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Paraît que «le vent se lève»...

Paraît que «le vent se lève»...
Photo Joël Lemay, Agence QMI

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Je sais que certains ont rigolé mais était-ce vraiment drôle?

Quand Pierre Karl Péladeau a annoncé sa candidature à Saint-Jérôme, Bernard Landry s’est exclamé sur un ton théâtral: «Le vent se lève»...

C’était peut-être la présence de Nicole Léger sur scène qui lui avait inspiré cette métaphore météo mais le vent, il me semble, ça fait un sacré bout de temps qu’il s’est épuisé avec nos illusions.

Ce vent étant ici un mouvement populaire, un désir imparable, une volonté invincible, de préférence populaire, de faire l’indépendance du Québec.

Peut-être qu’avec Mme Léger ou Harold Lebel, peut-être qu’avec Rémy Trudel à RDI et d’autres alliés ici et là, peut-être qu’ainsi M. Péladeau réussira-t-il là où des géants comme Jacques Parizeau et Lucien Bouchard ont échoué.

C’est en 2015 qu’on verra ce qu’il a dans le ventre, le député de Saint-Jérôme. Diriger une entreprise c’est plus facile que diriger un gouvernement. Le Québec n’est pas la Nouvelle-Écosse.

La Belle province, qui se la joue scandinave depuis cinquante ans, croit pouvoir continuer sur la voie paisible du bonheur à crédit; le renoncement ne sera pas facile...

Mais bon, l’année 2015 promet d’être festive : une crise sociale, second chapitre du printemps 2012, sera orchestrée par les mêmes professionnels; PKP sera élu chef du PQ et Stephen Harper affrontera Mulcair et Trudeau.

2015 marquera aussi l’anniversaire de la défaite du OUI, ou de la victoire du NON, c’est selon. Dans quelques mois, le NON aura 20 ans!

Le temps passe tellement vite qu'on finit par tout oublier... Mais pas tout à fait...

1995, c’était vraiment quelque chose. Et quand on invoque aujourd’hui le «vent» qui se lève, ceux qui ont connu l’effervescence de jadis ne peuvent s’empêcher de regarder au ciel... pendant qu'applaudit Pascal Bérubé.

Ça me fait penser à un très beau livre que Victor-Lévy Beaulieu m’avait fait parvenir, il y a dix ans. Un livre pesant, intitulé «Le pays en mots dits», pour ceux qui veulent savoir ce qui se passe quand le «vent» se lève.

Des textes de tout un chacun dont un discours de Lucien Bouchard, prononcé dans un parc de Montréal, le lundi 9 octobre 1995. Un discours pas compliqué, pas ampoulé, des paroles directes, franches, au peuple. Des mots qui frappaient autrement plus que ceux d’aujourd’hui; la vacuité est à la mode...

Un passage est toujours à propos et fera sans doute réfléchir ceux qui croient que PKP pourrait marcher sur les eaux mortes de notre confort collectif sans s’y abîmer.

M. Bouchard invoque le référendum de 1980; il explique l’échec de René Lévesque, et un peu plus...

«On n’a pas mis l’impulsion du peuple en arrière de cet homme. Cessons de croire qu’un homme, un individu, une personne peut suppléer à l’absence de volonté collective»...

Je signale que, chez nous, une personne sur cinq seulement considère l’ambition comme une qualité... Ça ne rend pas les choses faciles à ceux qui ambitionnent de faire du Québec un pays. Ici, le pays cède le pas au party...

Un autre livre me semble essentiel: La République québécoise, avec, en sous-titre : hommage à une idée suspecte.

L'auteur, Marc Chevrier, nous fait comprendre comment on en est arrivé là, dans cette impasse, dans un tel cul-de-sac; chez l'une des sociétés les plus égalitaires au monde, les seules voies que l’on entende vraiment sont celles réclamant encore et toujours plus de «justice sociale», de «partage», de «solidarité». La patrie, on l'a tout simplement perdue de vue. Au bénéfice de quoi? De qui?

Les diacres invisibles de l'église «progressiste» tolèrent sur les plateaux de télé une «minorité d’irréductibles indépendantistes» servant leurs intérêts en faisant croire, depuis vingt ans, que le pays n’est pas tout à fait perdu, que cette idée n'est pas vraiment morte puisqu’on en parle toujours...

2015 sera-t-elle celle de la grande désillusion? Le «vent» se lèvera-t-il encore une fois au profit d'une minorité privilégiée? Restera-t-on encore et toujours centrés collectivement sur leurs besoins?

Le temps passe; une année de moins, une année de plus. Et augmentent ainsi les risques de «repli sur notre petitesse», comme disait Groulx il y a longtemps.