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Le ministre Daoust a accepté une subvention de 5000 $

Elle a été accordée par le MAPAQ pour son vignoble à Hemmingford

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Un vignoble appartenant au ministre libéral Jacques Daoust et à son fils a empoché une subvention de 5000 $ du gouvernement du Québec en mai 2014, a appris notre Bureau d’enquête.

Un vignoble appartenant au ministre libéral Jacques Daoust et à son fils a empoché une subvention de 5000 $ du gouvernement du Québec en mai 2014, a appris notre Bureau d’enquête.

Cet argent du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) a permis aux Vignes des Bacchantes, le vignoble des Daoust à Hemmingford, d’acheter un équipement agricole importé d’Italie. Cet appareil sert à appliquer des pesticides.

La somme a été versée quelques mois avant que le ministre de l’Économie et de l’Innovation ne dénonce lui-même les entreprises constamment à l’affût de subventions.

«L’État n’a plus les moyens de jouer au père Noël. Le père Noël, c’est le 25 décembre. Et le 25 décembre, les bureaux de mon ministère sont fermés!» avait-il déclaré lors d’une entrevue accordée au journal Le Soleil, fin septembre dernier.

Des courriels montrent que Sébastien Daoust, le fils du ministre et copropriétaire du vignoble, a commencé les discussions pour obtenir la subvention avant que son père devienne ministre, mais que les 5000 $ ont été empochés après l’assermentation de Jacques Daoust dans le cabinet du gouvernement libéral, le 23 avril 2014.

Notre Bureau d’enquête a dû faire valoir la loi d’accès à l’information pour obtenir des détails, car dans un premier temps, le MAPAQ a refusé de nous donner toute l’information, alléguant leur caractère personnel.

Pas de déclaration

Jacques Daoust n’avait pas l’obligation de dévoiler cette subvention en vertu des règles pour les ministres québécois, selon le commissaire à l’éthique et à la déontologie du Parlement, Jacques St-Laurent.

Il n’y en avait d’ailleurs aucune mention dans la déclaration d’intérêts de Jacques Daoust, déposée à l’Assemblée nationale en octobre. M. Daoust, qui gagne 157 413 $ par an comme ministre, y déclare toutefois recevoir des revenus de retraite de quatre sources différentes, incluant la Banque Nationale et la Banque Laurentienne.

Contradiction ?

Melissa Turgeon, porte-parole du ministre Daoust, ne trouve pas contradictoire que ce dernier empoche une subvention pour son vignoble avant de dénoncer d’autres entreprises qui en réclament.

«La subvention, dit-elle, c’est un programme “normé”. Tout le monde qui achète ce type d’équipement a le droit de l’avoir. C’est accessible à tout le monde.»

Selon Mme Turgeon, on ne doit pas comparer des subventions du MAPAQ à celles offertes par Investissement Québec.

L’éthicien québécois Réné Villemure voit les choses d’un autre œil.

«En politique, dit-il, c’est l’exemplarité qui vous donne votre crédibilité. Sa contradiction est d’autant plus forte que le montant est petit. Pour un montant si petit, il aurait pu faire sa part. Il aurait pu la laisser passer. Ça pose des questions sur son jugement.»


Investissements importants

Jacques Daoust et son fils ont investi au moins 840 000 $ de leur propre

argent dans leur vignoble depuis qu’ils en ont fait l’acquisition fin 2012.

À ce jour, le duo père-fils a injecté des sommes importantes dans les opérations du vignoble, les bâtisses et le terrain, sans avoir eu besoin d’une hypothèque, selon des documents consultés par notre Bureau d’enquête au Registre foncier et dans les permis de rénovations déposés au Canton de Hemmingford.

► Montant de l’achat : 685 000 $ le 21 septembre, 2012.

► Rénovations : 155 000 $ (total connu)

– Avec la collaboration de Simon Mailhiot, du Bureau d’enquête.


Ce qu’il a déjà dit

Les déclarations de Jacques Daoust sur les subventions lors d’une tournée médiatique en septembre.

« À l’entrepreneur, je lui dis: “si tu n’es pas capable de voler de tes propres ailes, alors convaincs-moi que ton entreprise est essentielle pour l’État, car les contribuables n’ont plus les moyens que le gouvernement emprunte en leur nom”. » – Le Soleil

« Les gens d’affaires sont habitués de demander des subventions. Ils voient ça comme un droit. C’est comme quand vous mettez un enfant devant un plat de bonbons. » – La Presse

« Au Québec, on a un historique de programmes subventionnaires qui s’adressent à tout le monde. J’ai dit: “On arrête ça: ça me rapporte combien? Quand tu es très riche, tu peux être un généreux donateur. Mais nous ne sommes pas très riches.” » – Le Devoir