Dieu distillera de la pitié dans le coeur de Daech (acronyme en arabe de l’EI) pour le libérer», a-t-il ajouté.

Nael Moustafa, un militant présent à Raqa, a affirmé à l’AFP via internet que les jihadistes étaient divisés sur le sort de l’otage. «Les Tchétchènes veulent sa mort mais les Irakiens veulent le maintenir en vie. Depuis un certain temps, il existe des dissensions entre eux sur qui doit avoir le commandement», a-t-il dit.

Selon lui, la décision sera prise par le Conseil consultatif, où sont représentées toutes les nationalités.

Six enfants tués en Syrie

Ailleurs en Syrie, 10 personnes dont six enfants ont été tuées alors qu’elles quittaient Zabdine, une ville tenue par les rebelles au sud-est de Damas, pour gagner une zone tenue par le régime selon l’OSDH, qui n’a pas précisé l’origine des tirs.

La coalition menée par les États-Unis a annoncé avoir mené 10 frappes en Syrie mercredi et sept en Irak.

Les raids anti-jihadistes ont débuté le 23 septembre en Syrie, un mois et demi après le lancement de la campagne en Irak. En Syrie, ils ont tué plus d’un millier de jihadistes, selon l’OSDH, et permis de faire reculer l’EI dans la ville kurde de Kobané (nord).

Outre les États-Unis et la Jordanie, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Bahreïn participent aux frappes en Syrie. L’Australie, la Belgique, la Grande-Bretagne, le Canada, le Danemark, la France et les Pays-Bas prennent part aux côtés des Américains aux raids en Irak.

Dans ce pays, un kamikaze a tué mercredi 26 miliciens luttant contre l’EI, selon des responsables.

L’attaque a fait aussi 56 blessés au sud de Bagdad, où des membres des milices anti-jihadistes Sahwa étaient rassemblés pour toucher leurs salaires.

Elle n’a pas été revendiquée mais les attentats suicide sont généralement menés par des jihadistes sunnites, notamment de l’EI.

Par ailleurs, à Kirkouk (nord), un homme a tué par balles le chef du contre-terrorisme de la province éponyme, selon un officier et un médecin.

Washington ne peut pas confirmer

Les États-Unis n’étaient mercredi pas en mesure de dire si l’avion militaire jordanien tombé en Syrie avait été abattu par les insurgés ou si une panne avait provoqué sa chute.

La coalition qui se bat contre le groupe État islamique est en train d’enquêter sur les causes de l’incident survenu dans la région de Raqa (nord) et est préoccupée par le sort du pilote, mais «on ignore encore si l’appareil a rencontré une panne ou s’il a été touché par des tirs ennemis», a déclaré à l’AFP un responsable américain sous couvert d’anonymat.

Il a toutefois admis que le pilote du F-16 était effectivement retenu en otage, comme l’a annoncé une source du commandement général des forces armées jordaniennes citée par l’agence jordanienne Petra.