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Des mosquées et des écoles entre les mains des islamistes

Un manifestant fait le signe des Frères musulmans avec sa main levée, au Caire, en Égypte. L’ISNA et l’AMC ont de nombreux liens avec l’organisation internationale.
Photo d'archives Un manifestant fait le signe des Frères musulmans avec sa main levée, au Caire, en Égypte. L’ISNA et l’AMC ont de nombreux liens avec l’organisation internationale.

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Ensemble, l’Association musulmane du Canada (AMC) et l’Islamic Society of North America (ISNA) détiennent des propriétés abritant sept lieux de culte et quatre écoles privées à Montréal, Sherbrooke et Trois-Rivières. Les deux organisations attirent l’attention des autorités, et notre Bureau d’enquête a trouvé de la propagande intégriste dans deux mosquées qu’abrite l’ISNA.

Deux réseaux islamistes soupçonnés de financer des groupes terroristes sont devenus les plus importants propriétaires d’immeubles abritant des mosquées et des écoles musulmanes au Québec, a découvert notre Bureau d’enquête.

Ensemble, l’Association musulmane du Canada (AMC) et l’Islamic Society of North America (ISNA) détiennent des propriétés abritant sept lieux de culte et quatre écoles privées à Montréal, Sherbrooke et Trois-Rivières. Les deux organisations attirent l’attention des autorités, et notre Bureau d’enquête a trouvé de la propagande intégriste dans deux mosquées qu’abrite l’ISNA.

Les écoles primaires occupant les locaux de ces organismes ont reçu plus de 5 M$ en subventions du ministère de l’Éducation du Québec, des années scolaires 2009-2010 à 2012-2013.

L’AMC a acquis ses deux derniers immeubles il y a quelques mois seulement, dont son plus vaste, dans le centre-ville de Montréal, payé 4,7 M$.

À Québec, l’Association n’est pas propriétaire, mais loue un local pour sa mosquée du quartier Saint-Roch.

Les amis douteux de l’AMC

Selon des documents de cour produits par la GRC, l’AMC a donné près de 300 000 $ à l’International Relief Fund for the Afflicted and Needy-Canada (IRFAN).

En 2011, Revenu Canada a révoqué le statut d’œuvre de bienfaisance de cet organisme, puis le fédéral l’a déclaré organisation terroriste l’an dernier. Il reproche à l’IRFAN d’avoir envoyé 14,6 M$ au Hamas entre 2005 et 2009.

Le Hamas, un autre groupe terroriste selon Ottawa, vise la libération de la Palestine de l’occupation israélienne et l’instauration d’un gouvernement islamique.

Malgré son interdiction, la GRC dit avoir aperçu en mars dernier un collecteur de fonds de l’IRFAN sortir des bureaux de l’AMC, dans Cartierville. Il avait en main une enveloppe jaune au contenu inconnu, comme l’a révélé La Presse en décembre dernier. L’AMC se réclame de l’idéologie des Frères musulmans et de son fondateur, l’Égyptien Hassan Al-Banna.

Le manifeste de cet imam, rédigé en 1936, ferait frémir tout démocrate: il prône l’application de la loi islamique (charia), la censure de la musique et de la littérature, un parti unique islamiste et l’interdiction pour une célibataire de fréquenter un homme, seule.

Pas de réponses

Les messages que nous avons laissés au siège social de l’AMC, à Mississauga en Ontario, sont restés sans réponse.

Quant à l’ISNA, Revenu Canada a retiré à sa filiale de collecte de fonds son statut d’œuvre de bienfaisance, en 2013. Le fisc lui reproche d’avoir acheminé 280 000 $ au Jamaat-e-Islami.

Le bras armé de cette organisation pakistanaise, Hizbul Mujahideen, est reconnu comme organisation terroriste par l’Union européenne. Il vise l’instauration d’un État islamique dans le Cachemire indien.

En outre, des documents du FBI mentionnent que la maison mère américaine de l’ISNA est une création des Frères musulmans et a contribué à financer le Hamas.

«Pas vos affaires!» dit l’ISNA

Interrogé à ce sujet, le secrétaire général de l’ISNA, Abdallah Idris Ali, a simplement répondu: «Ce n’est pas vos affaires!»

Quant à Lazhar Aissaoui, directeur de l’école Dar Al-Iman et trésorier de l’AMC au Registre des entreprises du Québec, il refuse de répondre à nos questions.

Selon Revenu Canada, l’Association détient des propriétés d’une valeur totale de 31 M$ au pays. Notre Bureau d’enquête en a trouvé pour 14,5 M$ au Québec. Quant à l’ISNA, elle confie ses immeubles à une filiale, la Canadian Islamic Trust Foundation. Cet organisme possède un actif immobilier de 10 M$ à travers le pays, dont 3,3 M$ dans la province.

Les écoles musulmanes et la mosquée de Montréal n’ont pas souhaité s’exprimer. Le secrétaire général de l’ISNA assure que l’organisation n’a plus d’actifs au Québec, ce que contredisent les documents officiels.

Parmi la centaine de mosquées du Québec, la plupart sont détenues par des organisations locales de fidèles.


À NE PAS CONFONDRE

Musulmans: Adeptes de l’islam, religion basée sur le Coran, révélée par Mahomet.
 
Fondamentalistes: Adeptes d’une application stricte de l’islam en référence directe au Coran.
 
Islamistes: Adeptes des mouvements radicaux de l’islam, qui en font non seulement une religion, mais aussi un projet politique, souvent opposé à la démocratie parlementaire et à l’égalité des femmes.
 
Intégristes: Croyants qui, au nom du respect intransigeant de la tradition, refusent toute évolution.

Djihadistes: Intégristes islamistes qui recourent au terrorisme en se réclamant de la notion de «djihad», soit un «effort sur le chemin de Dieu».

Terroristes: Individus qui utilisent la violence pour créer de l’insécurité, faire du chantage auprès d’un gouvernement ou favoriser la haine à l’égard d’un groupe de personnes.

DEPUIS 12 ANS, L’AMC A MULTIPLIÉ LES ACQUISITIONS À MONTRÉAL

En 2002, l’Institut canadien de l’enseignement de la langue arabe Dar Al-Iman lui lègue son immeuble dans Saint-Laurent.

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Prix payé: 0 $

En 2006, l’AMC achète un immeuble d’une secte chrétienne dans Cartierville. Elle y installe le Centre communautaire Laurentien et ses bureaux québécois.

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Prix payé: 1 M$

En 2008, l’AMC achète aussi un immeuble à Villeray pour y aménager le Centre culturel Abu Bakr Siddique et sa mosquée.

 

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Prix payé: 868 000 $

En 2008: achat de l’ancien immeuble de l’école privée française Charles-Perreault. L’Association y exploite elle-même une école secondaire musulmane, à Pierrefonds.

 

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Prix payé: 1,45 M$

En 2012, la Légion royale canadienne vend à l’AMC son Great Memorial Hall, érigé à la mémoire des soldats canadiens. L’Association y aménage un centre culturel et une mosquée, à Verdun.
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Prix payé: 950 000 $

En 2014, Dekis Trading and Investment donne à l’AMC une propriété voisine de ses bureaux québécois, où se trouve la mosquée Al-Rawdah, à Cartierville.
 
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Prix payé: 0 $

En 2014, l’Association fait sa plus grosse transaction, pour un immeuble de six étages dans le centre-ville. Elle compte y aménager l’Institut canadien de civilisation islamique, avec une bibliothèque.
 
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Prix payé: 4,7 M$


L’ISNA, PROPRIÉTAIRE DEPUIS 1982 PAR L'ENTREMISE DE LA CANADIAN ISLAMIC TRUST FOUNDATION (CITF)

En 1982, l’ancêtre de l’ISNA, la Muslim Students Association, achète un quadruplex à Trois-Rivières et y aménage une mosquée. La CITF le rachète en 1990 pour 1 $.
 
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Prix payé à l’origine: 31 000 $

En 2000, l’Association culturelle islamique de l’Estrie donne à la CITF l’immeuble abritant sa mosquée, à Sherbrooke.
 
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Prix payé: 0 $

En 2006, la mosquée de Montréal «vend» à la CITF, pour un dollar symbolique, ses deux écoles et son lieu de culte, dans Notre-Dame-de-Grâce. En principe, la mosquée de Montréal en a gardé la gestion, mais, en 2013, les deux parties ont signé un contrat pour régler d’éventuels conflits. Ce contrat précise qu’en cas de différend, un arbitrage islamique aura lieu en vertu des lois de l’Ontario, où est installé le siège social de la CITF.
 
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Un manifestant fait le signe des Frères musulmans avec sa main levée, au Caire, en Égypte. L’ISNA et l’AMC ont de nombreux liens avec l’organisation internationale.
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Prix payé: 1 $


UNE FAÇON D’INFLUENCER LES MUSULMANS

 

Wael Saleh : Spécialiste des Frères musulmans
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Wael Saleh : Spécialiste des Frères musulmans

En tant qu’antennes locales des Frères musulmans, détenir des écoles et des mosquées est primordial pour l’Association musulmane du Canada et l’Islamic Society of North America, selon un spécialiste des mouvements islamistes à l’Université de Montréal.

«Un de leurs principaux objectifs est de monopoliser l’espace public musulman pour devenir l’unique porte-parole de cette religion», dit Wael Saleh.

Cette infiltration dans les communautés de croyants a tout pour inquiéter, selon lui.

«Les Frères sont considérés par beaucoup de chercheurs comme le berceau des mouvements religieux terroristes.»

«Très dangereux»

Le fondateur du Congrès maghrébin du Québec fait lui aussi une mise en garde contre les organisations proches des Frères.

«Ils ont une approche politique de l’islam. Je considère ça très dangereux», dit Lamine Foura, qui se trouvait aux côtés de Philippe Couillard pour combattre la radicalisation en novembre dernier.

À la base de la philosophie des Frères musulmans se trouve le manifeste de leur fondateur, Hassan Al-Banna, qui prônait la création d’un parti unique.

Au Forum musulman canadien, Samah Jebbari les défend. «Être Frère musulman n’est pas contre la loi. D’ailleurs, le fait qu’ils aient leurs établissements scolaires, ça veut dire qu’ils sont réglo.»

D’autres leaders musulmans ne l’entendent pas ainsi. «Depuis toujours, j’ai dénoncé ce qui est radical», dit Samira Laouni, qui se trouvait aussi aux côtés de Philippe Couillard en novembre.

Elle s’interroge sur les liens financiers entre l’Association musulmane du Canada, l’Islamic Society of North America et des organisations terroristes.

«Si ce que vous avancez peut être prouvé, oui, ça m’inquiète.»