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Liberté d’expression 101

La question est souvent posée ainsi: certes, l’attentat est odieux, mais Charlie Hebdo ne l’aurait-il pas néanmoins cherché?
Photo AFP La question est souvent posée ainsi: certes, l’attentat est odieux, mais Charlie Hebdo ne l’aurait-il pas néanmoins cherché?

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Si l’attentat contre Charlie Hebdo soulève une indignation généralisée, il dévoile aussi des ruptures profondes dans nos sociétés. L’une d’entre elles touche notre conception de la liberté d’expression. La question est souvent posée ainsi: certes, l’attentat est odieux, mais Charlie Hebdo ne l’aurait-il pas néanmoins cherché? En caricaturant Mahomet, en le tournant en ridicule, n’a-t-il pas provoqué la riposte des islamistes?

Si l’attentat contre Charlie Hebdo soulève une indignation généralisée, il dévoile aussi des ruptures profondes dans nos sociétés. L’une d’entre elles touche notre conception de la liberté d’expression. La question est souvent posée ainsi: certes, l’attentat est odieux, mais Charlie Hebdo ne l’aurait-il pas néanmoins cherché? En caricaturant Mahomet, en le tournant en ridicule, n’a-t-il pas provoqué la riposte des islamistes?

Le simple fait de poser cette question témoigne d’une démission intellectuelle et morale effrayante. Elle consiste à reconnaître aux fanatiques le droit de dire de quelle manière on peut ou non rire de leur religion. Étendons cette logique: si chaque religion ou chaque groupe parvient à mettre ses dogmes à l’abri de l’humour abrasif, nous assisterons simplement à l’extension de la censure.

Faut-il distinguer la moquerie du mépris? Non. Il y a un droit fondamental en Occident à exprimer ses idées, ses opinions, ses convictions. Il n’y en a pas à voir ses convictions obligatoirement respectées. Je constate qu’aujourd’hui, certains pensent rigoureusement le contraire. Au nom de l’ouverture à l’Autre. Cet Autre imaginaire doit commencer à en avoir marre qu’on lui fasse porter la responsabilité de tant d’idées sottes.

Libre examen

La modernité occidentale est fondée sur le libre examen de toutes les croyances. Évidemment, pour le croyant, la critique ou la caricature peut blesser. C’est le prix à payer pour vivre en démocratie. On accepte peu à peu de voir ses convictions heurtées et, sans qu’on s’en amuse, on le dédramatise. On renonce à imposer sa vision du sacré aux autres. On accepte même que nos convictions les plus intimes soient caricaturées par nos adversaires.

Mais cette question est peut-être bien abstraite. Pour la poser concrètement, il faut poser celle du rapport entre l’Islam et l’Occident. Qu’on le veuille ou non, le premier s’adapte moins aisément au second que les nounours officiels veulent bien le reconnaître. Mais aujourd’hui, le simple fait de mentionner l’Islam ou même l’islamisme vous vaut une accusation d’islamophobie. Ce mot, on le jette à la figure d’une personne pour ne plus entendre ce qu’elle a à dire.

Le vocabulaire

Car une partie de nos élites craint moins l’islamisme que «l’islamophobie» qu’il susciterait. D’ailleurs, nous avons développé tout un vocabulaire pour éviter de nommer, de questionner l’isla­misme. On parle de terroristes et non pas de terroristes islamistes. On parle des fous de Dieu, et non pas de fous d’Allah. On parle d’individus radicalisés et non pas d’individus fanatisés par l’islamisme. Autrement dit, nos élites ont la trouille.

J’en reviens à l’essentiel: on se demandera s’il ne faut pas éviter de heurter les sensibilités religieuses de chacun. Je pense exactement le contraire. C’est ainsi qu’on les désensibilisera. Rien ne devrait m’obliger à me soumettre aux caprices des adorateurs d’un Dieu ou d’un autre. La liberté d’expression ne devrait pas être celle de chuchoter ses réflexions discrètement dans son salon, mais de critiquer ce qu’on veut, comme on le veut, sans risquer une balle au front.